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Maradona, une icône pop

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Par Vincent Coste
Maradona, au Mexique, lors de la Coupe du monde de football 1986
Maradona, au Mexique, lors de la Coupe du monde de football 1986   -   Tous droits réservés  JORGE DURAN/AFP
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Avec ses frasques, ses prises de positions souvent excessives et ses amitiés avec des personnalités sulfureuses, Maradona était plus qu'un joueur de foot. Si "el Pibe de Oro" était l'un des plus grands génies sur un terrain, il ne peut être réduit à ses seuls exploits sportifs. Sa personnalité, tout sauf lisse, ne peut laisser indifférent.

"Sexe, alcool, drogues et ballon rond"

A l'image d'une autre légende du ballon rond, le Nord-Irlandais George Best, l'éternel n°10 de l'Albiceleste, l'équipe nationale d'Argentine de football, était une "rock star" du football, une véritable icône de la pop culture. Que l'on l'apprécie ou non.

Ismael Francisco/AP Photo
Maradona avec Fidel Castro, le 27 octobre 2005 à La Havane, CubaIsmael Francisco/AP Photo

La vie de Maradona était suivie comme une telenovela, ces feuilletons télévisés si populaires en Amérique Latine. Avec la question de sa descendance au centre des attentions. Ses tribulations affectives se sont, en effet, soldées par de nombreuses batailles judiciaires et une kyrielle de tests de paternité que le natif de Buenos Aires a longtemps refusé.A ce jour, huit enfants, qu'il a eu avec six femmes différentes, ont été officiellement reconnus. Mais la presse argentine en est sure, d'autres héritiers de "el diez" (le dix en espagnol) seraient dans la nature, de quoi permettre à sa progéniture de former une équipe de foot.

Comme un sale gosse, Diego a dépassé les bornes à de nombreuses reprises, comme lorsqu'il avait tiré sur des journalistes avec une carabine à air comprimé en 1994 en Argentine "pour défendre sa vie privée". Sur les terrains, Maradona n'était pas non plus un ange, il pouvait même être un parfait démon, à l'image de son carton rouge reçu lors de la Coupe du monde 1982 pour avoir été l'auteur d'une très vilaine agression sur le Brésilien Joao Batista. Maradona expliquera plus tard qu'il avait été "excédé" par le marquage du joueur auriverde.

Natacha Pisarenko/AP Photo
Maradona, "cigare au bec", assistant à un match entre Boca Juniors et River Plate à Buenos Aires, le 13 avril 2007Natacha Pisarenko/AP Photo

Après avoir raccroché les crampons, Diego Maradona a connu une retraite rythmée par de nombreux scandales, entre arrestations pour usage de drogue et cure de désintoxication. Ses addictions et son surpoids lui ont valu plusieurs hospitalisations. Mais la ferveur, la folie que le joueur a suscitées resteront à tout jamais. Que ce soit en Argentine ou à Naples, les fresques de Diego seront fleuries pendant encore longtemps.

Avant tout, un dieu du foot

Lionel Messi, "l'autre n°10" de la sélection argentine, a souvent été comparé à Maradona. Gaucher, petite taille et un même incroyable toucher de balle les rapprochent en effet. Mais la "Pulga" n'aura jamais la même aura que le "Pibe de Oro". Premièrement, Messi n'a pas (encore?) remporté de Coupe du monde avec l'Argentine, contrairement à Maradona. Deuxièmement, le caractère beaucoup plus sobre de Messi ne suscite pas autant d'adhésion. Sur ce point, Maradona lui-même s'était, un jour, emporté en 2015, après la finale de la Copa América 2015, perdue face au Chili, en déclarant : "A un moment, on se demande : mais putain, il est argentin ou suédois ?"

Matt Dunham/AP Photo
Maradona, alors sélectionneur de l'Argentine, donnant des consignes à Messi, pendant le match contre le Mexique lors de la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud, le 27/6/2010Matt Dunham/AP Photo

Et s'il fallait retenir un seul match de la carrière de Maradona, c'est bien celui du 22 juin 1986 au Stade Azteca à Mexico. Ce jour-là, l'Argentine affrontait en quart de finale l'Angleterre, avec en toile de fond un lourd contexte géopolitique. Quatre ans auparavant, les deux pays s'étaient déchirés lors de la guerre des Malouines, un conflit qui avait fait plusieurs centaines de morts de chaque côté. La tension était donc à son comble à Mexico.

Cette rencontre s'est conclue par la victoire des Argentins, sur le score de 2 à 1. Les deux buts, inscrits par Maradona, sont entrés dans la légende. Le premier, tricherie manifeste marquée du poing, fait encore aujourd'hui l'objet d'une large polémique. Mais de l'aveu de Maradona, c'est "la Mano de Dios" ("la main de Dieu") qui est intervenue à ce moment-là.

Le second ne souffre, lui, d'aucune polémique. Il s'agit même de l'un des plus beaux buts de l'histoire du football. Après avoir pris la balle dans son camp, Maradona dribble et passe en revue pas moins de six joueurs anglais avant de faire trembler les filets. Le "But du siècle", comme il est surnommé, est un absolu chef d'œuvre. Tout ce match a été au-delà du sport, cette partie a même une dimension poétique, romanesque. Ivres de joie après leur victoire sur les Anglais, la bande à Maradona terminera son épopée mexicaine en brandissant le trophée de la Coupe du monde, redonnant ainsi de la fierté à tout un peuple.

De nombreuses chansons ont été écrites à la gloire de Maradona. L'une des plus émouvantes est sans doute celle de Manu Chao, composée pour le documentaire du réalisateur serbe Emir Kusturica sur le "dieu argentin" sorti en 2008. Cette chanson, "La vida tombola", a donné lieu à un poignant face-à-face entre l'ancien leader de la Mano Negra et son idole.

Hasta siempre, Diego.