Des photos de femmes iraniennes en train d'allumer leur cigarette en enflammant un portrait d'Ali Khamenei, Guide suprême de la République islamique, se multiplient sur les réseaux sociaux. Un pied de nez adressé au régime, près de trois ans après le lancement du mouvement « Femme, vie, liberté ».
C'est un acte très dangereux, aux conséquences potentielles graves. Omid Sarlak, un jeune homme résidant dans l’ouest de l’Iran, a publié en novembre 2025 sur les réseaux sociaux une vidéo le montrant en train de brûler une photo d’Ali Khamenei, le guide suprême de la République islamique.
Quelques heures seulement après la publication de ces images, son corps, abattu par balle, a été retrouvé dans sa voiture.
Dans le même mois, Samad Pourshah, un ancien prisonnier politique, a effectué un acte similaire en brûlant la photo d’Ali Khamenei pour protester contre la mort d’Omid Sarlak. Quelques heures après la publication de sa vidéo, les forces de sécurité ont fait irruption chez lui dans l’ouest de l’Iran. Hors de chez lui à ce moment-là, il n’a pas été arrêté et vit désormais caché.
En septembre 2021, le poète critique iranien Ghasem Bahrami avait été arrêté par les autorités de Machhad pour avoir brûlé une photo d’Ali Khamenei, puis transféré vers un lieu inconnu. Pendant deux mois, personne n’a eu de nouvelles de son sort.
Malgré cela, il semble que la réaction violente de l’appareil répressif du régime iranien à ce type de protestation n’a non seulement pas affaibli la détermination des courageuses femmes iraniennes, mais a en réalité radicalisé davantage leur lutte pour la liberté.
En effet, ces derniers jours, et en même temps que de nouvelles manifestations à l’échelle nationale en Iran - par la colère populaire face à la crise économique et au coût de la vie - des images sont apparues sur les réseaux sociaux montrant des femmes en train d'allumer leur cigarette en enflammant des portrait du Guide suprême Ali Khamenei.
Un geste doublement subversif. D'une part, le fait, pour une femme, de s'exposer en train de fumer contrevient aux règles conservatrices imposée par le régime. D'autre part, brûler un portrait de son plus haut dirigeant représente une pied de nez adressé au pouvoir.
Des photos de ce type ont été partagés des milliers de fois sur les réseaux sociaux.
Ainsi, les femmes iraniennes, actrices moteur du mouvement Femmes, Vie, Liberté déclenché après la mort de Mahsa Amini le 6 septembre 2022 - dans le centre de rétention de la police des mœurs de Téhéran - avaient déjà marqué l’opinion publique mondiale.
Plusieurs femmes avaient alors entrepris des actions symboliques, comme couper leurs cheveux ou brûler leurs foulards.
Si à l’époque leurs actions avaient été interprétées comme une négation symbolique des politiques sexistes et autoritaires du régime, aujourd’hui elles participent aux manifestations avec les lèvres ensanglantées, font de la gymnastique face aux forces de l’ordre dans la rue, allument leurs cigarettes avec le feu d’une photo de Khamenei, et remettent ainsi une fois de plus la résistance des femmes iraniennes au centre de l’attention internationale.
Des "lancer de turban" à la nudité publique
Bien que le gouvernement ait réprimé pendant après quatre mois le mouvement Femme, Vie, Liberté - avec plus de 500 personnes tuées et plus de 19 400 arrêtées - parvenant ainsi à éloigner les manifestants des rues, il n’a pas mis fin à la lutte des femmes iraniennes pour leurs droits fondamentaux.
Les grandes manifestations de rue ont été violemment dispersées, mais la résistance s’est intensifiée à travers des actions symboliques.
Au cours des trois dernières années, la société a été témoin de nouveaux comportements de protestation chaque jour : de la présence sans hijab dans les universités et les rues, au jet de turbans de religieux dans les bazars et les ruelles, en passant par des participations sans hijab à des compétitions sportives comme les marathons, et même la nudité en public, comme Ahou Daryaei à l’Université Azad de Téhéran et une autre femme qui s’est tenue nue sur une voiture de police.
Leur lutte sanglante lors du mouvement Femme, Vie, Liberté se poursuivait, tandis que les forces du régime n’épargnaient aucun moyen pour les réprimer, des tirs de chevrotine visant les yeux jusqu’aux viols systématiques en prison.
La protestation des écolières et le coût des intoxications
L'autre caractéristique importante de la protestation des femmes iraniennes est qu'elle n'est limitée à aucun âge.
Les manifestations Femme, Vie, Liberté ont même atteint les écoles iraniennes, où des écolières ont massivement protesté contre le régime depuis la cour des établissements. Un phénomène sans précédent dans les cinq décennies de la République islamique.
En réaction, le gouvernement a commencé à arrêter des élèves. Malgré cela, il semble que la colère du régime n’ait pas diminué : pendant plusieurs mois après ces manifestations, des cas d’intoxication en série ont été signalés dans les écoles à travers l’Iran.
Les élèves subissaient soudainement des intoxications, perdaient connaissance, souffraient de problèmes respiratoires, de palpitations et d’engourdissements, et étaient transportés à l’hôpital.
Selon des enquêtes, plus de 800 écoliers ont été intoxiqués dans des écoles d’au moins quinze villes en 2023. Cet incident a duré des mois, et le ministère iranien de la Santé a même confirmé qu’un "agent toxique très léger" en était la cause.
Le vice-ministre de la Santé, avait alors déclaré que "certaines personnes souhaitaient que toutes les écoles, surtout les écoles de filles, ferment". Il était revenu sur cette déclaration le lendemain.
Le gouvernement iranien a nié toute responsabilité dans cet événement national, et les auteurs de ces intoxications n’ont jamais été identifiés.