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Pablo Hasel : l'affaire qui exacerbe les tensions entre les socialistes et Podemos

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Pablo Hasel : l'affaire qui exacerbe les tensions entre les socialistes et Podemos
Tous droits réservés  Felipe Dana/Copyright 2021 The Associated Press. All rights reserved.
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La colère ne faiblit pas dans une partie de l'Espagne. Pour la cinquième soirée d'affilée, des manifestations se sont déroulés samedi soir à Barcelone, en Catalogne, pour s'opposer à l'incarcération du rappeur catalan Pablo Hasel, condamné à neuf mois de prison pour "apologie du terrorisme" et pour des tweets et textes de chansons dans lesquels il insultait la monarchie espagnole et la police.

Le rappeur, qui a été arrêté mardi après s'être barricadé dans une université catalane, refusant de se rendre à la police, avait aussi fait référence dans des textes à des groupes armées tels que l'ETA. La justice a jugé que ces textes "glorifiaient" les actions passées du groupe terroriste et sortaient ainsi du cadre de la liberté d'expression.

Si les manifestations ont démarré dans le calme samedi soir, des heurts ont ensuite éclaté avec la police quand des manifestants se sont mis à marcher vers le quartier général de la police. Certains émeutiers ont brisé des vitrines, piller des boutiques de vêtements de luxe et incendié plusieurs motos. Neuf personnes ont été arrêtées en tout en Catalogne, dont six à Barcelone. Six personnes ont également été blessées, dont deux à Barcelone.

Au total, ce sont près d'une centaine de personnes qui ont été arrêtées depuis le début des manifestations mardi, tandis qu'une centaine de personnes ont été blessées selon Associated Press, dont des policiers, mais aussi une jeune fille qui a perdu un œil à Barcelone, probablement après un tir de balle en caoutchouc de la police.

Jusque-là, les manifestations étaient surtout concentrées en Catalogne, à Barcelone, ville dont est originaire le rappeur, mais elles se sont étendues à Malaga, Cordoue, Séville, et Madrid, où dans le centre-ville, quelques centaines de personnes se sont également rassemblées samedi soir.

Débat sur la liberté d'expression et tensions politiques

Les manifestants voient dans la condamnation du rappeur une énième atteinte à la liberté d'expression en Espagne. Plusieurs articles du code pénal espagnol punissent en effet les insultes à la Couronne et conditionnent la liberté d'expression au respect des victimes d'actes terroristes.

Sur la défensive, le gouvernement a promis une réforme du code pénal pour éviter que les excès verbaux commis dans le cadre de manifestations artistiques ou intellectuelles ne conduisent à des peines de prison, mais sans donner de calendrier précis et sans viser directement Pablo Hasel.

La Cour nationale de Justice espagnole a néanmoins prévenu que dépénaliser la glorification du terrorisme impliquerait un "manque de protection" pour la société. Les associations de victimes du terrorisme ont également manifesté leur opposition, comme le rapportent nos collègues du service espagnol d'euronews.

Les promesses de réforme du gouvernement de gauche ne semblent en tout cas pas avoir calmé la colère, qui gronde depuis plusieurs années déjà sur ce thème de la liberté d'expression.

Car le débat n'est pas nouveau. Il avait déjà été vif, en 2015, lors de la mise en place d'une loi controversée par le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy. Cette loi, surnommée "loi bâillon" par ses détracteurs, restreint le droit de manifester dans des lieux publics et interdit la diffusion, dans un but malveillant, d'images des forces de l'ordre. Elle avait été jugée "disproportionnée" par des ONG et l'ONU, qui y voyait une "atteinte aux droits fondamentaux". Une mesure similaire a récemment été envisagée en France, dans le cadre du projet de loi "Sécurité Globale" et elle avait déclenché de nombreuses manifestations à la fin de l'année dernière.

L'affaire exacerbe aussi les divisions au sein de la coalition gouvernementale qui regroupe les socialistes et la coalition de gauche radicale Unidas Podemos, qui affichent déjà des divergences sur la question de l'indépendance de la Catalogne. Le premier ministre socialiste Pedro Sanchez a condamné les violences, tandis que les dirigeants de Podemos ont apporté leur soutien aux manifestants et demandé une grâce du rappeur Pablo Hasel.