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Long format - "Génération Covid-19" : du décrochage à la précarité, le cri de détresse des étudiants

Par Guillaume Petit
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Euronews   -   Tous droits réservés  La détresse des étudiants de la "génération COVID-19"
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Solitude, précarité, décrochage scolaire, et détresse psychologique pouvant aller jusqu’à la tentative de suicide : les étudiants de la "Génération Covid-19", pris en étau par la pandémie et les confinements, crient leur détresse et dénoncent le manque de moyens structurels de l'enseignement supérieur. Il existe pourtant des dispositifs de soutien, jugés précieux mais insuffisants. Un reportage long format de notre reporter Guillaume Petit.

"Cela fait des mois que les étudiants sont confinés et isolés chez eux, il y en a une bonne partie qui ont perdu leur emploi ou leur stage". "J’ai senti un niveau qui a baissé considérablement". "On se sent totalement abandonnés et pas écoutés" : tels sont les témoignages de détresse, face à un avenir plus qu'incertain et des conditions d'apprentissage dégradées, qu'expriment les étudiants après près d'un an de pandémie. "Cela peut être bien sûr une difficulté psychologique voire un état dépressif ou à l’extrême des étudiants qui appellent en disant : je suis au bord de la fenêtre, qu’est-ce que je fais ?", souligne Dr Eve Becache, de la plateforme d'écoute téléphonique LIVE au Centre Hospitalier Le Vinatier.

Alors que les étudiants se mobilisent sur les réseaux sociaux et dans la rue depuis une semaine, nous revenons sur leurs difficultés rencontrées sur le plan financier, scolaire et psychologique. Focus aussi sur les dispositifs d'aide qui ont été mis en place jusqu'à présent. Mais sont-ils suffisants ? Et cette crise ne révèlerait-elle pas aussi les limites d'un système éducatif à bout de souffle ? Alors, quel avenir pour cette génération qui se dit "sacrifiée" ? Des questions au coeur de ce reportage long format.

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Génération Covid-19 : la détresse des étudiantsEuronews

"Il est dur d'avoir 20 ans en 2020", lançait l'année dernière le président français. Il en est de même en 2021. Pour beaucoup d’étudiants c’est comme si le temps s’était arrêté. Ange-William est originaire de Côte d’Ivoire et est venu étudier le droit en France. Il vit dans un logement universitaire de 17 m2, qu’il paye un peu moins de 400 euros par mois, une fois les aides de la CAF déduites.

C’est ici qu’il passe la plupart de son temps depuis que les cours se font à distance et depuis qu’il a perdu son job étudiant. "Cela a été difficile, entre tous les voisins qui sont rentrés chez leurs parents, la solitude, la précarité, à penser à son avenir professionnel, à remettre tout en cause…", raconte Ange-William Etienne, étudiant en droit à l’Université Lyon-I.

"On nous disait qu’on pouvait appeler une psychologue, mais bon… Il y a près de 30 000 étudiants à Lyon-1…Imaginez que tous les étudiants appellent la seule psychologue qu’ils ont… Elle ne va pas s’en sortir", souligne-t-il.

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Décrochage scolaire

Ange-William a bénéficié d’une aide financière ponctuelle. Mais suivre les cours en ligne, seul entre quatre murs, s’est avéré deux fois plus difficile. Il en a résulté une baisse de sa moyenne générale. "Ils nous mettaient des cours en ligne, il y en a qui expliquaient, d’autres pas.On devait se démerder pour comprendre", raconte Ange-William Etienne. "J’ai senti un niveau qui a baissé considérablement."

Selon une étude de Nightline, un tiers des étudiants disent souffrir de détresse psychologique, contre 20% en temps normal, lors d'une précédente étude. Deux tentatives de suicide en l’espace d’une semaine à Lyon ont semé le trouble, même si les motifs du passage à l'acte restent imprécises.

Face à ce mal-être, les étudiants se mobilisent dans la rue et dénoncent une précarité et un manque de moyen que le Covid a seulement amplifiés. "On cherche vraiment de la cohérence et de l’écoute pour les étudiants qui subissent une précarité financière et psychologique. On est vraiment dans une urgence et on se sent abandonnés et pas écoutés", lance cette étudiante, lors d'une manifestation à Lyon lancée à l'appel des syndicats.

La colère gronde. Et sur les réseaux sociaux, les groupes de solidarité comme "Génération Covid" voient affluer de nombreux témoignages.

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Quels dispositifs d'aide ?

D’autres se mobilisent aussi à travers des actions concrètes. Sur le campus de Lyon 1, de rares étudiants profitent que certains cours se fassent en présentiel pour se retrouver. Dans une autre salle, ambiance studieuse. Ces jeunes, en service civique ou bénévoles, ne préparent pas leur cours mais gèrent l’épicerie solidaire mise place par une association étudiante. Elle permet déjà à des centaines d’étudiants dans le besoin de faire des courses à prix cassé. Les produits sont vendus dix fois moins cher. Et le nombre de demandes a explosé à l'automne.

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L’épicerie solidaire est réservée aux étudiants donc le reste à vivre est compris entre 1 et 7 euros par jour. Un soutien dont bénéficient aussi les étudiants internationaux, particulièrement fragilisés par la crise sanitaire sur le plan financier. "C'est sûr que sans ce dispositif les courses nous ruineraient. Là ça nous permet de mettre un peu d’argent de côté pour quelques projets", explique l'un d'eux.

Aide financière, mais aussi psychologique. Nous sommes au Vinatier, un hôpital psychiatrique de Lyon. Au sein de cette plateforme d’écoute téléphonique, le téléphone sonne plusieurs dizaines de fois par jour. A l’autre bout du fil, de plus en plus d’étudiants souffrant de détresse psychologique. Après un échange téléphonique, une prise en charge adaptée, par des psychologues notamment et selon leurs moyens, leur est proposée.

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"C’est arrivé que l’étudiant appelle parce qu’il est sur le bord de la fenêtre"

Mais parfois, la situation nécessite une intervention d’urgence. "Cela peut être bien sûr une difficulté psychologique, de détresse ou d’incertitudes. Cela peut être aussi un état dépressif voire à l’extrême des situations, et c’est arrivé, où l’étudiant appelle parce qu’il est sur le bord de la fenêtre", raconte Dr Eve Becache, chef de la plate-forme « Live » au CH Le Vinatier, qui met en avant la dimension engagée et pluridisciplinaire de son unité, qui dispose d'assistantes sociales, d'infirmiers et de psychologues. "Dans ce cas, on dépêche le samu, la police, les pompiers pour l’aider."

Mais ces dispositifs n’existent pas partout. La France compte en moyenne 1 psychologue pour 30 000 étudiant. C’est bien moins que les recommandations internationales et moins qu’aux Etats-Unis, qu’au Canada, qu’en Irlande ou qu’en Autriche.

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Sur ce campus de l'INSA Lyon, une école d'ingénieurs, l’infirmerie accueille les étudiants en journée. Mais d’autres auront du mal à appeler à l’aide. Alors, les équipes redoublent d’efforts en matière de prévention en allant directement toquer aux portes des étudiants. Environ 600 étudiants se trouvent actuellement en résidence universitaire sur le campus, et 200 autres seraient retournés chez leurs parents. "Il y a des étudiants qui connaissent les numéros d’urgence mais tous ne pensent pas à faire la démarche", explique Céline Guerre, infirmière à l’INSA Lyon. "\_Donc ce dispositif permet de nouer un premier contact_".

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Face à la détresse exprimée par les étudiants, le président Emmanuel Macron a annoncé un retour en présentiel un jour par semaine, et la mise en place de deux repas à un euro par jour dans les restaurants universitaires ainsi que d'un "chèque psy" pour aider financièrement les étudiants à avoir accès à des soins. Mais le retour à la normale espéré par les étudiants n’est pas pour tout de suite.

A l’INSA Lyon, la bibliothèque est néanmoins ouverte, et le directeur plaide pour un progressif retour à la normale. "Nous sommes convaincus qu’un retour sur site, même dans des conditions restreintes - on parle de 20% - seront favorables aux conditions d'apprentissage", explique Pr. Frédéric Fotiadu, directeur de l’INSA Lyon. "Car si le distancier montre qu’on est capables d’apprendre, la réalité c’est qu'on a besoin d’échanges en particulier pour détecter les situations problématiques"

Mais dans les universités, certains étudiants dénoncent des mesures palliatives et un manque de moyens structurels qui ne date pas du coronavirus, mais que cette met aujourd’hui un peu plus en lumière.

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