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Virginijus Sinkevičius veut une relance verte collaborative dans l'UE

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Par Shona Murray
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Virginijus Sinkevičius
Virginijus Sinkevičius   -   Tous droits réservés  euronews
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À l'heure où l'Union européenne et le reste du monde sont forcés de passer à la vitesse supérieure dans la lutte contre le changement climatique et la pollution, nous avons interrogé le Commissaire européen à l'environnement, aux océans et à la pêche Virginijus Sinkevičius sur les objectifs environnementaux ambitieux de l'UE, les critères verts d'octroi aux États membres des fonds européens dédiés à la relance et la nécessaire implication des industriels dans cette transition verte.

"La pollution ne se limite pas à d'autres régions du monde"

Shona Murray, euronews :

"Vous vous êtes fixés des objectifs très ambitieux en vue de mettre un terme à la pollution des sols, des mers et de l'air. Mais que comptez-vous faire exactement pour les atteindre ?"

Virginijus Sinkevičius, commissaire européen à l’environnement, aux océans et à la pêche :

"Tout d’abord, le moyen probablement le plus efficace de s'attaquer à la pollution, c'est évidemment de faire en sorte qu'elle ne se produise pas parce qu'ensuite, la situation devient très compliquée. Et c'est là où nous en sommes. Il y a des décès prématurés causés par la pollution, des maladies liées à la pollution, des écosystèmes détruits par la pollution. Et elle ne se limite pas à d'autres régions du monde, elle nous touche ici dans l'Union européenne. Donc nous devons agir vite. Je suis ravi que la Commission ait récemment adopté le Plan d'action zéro pollution. Quand on dit "zéro pollution", cela veut dire tout d'abord, réduire les niveaux de pollution pour qu'ils ne nuisent pas à la santé de nos citoyens, ni à nos écosystèmes. L'objectif, bien sûr, est ambitieux. Cela prendra du temps. Nous prévoyons de l'atteindre d'ici à 2050. Mais évidemment, il y a déjà énormément à faire d'ici à 2030. Et par exemple, concernant la pollution marine aux microplastiques, notre plan entend la réduire de 30% grâce à différents types de mesures. Je crois que cette pandémie joue un très bon rôle de révélateur pour nous tous et elle représente vraiment une occasion de prendre conscience que nous pouvons faire les choses autrement."

"Travailler en étroite collaboration avec les municipalités et les gouvernements"

Shona Murray :

"Vous dites que la pandémie est une opportunité importante. On sait qu'il y a eu une réduction des émissions de CO2 à cause du ralentissement industriel, de la présence de moins de voitures sur les routes, etc. Mais comment s'assurer que quand tout sera globalement terminé et que tout le monde sera vacciné, en particulier dans certaines régions d'Europe, les choses ne vont pas simplement redevenir comme avant. Il n'y a pas d'ambition réelle de ce point de vue, du moins du côté des industries."

Virginijus Sinkevičius :

"Vous avez parfaitement raison. Si nous n'agissons pas, la pollution retrouvera son niveau antérieur et elle pourra même être encore plus importante puisque nous voyons une tendance à la hausse actuellement. Donc à cet égard, nous avons notre plan d'action zéro pollution qui est horizontal, qui concerne différents domaines. Et je dirais qu'il y en a trois principaux auxquels nous nous attaquons : l'énergie bien sûr, les transports et nous ciblons évidemment, comme nous l'avons déjà fait auparavant, les produits chimiques. Donc ce sont les secteurs sur lesquels nous nous concentrons en particulier et par exemple, en matière de transport, je crois qu'il existe toute une diversité de manières de procéder. La première, évidemment, c'est de travailler en étroite collaboration avec les municipalités et les gouvernements au niveau de leurs investissements dans les systèmes de transport pour les rendre plus attractifs pour les citoyens, pour qu'ils investissent dans des solutions de micro-mobilité. Et bien sûr, la Commission est prête à les aider. Mais le plus important, bien entendu, c'est cette opportunité unique qui se présente avec les financements publics et en particulier, avec notre Facilité pour la reprise et la résilience grâce à laquelle chaque État membre recevra une somme conséquente pour qu'elle soit investie principalement dans la reprise et le renforcement des capacités de résilience."

Législation sur les produits chimiques : "Nous devons continuer à travailler en contact étroit avec les acteurs industriels"

Shona Murray :

"Avant d'évoquer le fonds de relance qui est un point très important, pourriez-vous nous donner un exemple ? Vous parliez des produits chimiques il y a un instant. De quelle manière les industries devraient-elles concrètement se transformer pour s'assurer qu'il y ait moins de pollution ? La législation sur les produits chimiques nocifs, les pesticides, sera-t-elle renforcée ? Et y aura-t-il une législation pour encadrer la manière dont les voitures sont fabriquées par exemple ?"

Virginijus Sinkevičius :

"Donc tout d'abord, quand on parle de produits chimiques, il s'agit évidemment d'éviter les substances nocives, de leur trouver des alternatives. Et à moins qu'il ne soit prouvé que certaines substances ne peuvent pas être remplacées – et même dans ce cas, nous encourageons l'investissement dans la recherche et développement en vue de trouver des solutions de remplacement -, notre objectif, c'est de leur trouver des alternatives ou de faire en sorte que ces substances nocives ne soient plus présentes sur notre marché, dans nos produits. Et je dirais que nous avons encore une législation inégale où dans certains produits, ces substances sont très clairement interdites depuis déjà un moment et dans d'autres, elles ne le sont pas. Or les enfants, femmes et personnes âgées se retrouvent facilement exposés à ces produits. Il y a évidemment des catégories de personnes plus vulnérables que nous devons protéger en priorité. Donc nous allons porter une attention toute particulière à notre législation sur les produits chimiques. Mais nous devons continuer à travailler en contact étroit avec les acteurs industriels. Ils comprennent eux aussi que le changement est inévitable, mais qu'il donne également un avantage à ceux qui agissent en premier et c'est une chance pour eux, d'être les plus avancés en termes de recherche et développement."

"Faire en sorte qu'il n’y ait plus aucun produit associé à la déforestation"

Shona Murray :

"Le Brexit a nourri des inquiétudes notamment sur le fait que l'Union européenne et le Royaume-Uni se livrent une compétition autour d'accords commerciaux. On s'est inquiété du fait que cela ne tire les normes environnementales vers le bas et que le Royaume-Uni n'abaisse ses normes pour développer son activité économique ? L'Union européenne montrera-t-elle l'exemple en s'assurant de maintenir ses normes même si cela ne pénalise son commerce ?"

Virginijus Sinkevičius :

"Je dirais que nous apportons la preuve évidente que nous maintenons notre leadership et même que nous le renforçons. Nous venons de parler des produits chimiques, mais il y a de très nombreux autres secteurs sur lesquels nous travaillons également. Peu après la pause estivale, en septembre, nous allons lancer l'une de nos principales initiatives et elle concerne la déforestation en particulier. Nous voulons porter un regard exhaustif sur les chaînes d'approvisionnement et faire en sorte qu'il n’y ait plus aucun produit associé à la déforestation. Donc je crois que c'est une avancée majeure qui augmentera encore le niveau de nos normes."

"En matière d'environnement, on ne doit pas faire un pas en avant, puis deux en arrière"

Shona Murray :

"Vous avez parlé du fonds de relance qui atteint un montant colossal, sans précédent. Et on sait que le Pacte vert est étroitement lié à la manière dont cet argent est dépensé. Mais comment s'assurer que les États membres utilisent bien cet argent pour changer véritablement d'approche en termes d"agriculture durable ou de production et d"industrie durables et qu'ils ne se contentent pas de faire du greenwashing, de tout habiller de vert ? C'est aussi quelque chose qui est souvent reproché à l'Union européenne par les ONG de défense de l'environnement."

Virginijus Sinkevičius :

"Tout d'abord, les associations environnementales, les ONG dans leur ensemble, examinent certes, avec attention les plans de relance et de résilience que les États membres sont encore en train de présenter. Mais sachez que la Commission travaille en lien très étroit avec les États membres. Et notre intention, premièrement, c'est de nous assurer que notre objectif de 37% de dépenses en faveur du climat soit utile. Et nous avons listé six mesures très concrètes que nous allons examiner dans les plans. Deuxièmement, les États membres se sont engagés à respecter le principe de ne pas causer de préjudice important aux objectifs environnementaux ("do no significant harm") qui s'appliquera à tous les projets proposés dans leurs plans : ce principe vise à garantir que nous ne faisons pas un pas en avant, puis deux en arrière. Il s'agit de s'assurer que ces plans sont cohérents avec nos objectifs, avec notre transition verte et numérique.”

Journaliste • Shona Murray