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Le "Pacte européen sur la migration et l'asile" en question

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Alors que les images du camp de migrants de Moria dévasté par les flammes sont encore vives dans les esprits, la Commission Européenne vient de dévoiler son nouveau Pacte pour l'immigration et l'asile. Et son approche s’est durcie : Bruxelles propose plus de contrôles, plus de rapatriements, et de supprimer les quotas de réfugiés.

Cette nouvelle politique d'immigration vise à dépasser les divisions entre les États membres, mais elle suscite également des controverses. Dans The Global Conversation, nous nous sommes entretenu avec trois invités aux opinions divergentes : celle des pays qui s'occupent des arrivées, celle des pays réticents à accepter les réfugiés, et celle des ONG sur le terrain.

Retrouvez l'intégralité des entretiens dans la vidéo ci-dessus.

Miriam Dalli : "Nous ne pouvons pas continuer à exercer toujours plus de pression sur les pays en première ligne"

Les députés vont désormais examiner ce nouveau pacte pour l’immigration. L’une des personnes en charge de cet examen est Miriam Dalli, députée socialiste de Malte, l’un des pays en première ligne pour l’arrivée et l’accueil des migrants.

Ana Lazaro, Euronews : Miriam Dalli, merci d’être avec nous sur Euronews. Quelle est votre impression globale de la proposition de la Commission ?

Miriam Dalli, députée européenne (groupe S&D) : Pour être très honnête avec vous, je suis prudente. Je suis prudente parce que je veux voir comment nous allons faire en sorte que les choses que nous dit la Commission soient non seulement adoptées dans la législation, mais ensuite réellement mises en œuvre. Dans votre introduction, vous avez dit que les membres du Parlement européen examineront les détails de ce pacte. Et vous avez tout à fait raison. Parce que, vous savez, on dit que le diable est dans les détails et que ce sont les détails qui feront la différence.

Ana Lazaro : Analysons les différentes propositions de ce pacte. Elles visent notamment à amplifier le retour des migrants économiques. Pensez-vous qu'un pays comme le vôtre, Malte, puisse gérer un processus qui est censé rendre une décision dans un délai de 12 semaines ?

Miriam Dalli : Laissez-moi vous parler de mon pays. Mais c’est l'expérience de tous les états membres en première ligne. Mon pays est confronté à une situation similaire à celle de l'Italie, de l'Espagne et de la Grèce. Vous parlez des retours, mais en lien avec ces retours, il y a aussi le processus de contrôle qui doit être fait. Et on ne sait pas vraiment où va se dérouler ce processus. Mais d'après ce que je comprends aujourd'hui et d'après ce que j'ai vu, ce sera probablement la responsabilité des pays en première ligne, ainsi, On continuera donc à faire peser plus de responsabilités et de pression sur les états membres en première ligne. C'est quelque chose qui doit être réglé, selon moi et toutes les personnes qui croient en la solidarité. Et cela n'a pas de sens, car si nous voulons être solidaires et aider les états en première ligne, nous ne pouvons pas continuer à exercer toujours plus de pression sur eux.

La solidarité est un principe de l'Union européenne. Il est donc naturel que tous les États membres relèvent ce défi ensemble. [...] Car soyons honnêtes, jusqu'à aujourd'hui, il y a des pays qui ne veulent assumer aucune responsabilité, quelle qu'elle soit
Miriam Dalli
députée européenne

Ana Lazaro : Parlons de solidarité, car la Commission veut qu'elle soit obligatoire. Certains pays accueilleront les réfugiés et d'autres paieront le retour des demandeurs d'asile déboutés. Pensez-vous que la solidarité puisse être imposée ?

Miriam Dalli : La solidarité est un principe de l'Union européenne. Il est donc naturel que tous les États membres relèvent ce défi ensemble. Ainsi, lorsque nous lions les réinstallations et les retours, c'est un pas dans la bonne direction. Car soyons honnêtes, jusqu'à aujourd'hui, il y a des pays qui ne veulent assumer aucune responsabilité, quelle qu'elle soit. Et je crois que la Commission européenne a fait cette proposition en ayant conscience qu’il serait probablement beaucoup plus facile pour ces pays de parrainer les retours. Mais il faut également que je comprenne comment cela va fonctionner pour atténuer les problèmes et soulager les États membres en première ligne. Une autre question se pose : que se passerait-il si tous les États membres optaient pour le retour assisté, mais pas pour la relocalisation - ou si la très faible relocalisation que nous connaissons aujourd'hui diminuait encore plus ?

Balázs Hidvéghi : "La protection efficace d'une frontière extérieure de l'UE est un moyen de faire preuve de solidarité"

Balázs Hidvéghi est un député européen du Fidetsz, le parti au pouvoir en Hongrie, qui représente le gouvernement anti-immigration de Viktor Orban ici à Bruxelles.

Sandor Sziros, Euronews : Mr. Hidveghi, quelle est votre première impression sur la nouvelle proposition de la Commission européenne ?

Balázs Hidvéghi, député européen (Parti populaire européen) : Et bien, mon sentiment premier est qu'elle parait contenir quelques éléments nouveaux qui semblent aller dans la bonne direction. Elle souligne la nécessité de protéger strictement les frontières extérieures. Elle parle beaucoup du retour des personnes qui n'ont pas le droit de rester dans l'Union Européenne. D'un autre côté, elle parle toujours de l'immigration comme d'une chose souhaitable, d'une migration qui doit être contrôlée. Et ce qui manque, de notre point de vue, c'est une position claire selon laquelle les demandes des personnes doivent être gérées, ou devraient être gérées, en dehors de l'Union Européenne, au lieu de laisser les personnes entrer sur le territoire de l'UE avant de les envoyer ensuite dans toutes sortes d'endroits, échappant parfois à la surveillance des autorités.

Sandor Sziros : Mais vous ne pouvez pas simplement arrêter l'immigration en Europe. C'est la réalité. Comment pourriez-vous contrôler les entrées, par exemple, aux frontières maritimes ?

Balázs Hidvéghi : La Hongrie a montré au cours des cinq dernières années qu'une frontière extérieure peut être protégée, peut être défendue, s'il y a une volonté politique. Nous avons créé, nous avons construit, une clôture frontalière. Nous avons augmenté le nombre de patrouilles frontalières. La police, les gardes-frontières sont là. Et cette frontière n'est plus une frontière que les migrants illégaux traversent. Maintenant, je sais qu'une frontière maritime est beaucoup plus difficile à gérer, c'est différent. Mais, vous savez, je ne peux pas accepter d’entendre qu'une frontière maritime, juste parce qu'elle n’est pas terrestre, est impossible à défendre. Bien sûr, il serait possible de la défendre. L'Italie l'a montré lorsque M. Salvini était ministre de l'Intérieur.

Ce qui manque, de notre point de vue, c'est une position claire selon laquelle les demandes des personnes doivent être gérées en dehors de l'Union Européenne, au lieu de laisser les personnes entrer sur le territoire de l'UE avant de les envoyer ensuite dans toutes sortes d'endroits.
Balazs Hidvegh
député européen

Sandor Sziros : Comment la Hongrie ferait-elle preuve de solidarité envers l'Italie et la Grèce ?

Balázs Hidvéghi : Solidarité avec le manque de contrôle aux frontières ? Non. Solidarité avec les passeurs d'êtres humains et les ONG qui coopèrent ? Non. Il n'en est pas question. La protection efficace d'une frontière extérieure de l'UE est un moyen de faire preuve de solidarité envers nos collègues européens. Et dans cette nouvelle proposition, on parle aussi de parrainage des retours. Maintenant, pour autant que je comprenne le texte et la proposition, les pays qui n'acceptent pas la réinstallation de migrants illégaux ou de migrants peuvent contribuer à l'effort commun en parrainant et en gérant le retour de personnes qui n'ont pas le droit de rester en Europe, qui ne sont pas des réfugiés et qui sont priées de partir, mais qui pourtant ne sont pas parties ces dernières années. Nous verrons dans les négociations, mais si c'est quelque chose à laquelle nous pouvons contribuer, je pense que nous le ferons.

Òscar Camp : "Cette proposition parle de renforcer les déportations mais ne parle pas du tout de renforcer les sauvetages humanitaires"

L'ONG Open Arms a sauvé des milliers de migrants en haute mer. Elle a également passé d'innombrables heures à attendre qu'un port européen autorise ses débarquements. Son fondateur et directeur, Oscar Camps, est avec nous pour nous donner son point de vue.

Ana Lazaro, Euronews : Oscar Camps, merci d'être avec nous. La Commission européenne a présenté son « Pacte pour la migration et l'asile ». Qu'en avez-vous pensé ? Peut-il faire une différence ?

Òscar Camps, fondateur et directeur d'Open Arms : Ce n'est pas du tout un bon début, car il formalise les politiques xénophobes existantes, il sous-traite la responsabilité, en particulier dans les centres de détention sur le territoire libyen. Cette proposition parle de renforcer les déportations mais ne parle pas du tout de renforcer les sauvetages humanitaires.

Ana Lazaro : En fait, la commissaire aux Affaires intérieures, Ylva Johansson, a fait mention des opérations de sauvetage. Elle a déclaré espérer voir moins de navires comme le vôtre en Méditerranée. Elle pense que cela ne sera plus nécessaire, car les nouvelles mesures joueront un rôle dissuasif, de sorte que les migrants cesseront de venir en Europe parce qu'ils savent qu'ils seront expulsés. Pensez-vous que cela soit réaliste ?

Òscar Camps : J’espère qu'il ne sera plus nécessaire que nous soyons en mer. Ni nous, ni les autres ONG, ni aucun autre navire humanitaire. Parce que cela signifierait que l'Union Européenne a pris en charge les opérations de sauvetage, soit par une mission militaire, soit par une mission civile, ou même via la Garde côtière européenne. Tant que ce n'est pas le cas, il est évident qu'ils devront tolérer notre présence en tant qu'observateurs et témoins de ce qui se passe réellement, et de la manière dont les conventions internationales sur les droits de l'homme et le droit maritime international sont violés. Non seulement par Malte, mais aussi par les soi-disant garde-côtes libyens.

En mars 2018, après les élections en Italie, tout a changé. Maintenant, personne ne coordonne plus les sauvetages, ni les actions humanitaires, ni les débarquements. Tout est devenu un cauchemar à cause de l'attente et de la souffrance prolongée et inutile des personnes qui sont secourues en mer.
Oscar Camps
fondateur de l'ONG Open Arms

Ana Lazaro : La Commission propose également d'assumer la responsabilité de la coordination des opérations de sauvetage afin d'assurer une meilleure préparation des débarquements. Que pensez-vous de cette proposition ?

Òscar Camps : Et bien, en 2016 et 2017, toutes les opérations de sauvetage ont été coordonnées par les garde-côtes italiens et parfois par Frontex. Ces deux agences ont coordonné les débarquements et les transferts des navires des organisations humanitaires vers les navires officiels. Les débarcadères étaient tous coordonnés et il y avait un peu d'ordre. Et par coïncidence, en mars 2018, après les élections en Italie, tout cela a changé. Maintenant, personne ne coordonne plus les sauvetages, ni les actions humanitaires, ni les débarquements. Tout est devenu un cauchemar à cause de l'attente et de la souffrance prolongée et inutile des personnes qui sont secourues en mer. Si ces mesures peuvent contribuer à accélérer l'obtention d'un port sûr où débarquer et à garantir que ces personnes soient prises en charge immédiatement, elles seront les bienvenues.