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Gestion de crise du coronavirus par la Chine : l'OMS a-t-elle été trop à l'écoute de Pékin ?

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Gestion de crise du coronavirus par la Chine : l'OMS a-t-elle été trop à l'écoute de Pékin ?
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Interrogations sur les chiffres, manque de transparence et censure… La Chine rendra-t-elle des comptes sur sa gestion de l’épidémie de coronavirus ? C’est ce que demandent les Etats-Unis ou l’Australie, qui appellent à une enquête internationale pour établir les responsabilités de Pékin dans la gestion de crise. Plusieurs pays européens, dont la France et le Royaume-Uni ont eux pointé du doigt des zones d’ombre. Explications et décryptage sur euronews avec notre invité : Jean-Pierre Cabestan, professeur à l'Université baptiste de Hong Kong.

Retour sur les faits. C’était il y a un peu plus de 5 mois… Le premier cas de coronavirus avéré sur le territoire chinois remonterait officiellement au 8 décembre 2019. Selon un média hongkongais, le premier cas serait même survenu plus tôt, en novembre.

Le 31 décembre 2019, la Commission sanitaire municipale de Wuhan alerte l’OMS, toujours selon cette dernière. Le 13 janvier 2020, soit deux semaines plus tard, le premier cas est signalé hors de Chine, en Thaïlande. Mais ce n’est que le 23 janvier, soit un mois et demi après l'apparition des premiers symptômes, que de strictes mesures de confinement sont mises en place à Wuhan. Mais trop tard : le 24 janvier, la France signale trois premiers cas en France.

Les chiffres sous-estimés ?

En janvier, le maire du Wuhan avait déclaré que 5 millions d’habitants avaient quitté la ville avant la mise en place du confinement. Plusieurs chercheurs et médias évoquent aussi les "l'arrestation de plus de 900 personnes, citoyens, journalistes, avocats, dissidents qui dénonçaient la mauvaise gestion de l’épidémie par les autorités"_._

"Je pense que la Chine est responsable de la transformation de l'épidémie en pandémie", déclare Jean-Pierre Cabestan, spécialiste de l'Asie et professeur à l'Université baptiste de Hong Kong. Et le nombre de décès pourrait être fortement sous-estimé. La Chine recense plus de 4 800 décès contre 88 000 aux Etats-Unis. Comment expliquer une telle différence ? "Je pense que les chiffres chinois sont inexacts, ce sont des chiffres officiels qui veulent montrer que le Chine a réussi là où les Occidentaux ont échoué", décrypte Jean-Pierre Cabestan. "Les estimations qui ont été menées à Wuhan multiplient par 3 à 10 les données officielles."

"L'OMS était trop à l’écoute de la Chine"

Washington a également mis aussi en cause directement l’OMS, accusé d’être trop pro-Pékin, et donc d’avoir potentiellement fermé les yeux sur d’éventuels manquements de la part de la Chine. En attendant des éclaircissements, que faudrait-il changer au sein de l’OMS à l'avenir ? Selon Jean-Pierre Cabestan, "il y a des procédures d'alerte qui ont été mises en place mais qui n'ont pas été respectées".

"L'OMS était trop à l’écoute de la Chine, qui a voulu maintenir les liaisons aériennes avec le reste du monde. (...) Et l'OMS n'a pas joué son rôle. Quand on sait que l'OMS est dirigé par un Éthiopien très proche de Pékin, ce n'est pas étonnant non plus, donc il y a beaucoup de facteurs qui montrent que l'OMS a failli là où elle aurait dû jouer un rôle essentiel dans l'endiguement de la pandémie", analyse le Professeur sur le plateau d'euronews, en duplex depuis Hong Kong.

Etats-Unis/Chine : le début d'une "deuxième guerre froide" ?

Paradoxe : alors que la défiance à l'égard de la Chine n'a jamais été aussi forte, la dépendance des Occidentaux vis-à-vis de la Chine n'a jamais été aussi claire qu'en cette période de crise sanitaire mondiale. La question du matériel de protection comme les masques en est un exemple criant. La crise survient également dans un contexte tendu entre Washington et Pékin après plusieurs mois de guerre commerciale. Quel impact aura cette crise sur la rivalité qui oppose les deux pays mais aussi sur le reste du monde ? "Sur le plan pratique, beaucoup de pays vont réorganiser leur chaîne d'approvisionnement pour les produits stratégiques", analyse Jean-Pierre Cabestan.

"Plus profondément, on assiste au retour d'une véritable guerre froide entre les Etats-Unis et la Chine qui n'est pas seulement une guerre économique mais aussi une guerre idéologique et géostratégique. On aurait pu penser qu'une crise sanitaire rapproche les pays comme les différences idéologiques, mais la Chine utilise cette crise pour vendre son modèle politique", explique ce spécialiste, qui parle d'une "générosité intéressée" sur les envois de masques de protection notamment.

Une interview à découvrir dans son intégralité dans la vidéo ci-dessus.