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Explosions à Beyrouth : du nitrate d'ammonium en cause, la colère contre la classe dirigeante gronde

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Explosions à Beyrouth : du nitrate d'ammonium en cause, la colère contre la classe dirigeante gronde
Tous droits réservés  Hussein Malla/Copyright 2020 The Associated Press. All rights reserved.
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Plus de 100 morts, des milliers de blessés, des destructions et des dégâts matériels innombrables : voici ce que l'on sait des déflagrations qui ont dévasté plusieurs quartiers de la capitale libanaise mardi et qui seraient dues à l'explosion un stock de nitrate d'ammonium, selon le gouvernement.

Du port de Beyrouth, il ne restait ce mercredi que des ruines. Au lendemain des explosions apocalyptiques qui ont éventré une partie de la capitale libanaise, et dont le souffle a été ressenti jusque sur l'île de Chypre, le gouverneur de Beyrouth Marwan Abboud ne peut cacher son émotion au milieu des décombres.

"On dirait Hiroshima ou Nagasaki. Je n'ai jamais vu autant de destructions. C'est une catastrophe nationale. C'est une catastrophe pour le Liban. Nous ne savons pas comment nous allons nous en sortir, nous pouvions à peine survivre (avant l'explosion) et maintenant nous avons ce désastre", se désole-t-il avant d'éclater en sanglots devant les caméras de télévision.

Quelles sont les causes de l'explosion ?

Environ 2 750 tonnes de nitrate d'ammonium, qui était stockées dans l'entrepôt du port de Beyrouth, seraient à l'origine des déflagrations. Selon le directeur de la Sûreté générale Abbas Ibrahim, la cargaison avait été saisie à bord d'un bateau il y a six ans et était stockée depuis sans réel suivi, à proximité de quartiers très fréquentés.

Le nitrate d'ammonium est un sel blanc et inodore utilisé comme base de nombreux engrais azotés sous forme de granulés, et a causé plusieurs accidents industriels, parmi lesquels l'explosion en 2001 de l'usine AZF à Toulouse, dans le sud-ouest de la France, où quelque 300 tonnes de nitrates d'ammonium avaient explosé, faisant 31 morts.

Un acte volontaire ?

Rien n'indique que les explosions aient été provoquées délibérément, selon les autorités libanaises. Le Premier ministre Hassan Diab a déclaré qu'il était "inadmissible qu'une cargaison de nitrate d'ammonium, estimée à 2 750 tonnes, soit présente depuis six ans dans un entrepôt, sans mesures de précaution". "_C'est inacceptable et nous ne pouvons pas nous taire sur cette questio_n", a-t-il ajouté selon des propos rapportés par un porte-parole en conférence de presse.

Le gouvernement a promis d'"assigner à domicile les responsables". Mais pour les Libanais, qui réclamaient déjà le départ d'une classe politique accusée de corruption, ces explosions massives sont la catastrophe de trop.

"C'est une négligence de la part de la classe dirigeante. L'équivalent d'une bombe était là depuis des années et pas un seul leader ou dirigeant n'a fait quelque chose pour y remédier", souligne cet habitant de Beyrouth en colère.

Les autorités du port, les services des douanes et des services de sécurité étaient tous au courant que des matières chimiques dangereuses étaient entreposées au port mais se sont rejeté la responsabilité du dossier, ont indiqué des sources de sécurité à l'AFP.

Combien de victimes ?

Des immeubles soufflés à des kilomètres à la ronde, au moins 135 morts et 5 000 blessés dont 21 Français, des centaines de milliers de sans-abris, des dégâts matériels gigantesques dans plusieurs quartiers à proximité du port... : les déflagrations ont mis à terre une capitale déjà confrontée à la pire crise économique que connaît le pays depuis des décennies et alors que la colère contre la classe politique gronde.

"Rien que dans notre entourage à 25 mètres à la ronde, nous dénombrons 5 morts", explique cet homme. "Notre gouvernement est en faillite, personne ne nous aide. Cette catastrophe qui secoue les Libanais de toutes les religions est quelque chose que personne ne pouvait imaginer".

Et les autorités estiment que le bilan va encore s'alourdir. Alors que les hôpitaux sont submergés, les secours continuent à rechercher les personnes portées disparues sous les décombres. "Le père de mon ami a disparu, il travaille au port et depuis hier, ils le cherchent dans tous les hôpitaux mais ils ne l'ont pas trouvé", explique cette jeune femme.

Partout dans la ville, des Beyrouthins ont été blessés par des vitres brisées par le souffle des explosions. Les rues sont jonchées de débris de bâtiments effondrés. Selon le gouverneur de Beyrouth Marwan Abboud, jusqu'à 300 000 personnes se retrouvent sans domicile en raison des dégâts matériels, qui s'étendent à près de la moitié de la ville et qui sont estimés à plus de 2,53 milliards d'euros.

Quelle aide internationale ?

Après avoir déclaré Beyrouth zone "sinistrée", le gouvernement libanais a décrété mercredi l'état d'urgence pendant deux semaines pour Beyrouth.

Le président libanais Michel Aoun a annoncé débloquer 100 milliards de livres libanaises (55 millions d'euros) de financement d'urgence, alors que le pays est déjà en proie à un effondrement économique sans précédent.

De l'aide internationale, notamment du Koweït, de la France, d'Egypte, de Grèce ou encore du Qatar, et d'institutions commence à arriver mercredi au Liban. Les Etats-Unis, l'Iran, et même Israël ont aussi offert leur aide.