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Procès des attentats de janvier 2015 à Paris : qui sont les 14 accusés ?

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Des gerbes de fleurs devant l'épicerie juive Hyper Cacher à Paris, le 7 janvier 2019
Des gerbes de fleurs devant l'épicerie juive Hyper Cacher à Paris, le 7 janvier 2019   -   Tous droits réservés  Thibault Camus/Photo AP
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Le procès des attentats islamistes qui ont traumatisé la France les 7, 8 et 9 janvier 2015 à Paris n’est-il pas vidé de sa substance par le simple fait que ses principaux accusés, les tueurs Saïd et Chérif Kouachi et Amédy Coulibaly, sont morts sous les balles de la police ?

Ecartons tout de suite cette interrogation qui ne peut que choquer les proches des 17 victimes des attaques : 11 dans les locaux parisiens de l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo et un policier à proximité, 4 dans l'épicerie juive Hyper Cacher, et enfin une policière municipale dans la banlieue de Montrouge. Près de 200 personnes se sont d’ailleurs constituées parties civiles pour ce procès, et plusieurs d’entre elles, rescapées, doivent témoigner à la barre devant la Cour d’assises spéciale mise en place pour l’occasion dans le nord-ouest de Paris.

Thibault Camus/AP
Un blessé évacué après la tuerie à Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015 à ParisThibault Camus/AP

Ce n'est pas un procès de "lampistes"

Pour Me Patrick Klugman, un avocat des victimes de l’Hyper Cacher, il ne faut surtout pas parler de procès de "lampistes”.

Sans les accusés dans le box, Coulibaly n'aurait pu agir
Me Patrick Klugman

Me Marie-Laure Barré et Me Nathalie Senyk, qui défendent toutes deux des victimes de Charlie Hebdo, soulignent également la nécessité du procès pour leurs clients :

Ce procès est une étape importante pour eux. Ils attendent que justice soit rendue pour savoir qui a fait quoi, tout en sachant que ceux qui ont appuyé sur la gâchette ne sont plus là

Sur 14 accusés, 3 manquent à l'appel

Toutefois, sur 14 accusés, 11 vont être présents en chair et en os, mais trois des plus importants, encore présumés vivants, se sont évaporés à travers l’immense zone dont le groupe Etat islamique s’était accaparée pour en faire son “califat”, à cheval entre la Syrie et l’Irak.

Il s’agit de :

- Hayat Boumedienne, l’ex-femme d’Amédy Coulibaly - ils se sont mariés en 2008 - qui est poursuivie par la justice française pour “association de malfaiteurs terroriste criminelle”, passible de 20 ans de réclusion ; la djihadiste est également accusée de “financement du terrorisme” car elle avait monté plusieurs escroqueries pour aider son mari à payer la logistique des attentats. Boumedienne, donnée un temps pour morte, est réapparue dans le radar des services antiterroristes depuis qu’une co-détenue française présumée du camp de prisonniers d’Al-Hol, en Syrie, a affirmé qu’elle l’avait croisée, bien vivante, en octobre 2019.

- Les frères Belhoucine, dont l’aîné, Mohamed, est visé par le chef d’accusation le plus lourd de ce procès, “complicité de crimes terroristes”, et encourt ainsi la prison à vie. Loin d’être un “paumé”, ancien étudiant de la réputée Ecole des Mines, il est considéré comme un mentor de Coulibaly. Il l’a notamment côtoyé en cellule à Villepinte, dans le département de Seine-Saint-Denis, et selon les enquêteurs, il pourrait être l’auteur du serment d’allégeance prêté par le terroriste au groupe Etat islamique.

- Le jeune frère, Mehdi, risque 20 ans de détention mais aussi par défaut ; avec Mohamed, il aurait participé à l’exfiltration de l’ex-compagne d’Amédy Coulibaly du territoire français un petit peu avant les attentats, disparaissant avec elle dans la zone irako-syrienne. Des mandats d’arrêt restent en vigueur à l’encontre des frères Belhoucine car leur mort n’a jamais été prouvée.

Une aide précieuse pour s'organiser et s'armer

Les 11 hommes qui comparaissent réellement aux assises ont joué un grand rôle dans la logistique visant à soutenir les actions sanglantes de Coulibaly à Montrouge et à l’Hyper Cacher. Ils lui ont notamment permis de s’équiper de tout un arsenal.

- Ali Riza Polat est le second accusé, avec Mohamed Belhoucine, à risquer la plus grave peine du procès, soit la réclusion criminelle à perpétuité, également pour “complicité”. L’antiterrorisme est clair, ce Franco-Turc qui a connu le djihadiste dans une cité de Grigny, dans l’Essonne au sud de Paris, apparaît “à tous les stades de la préparation”. Juste après les attentats, il a tenté de fuir en Syrie mais a été arrêté ; il est incarcéré depuis mars 2015.

- Willy Prevost, qui a passé son enfance avec Amédy Coulibaly à Grigny, est l’un des premiers suspects qui a été arrêté. Son ADN avait été très vite relevé dans la voiture Renault utilisée par le preneur d’otages pour se rendre à l'épicerie juive. Il a avoué avoir acheté à son pote deux couteaux et un taser.

- Nezar Pastor Alwatik et Amar Ramdani connaissaient bien Coulibaly également, ils ont même travaillé ensemble à la blanchisserie de la prison de Villepinte. L’enquête a montré qu’ils se sont rencontrés plusieurs fois et se sont souvent parlé au téléphone un peu avant les attaques. L'ADN de Pastor Alwatik a de plus été retrouvé sur deux armes cachées dans un logement loué par le tueur et sur un gant laissé dans le magasin juif ensanglanté.

- Ramdani, lui, s’est rendu plusieurs fois, fin 2014, dans la région de Lille, dans le nord de la France ; c’est de là que provenait une partie de l’armement. Il était accompagné par Saïd Makhlouf, et les deux hommes ont été aidés sur place par Mohamed Fares, qui aurait fourni au moins un fusil d’assaut.

- Et puis il y a encore Abdelaziz Abbad et Miguel Martinez. Ils vivaient tous les deux à Charleville-Mézières, dans les Ardennes, d'où sont justement originaires les femmes des frères Kouachi, les bourreaux de l’équipe de Charlie Hebdo. Ils sont allés voir Metin Karasular dans son garage de Charleroi, en Belgique. Ce dernier était l’acheteur d’une Mini Cooper utilisée par Amédy Coulibaly.

- Michel Catino, vieil ami de Karasular, est accusé d’avoir participé à des transports d’armes entre la Belgique et la France.

- Enfin, Christophe Raumel est le seul accusé qui peut se présenter libre devant la Cour d’assises spéciale de Paris. Il est poursuivi, simplement peut-on dire, pour “association de malfaiteurs”, qui est tout de même passible de 10 ans de détention.

Le procès de ce véritable acte de guerre islamiste sur le sol français, au caractère historique, va durer plus de deux mois, jusqu’au 10 novembre exactement.

Rappelons que les frères Kouachi ont été abattus le 9 janvier 2015 en tentant une sortie désespérée d’une imprimerie où ils s’étaient retranchés, sur la commune de Dammartin-en-Goële, dans le département de Seine-et-Marne. Amély Coulibaly a été tué sur le coup le même jour, presque simultanément, à la porte du magasin juif Hyper Cacher, situé dans l’est de la capitale, où il prenait employés et clients en otages.