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Etats-Unis : débat Pence/Harris ferme mais courtois sur fond de Covid-19

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Etats-Unis : débat Pence/Harris ferme mais courtois sur fond de Covid-19
Tous droits réservés  Patrick Semansky/Copyright 2020 The Associated Press. All rights reserved.
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Le débat Pence/Harris a été aux antipodes de la première confrontation entre Trump/Biden, qui avait tourné au pugilat verbal. Le vice-président américain Mike Pence et Kamala Harris, la démocrate qui brigue son poste, se sont affrontés mercredi sur la gestion du Covid-19 qui domine la campagne électorale, lors de leur face-à-face aux enjeux décuplés par les interrogations sur l'âge et la forme de Donald Trump et Joe Biden.

"Les Américains ont été témoins de ce qui est le plus gros échec de toute administration présidentielle dans l'histoire de notre pays", a lancé d'emblée la sénatrice démocrate de 55 ans, qui serait la première femme à devenir vice-présidente des Etats-Unis en cas de victoire de Joe Biden le 3 novembre.

Défendant au contraire les mesures de l'administration Trump, Mike Pence, 61 ans, a accusé Kamala Harris de "saper la confiance" des Américains dans un vaccin actuellement en préparation, alors que les démocrates accusent la Maison Blanche de vouloir court-circuiter les procédures pour qu'un vaccin soit prêt avant le scrutin.

Huit jours après le premier face-à-face entre le président républicain, 74 ans, et son adversaire démocrate, 77 ans, le duel entre les colistiers a donné lieu à des échanges sur le fond, plus posés, bien que fermes.

"Mike Pence a largement gagné", a assuré sur Twitter Donald Trump, convalescent du coronavirus et confiné à la présidence.

"Kamala Harris, nous sommes tous fiers de toi ce soir", a tweeté de son côté Joe Biden.

Mais dans les faits, le débat n'a pas fait émerger un vainqueur apparent, au moment où le "ticket" républicain doit absolument refaire son retard de plus en plus marqué dans les sondages.

Mesures de précaution sanitaire renforcées

Se montrant courtois, Mike Pence, dont la sobriété tranche avec la personnalité haute en couleur de Donald Trump, a même "félicité" Kamala Harris, fille d'un père jamaïcan et d'une mère indienne, pour sa candidature "historique", en tant que première colistière noire au nom d'un grand parti.

L'unique débat entre colistiers a pris un relief encore plus particulier depuis que Donald Trump a été hospitalisé pendant trois jours après avoir contracté le Covid-19, qui l'empêche de faire campagne sur le terrain.

Le vice-président est en effet appelé à remplacer le président des Etats-Unis en cas de décès ou d'incapacité.

Mercredi, les mesures de précaution sanitaire ont été renforcées par rapport au débat présidentiel du 29 septembre : des parois en plexiglas séparaient le vice-président et la sénatrice, assis derrière des bureaux éloignés de quatre mètres sur le plateau du débat télévisé à Salt Lake City, dans l'Utah.

Ex-procureure habituée des réquisitoires acérés, Kamala Harris a reproché à son adversaire le bilan de plus de 210 000 morts qui fait des Etats-Unis le pays le plus endeuillé au monde par la pandémie.

Bilan contre bilan

Mike Pence est en effet depuis février aux commandes de la cellule de crise de la Maison Blanche chargée de lutter contre le coronavirus. Il a rejeté une fois de plus la responsabilité sur la Chine, promettant de lui faire "rendre des comptes".

Visage impassible, le vice-président sortant s'est trouvé souvent sur la défensive pour défendre le bilan de quatre ans de mandat aux côtés du tempétueux milliardaire.

Plus souriante, Kamala Harris a ainsi opposé ce qu'elle considère être les succès économiques de Joe Biden en tant que vice-président de Barack Obama de 2009 à 2017 à la politique du duo Trump-Pence, dont le mandat s'achève sur "une récession comparée à la Grande Dépression". Et elle a accusé le milliardaire républicain de mener une politique favorable aux plus riches.

"Dès le premier jour, Joe Biden va augmenter vos impôts", a répliqué Mike Pence.

Refusant de "recevoir des leçons" de son contradicteur, la sénatrice a aussi défendu l'Obamacare, la loi d'assurance-maladie dont l'administration républicaine veut se débarrasser.

Fervent chrétien proche du courant ultra-conservateur, Mike Pence a lui mis en avant ses positions "pro-vie" en reprochant à ses adversaires de soutenir "l'avortement tardif" remboursé "par le contribuable". Sur ce sujet de l'avortement, si Kamala Harris a rappelé qu'elle et Joe Biden_ "étaint croyants_", la démocrate a ajouté qu'elle se "battrait toujours pour le droit des femmes de prendre les décisions concernant leur propre corps. Cela doit être leur décision, pas celle de Donald Trump ou du vice-président, Mike Pence".

Ces grands sujets de société sont sous les projecteurs depuis que Donald Trump a nommé en septembre une juge à la Cour suprême qui conforterait la majorité conservatrice au sein de cette institution-clé. Les démocrates appellent le Sénat à ne pas se prononcer sur cette nomination avant l'élection.

Mike Pence a demandé avec insistance à Kamala Harris si son camp tenterait d'augmenter le nombre de juges au sein de la haute cour en cas de victoire, mais la candidate a refusé de répondre.

La sénatrice démocrate a de son côté attaqué avec virulence la politique étrangère de Donald Trump. "Il a trahi nos amis et fait ami-ami avec les dictateurs à travers la planète", a-t-elle martelé.

Concernant les violences policières contre des afro-américains, Mike Pence a qualifié les prises de position de Joe Biden de "grande insulte pour les hommes et les femmes qui servent dans les forces de l'ordre". Les démocrates soutiennent en effet qu'un racisme systémique ronge les Etats-Unis.

Mais Mike Pence a aussi accusé Kamala Harris d'insinuer que le grand jury avait eu tort dans l'affaire Breonna Taylor. En tant qu'ancienne procureure de la Californie et première candidate noire à la vice présidence, Kamala Harris a déclaré qu'elle ne se laisserait pas "sermonné" par le républicain sur le racisme et la justice.

Et sur ce même sujet du racisme, la candidate démocrate a rappelé que Donald Trump avait refusé de condamner les suprématistes blancs lors de sa première confrontation avec Joe Biden.

Un débat qui fait mouche...

Mais au terme de cet affrontement policé de 90 minutes, les commentaires sur les réseaux sociaux semblaient se concentrer sur un détail : la mouche qui s'est posée pendant deux longues minutes sur la chevelure blanche du vice-président des Etats-Unis.

Le débat était déjà bien entamé lorsque cette mouche est venue se poser sur la tête de vice-président sans que celui-ci ne semble s'en rendre compte. Et rapidement, cet épisode a déclenché une volée de messages hilares sur les réseaux sociaux et une opportunité en or pour son rival démocrate.

Se vantant d'avoir eu "le meilleur siège de la soirée", un compte Twitter dédié, @MikePenceFly (Mouche de Mike Pence), a engrangé en quelques minutes plusieurs milliers d'abonnés et a rapidement été copié par d'autres utilisateurs de Twitter.

Sautant sur l'occasion, l'équipe de campagne du candidat Joe Biden, dont Mme Harris est la colistière, a immédiatement cherché à tourner l'incident à son avantage.

Le compte officiel du candidat publiait une photo de Joe Biden, le regard malicieux, tenant une tapette à mouches orange dans les mains, accompagnée du message: "Versez 5 dollars pour aider cette campagne à prendre son envol". Et son site proposait à la vente des tapettes "Truth over Flies" ("La vérité plus forte que les mouches"), pour 10 dollars l'unité.