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Bill Gates : "Zéro émission en 2050, ce sera dur, mais pas impossible"

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Par Jeremy Wilks
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Bill Gates dans Global Conversation
Bill Gates dans Global Conversation   -   Tous droits réservés  euronews

Il a cofondé Microsoft, est devenu un milliardaire philanthrope engagé sur le front de la pauvreté et de la santé et aujourd'hui, il se concentre sur la préservation de notre planète. Bill Gates nous répond dans The Global Conversation. Il vient de publier un livre intitulé "Climat : comment éviter un désastre".

Jeremy Wilks, euronews :

"Vous dites dans votre livre que nous en sommes aujourd'hui au même point vis-à-vis du changement climatique que là où nous en étions il y a quelques années en matière de pandémies. Nous pensons être préparés, mais nous ne le sommes pas vraiment ; Qu'est-ce qui nous échappe ?"

Bill Gates, coprésident de la Bill & Melinda Gates Foundationet fondateur de Breakthrough Energy :

"Les sources d'émissions de gaz à effet de serre sont très diverses. Et pour la majorité d'entre elles, nous n'avons pas encore commencé à définir comment les éviter. Tout le secteur manufacturier, le transport aérien et même les projets pour développer le réseau électrique nécessiteraient que nous fassions beaucoup plus, notamment en misant énormément sur l'innovation. C'est très bien que des jeunes s'engagent dans cette cause et que nous ayons un but. Mais mon livre vise à présenter à quoi pourrait ressembler un plan pour atteindre notre objectif de zéro émissions et à dire : Agissons en suivant un plan précis."

Bill Gates à propos de l'ARN messager : "La mise au point des vaccins est une lueur d'espoir"

Jeremy Wilks : "Évoquons brièvement la pandémie avant de revenir plus en détails sur le changement climatique. Elle dure depuis plus d'un an maintenant. Nous ne gérons pas encore bien la situation. Est-ce que cela vous surprend ?"

Bill Gates : "Tous les pays ont à la fois, pris de bonnes décisions et fait des erreurs. Quand je me suis exprimé lors d'un "TED talk" en 2015 et que j'ai dit que nous n'étions pas prêts pour la prochaine pandémie, j'ai parlé des diagnostics, de la pratique médicale et de la manière dont on peut coordonner différentes choses. Ces derniers mois, la création de vaccins a été plus rapide que ce que nous pensions au départ. Dans le passé, notre fondation avait soutenu la technologie de l'ARN messager, mais aucun vaccin qui l'utilise n'avait été développé. Donc aujourd'hui, leur mise au point est au moins une lueur d'espoir et il est possible que ce soit ce qui permette de mettre un terme à cette pandémie."

"L'expression politique des jeunes doit rester forte"

Jeremy Wilks : "Mais s'agissant de la gestion politique de cette pandémie, ce n'est pas une grande réussite. Qu'est-ce que cela vous inspire ? Et que pouvons-nous en déduire sur la manière dont nous allons gérer la crise climatique ?"

Bill Gates : "Personne ne peut attendre des gouvernements qu'ils soient parfaits. En réalité, dans l'ensemble, ils font des choses fantastiques dans l'éducation, la justice, la santé... Nous réclamons toujours plus parce que nous sommes des citoyens et nous voulons donner notre avis sur la manière d'améliorer une situation. Concernant le climat, nous aurons besoin de politiques innovantes. Quant à l'expression politique, en particulier celle des jeunes, elle doit rester forte. Donc nous devons utiliser les trente prochaines années - jusqu'en 2050 - pour atteindre notre objectif climatique parce que ce sera dur, mais pas impossible."

"Les effets négatifs du changement climatique sur les plus pauvres"

Jeremy Wilks : "La distribution des vaccins a mis en lumière les disparités entre riches et pauvres, entre pays riches et pays pauvres. On observera probablement la même chose avec le changement climatique, non ?"

Bill Gates : "Absolument. La raison pour laquelle je m'investis tellement, c'est que le travail de notre fondation pour améliorer l'accès aux soins dans les pays pauvres et aider les agriculteurs sur place sera mis à mal dans l'avenir : cette hausse des températures, cela veut dire que les petits agriculteurs ne seront pas capables de produire assez et leurs récoltes seront perdues. Ce qui causera la malnutrition, alimentera la migration et créera une instabilité totale en raison de l'évolution du climat."

"Les conditions sont réunies pour une prise de conscience"

Jeremy Wilks : "En lisant votre livre, j'ai eu l'impression que vous vouliez essayer de convaincre de l'importance du changement climatique. Qui tentez-vous de convaincre ? Les responsables politiques américains, l'opinion publique américaine ou bien vous-même ? D'ailleurs, votre prise de conscience de l'ampleur du problème est relativement récente."

Bill Gates : "J'ai commencé à m'informer auprès de spécialistes du sujet en 2005. Et comme je l'ai fait lors d'un "TED talk" en 2015 où j'alertais sur les pandémies, j'en ai tenu un autre en 2010 pour alerter sur le changement climatique parce que nous constations déjà ses effets négatifs sur les plus pauvres qui n'y étaient pour rien. Je me suis dit que c'était le bon moment pour publier ce livre non pas parce que je voulais exprimer mes opinions – elles ont toujours été très claires sur l'importance de ce problème – mais plutôt parce qu'étant donné l'énergie déployée par les défenseurs de cette cause, les politiques adéquates, un élan en faveur de l'innovation et même les efforts dans les secteurs cruciaux responsables des émissions comme la production d'acier, les cimenteries et les carburants pour l'aviation ont des chances d'être mis en place, en particulier cette année, puisque les fonds de relance sont orientés vers la lutte contre le changement climatique et que la conférence sur le climat – la COP 26 – est prévue en novembre à Glasgow. Je me suis dit que les conditions étaient réunies pour que l'on prenne conscience des difficultés qu'implique cette cause, des avancées que je constate en matière d'innovation et de ce que j'appelle le "Green Premium" – "la prime verte". Donc c'était le bon moment pour que mon livre contribue à ces discussions."

"Le dialogue avec l'administration Biden est très prometteur"

Jeremy Wilks : "Pensez-vous que le moment soit aussi opportun pour peut-être envoyer un message au président américain Joe Biden ? L'avez-vous déjà fait ? Et l'administration américaine sera-t-elle à l'écoute selon vous ?"

Bill Gates : "Oui, j'ai discuté avec le président et tous ces conseillers importants comme John Kerry qui est représentant spécial pour le climat. Je consacre aussi beaucoup de temps à m'entretenir avec le Royaume-Uni au sujet de la COP 26 et du fait que nous devons nous assurer qu'elle aborde les aspects les plus simples, mais aussi les plus compliqués. Mais, oui, le dialogue avec l'administration Biden est très prometteur."

Jeremy Wilks : "Mais qu'en est-il de la population américaine ? Parce que c'est aux États-Unis que l'on entend davantage de climato-sceptiques. Dans quelle mesure ce livre tient-il compte de cela ? Parce que vous l'avez évidemment écrit pour un large public."

Bill Gates : "Il y a de plus en plus de jeunes, y compris républicains, qui voient cela comme notre grande cause commune, comme quelque chose qui va au-delà de leur réussite personnelle, dont ils se préoccupent et dont ils veulent que nous nous préoccupions. Et les partis peuvent avoir des points de vue différents sur la question, mais de plus en plus, ils divergent sur les actions à mener contre le changement climatique et non pas sur le fait de le considérer ou non comme un problème."

"Nous pourrions avoir besoin d'une nouvelle génération de technologie nucléaire"

Jeremy Wilks : "Parlons des technologies. Car votre livre en mentionne toute une série : vous parlez du déploiement du solaire, de l'éolien, du fait que ces énergies sont de moins en moins chères, mais aussi beaucoup des technologies nucléaires. Ce dont les militants écologistes ne sont pas très friands. Pensez-vous que le nucléaire a un rôle à jouer dans un avenir neutre en carbone ?"

Bill Gates : "Le secteur de l'électricité sera beaucoup plus vaste dans l'avenir parce que nous devrons couvrir les besoins énergétiques pour les voitures, le chauffage, l'air conditionné et de nombreux procédés industriels. Et maintenir l'approvisionnement, y compris pendant les périodes de mauvais temps, représentera un immense problème. Dans ce contexte, soit il nous faut un miracle en matière de stockage – et il est possible qu'il ne se produise pas – soit il nous faut des sources vertes qui ne dépendent pas de la météo. Donc il faut voir si une nouvelle génération de technologie nucléaire qui fasse table rase des précédentes pourrait répondre aux questions de coût, de sécurité, de gestion des déchets... Toutes ces problématiques qui concernent le nucléaire. Cela vaut la peine de travailler là-dessus parce qu'il est possible que nous ayons besoin du nucléaire pour sauver le climat. Donc, oui, je pense qu'il faut explorer cette piste. Cela n'a rien à voir avec la génération actuelle de réacteurs. Il s'agit d'inventer un modèle où la sécurité s'appuie sur la physique et non sur ce que font ou non les opérateurs."

il faut voir si une nouvelle génération de technologie nucléaire qui fasse table rase des précédentes pourrait répondre aux questions de coût, de sécurité, de gestion des déchets... [] Cela vaut la peine de travailler là-dessus parce qu'il est possible que nous ayons besoin du nucléaire pour sauver le climat.
Bill Gates
Philantrope

Jeremy Wilks : "Donc vous dites qu'il nous faudra du nucléaire en 2050. Ce secteur sera probablement plus développé qu'aujourd'hui..."

Bill Gates : "Non. Si un miracle se produit dans le stockage à grande échelle d'une quantité extraordinaire d'électricité, comme l'équivalent de deux semaines d'approvisionnement, c'est dix fois plus que ce qu'une batterie n'a jamais permis de faire, alors nous pourrions nous contenter d'avoir des sources intermittentes en complément de cette capacité de stockage. Mais comme c'est incertain, nous devons suivre toutes les pistes pour pouvoir réduire nos émissions à zéro en 2050. Concernant le nucléaire, il y a de nombreuses choses qui restent à déterminer, notamment cette question : l'opinion publique sera-t-elle ouverte au nucléaire si on apporte des preuves de son intérêt dans les cinq ans qui viennent ? Sera-t-elle réceptive ou non à un modèle totalement repensé ?"

"Construire beaucoup plus de capacités de transport et de distribution d'énergie"

Jeremy Wilks : "Il faut aussi s'interroger sur la gestion du réseau à travers les États-Unis par exemple où il y a plus ou moins de soleil selon les régions et sur le transport de cette énergie de l'autre côté du pays, mais aussi en dehors des frontières. Car il faut envisager cela. Comment relever ces défis selon vous ?"

Bill Gates : "Quel que soit le scénario de production, les États-Unis comme l'Europe devront construire beaucoup plus de capacités de transport et de distribution. Parce que vous pouvez être confrontés à un front froid et toutes vos centrales éoliennes et solaires sont à l'arrêt. Donc il faut espérer que la taille du continent vous permette de vous approvisionner en énergie quelque part. Nous avons lancé une plateforme en libre accès où tout le monde pourra comparer les différentes hypothèses et il est clair que des capacités de distribution plus importantes feront partie de la réponse."

"La bio-ingénierie ? Ce n'est pas du tout une solution permanente"

Jeremy Wilks : "Il y a dans votre livre, des technologies intéressantes et controversées : je veux parler de la géo-ingénierie. Des idées comme rendre la partie supérieure des nuages plus blanche pour qu'ils renvoient davantage la lumière vers l'espace. Ce qui serait un ultime recours contre le changement climatique. Prenez-vous ces technologies au sérieux ?"

Bill Gates : "Non, ce n'est pas une solution au changement climatique. Je me suis dit qu'il était important d'en parler dans mon livre parce qu'il y a des gens qui s'y intéressent. Au mieux, cela repousserait le problème de dix ou quinze ans pendant que nous nous efforcerions de réduire à zéro nos émissions. Vous savez, ne pas en parler aurait été une erreur parce que ça existe. En réalité, les gens devraient se dire que ce n'est pas du tout une solution permanente, que cela ne va probablement pas être utilisé du tout. En réalité, quand vous vous retrouvez face à ce problème catastrophique, il est essentiel d'avancer en distinguant grâce à des preuves, les options qui fonctionnent de celles qui ne fonctionnent pas."

Jeremy Wilks : "Est-ce vraiment la technologie qui va sauver le climat ? Nous avons placé beaucoup d'espoir en elle et le livre la présente et l'explique au grand public. Mais représente-t-elle vraiment une solution ? Ou devons-nous simplement réorganiser notre système socio-politique mondial ?"

Bill Gates : "Les populations des pays en développement méritent d'avoir un toit, de pouvoir s'éclairer la nuit. Vu la chaleur qu'il peut faire près de l'Equateur, ils méritent d'avoir l'air conditionné. Et nous n'allons pas arrêter de nous déplacer en avion, de construire des bâtiments, de transporter des marchandises, d'avoir du bétail. Nous devons être en mesure de réduire à zéro nos émissions dans ces domaines parce que sinon, nous ne pourrons pas atteindre la neutralité carbone. Donc c'est une très bonne chose que les populations des pays riches consomment moins, cela réduit les émissions, mais ce n'est qu'un élément qui contribue à atteindre la neutralité carbone à l'échelle de la planète."

"Réunissons-nous pour définir un plan d'action"

Jeremy Wilks : "Vous parlez beaucoup du fait d'être équitable et juste. Pensez-vous que cela soit vraiment possible qu'en 2050, ces pays aient poursuivi leur développement comme vous le souhaitez ET que nous ayons atteint la neutralité carbone ?"

Bill Gates : "Oui. Il faut rappeler des innovations comme la puce informatique, les communications sans fil... C'est phénoménal combien elles ont amélioré la qualité de vie. Et l'espérance de vie est beaucoup plus longue. Les vaccins créés pendant la pandémie en sont aussi de grands exemples. Mais nous atteindrons notre objectif climatique uniquement si nous mettons à profit ces trente prochaines années et que nous travaillons sur toutes les sources d'émissions dans tous les pays du monde. Nous n'avons pas encore les bons paramètres. Nous n'avons pas vraiment modélisé les choses comme les réseaux électriques. Donc vous savez, mon livre vise à appeler à agir. Réunissons-nous pour définir un plan d'action parce que c'est tellement important."

Les pistes de la capture du CO2

Jeremy Wilks : "De nombreux téléspectateurs ont voulu vous interroger sur les solutions inspirées par la nature comme de planter des arbres pour capturer le CO2 de l'atmosphère. Est-ce une piste intéressante ? Ou est-ce que finalement, les individus ne devraient pas aussi faire ça à leur niveau ?"

Bill Gates : "Malheureusement, vous savez, nous émettons à l'échelle de la planète, 51 milliards de tonnes de gaz à effet de serre par an. La nature sait faire pousser des arbres partout. Mais la réduction obtenue de cette manière ne représentera qu'un petit pourcentage. Et il faudra financer le renouvellement des plantations de ces arbres pour des milliers d'années parce que quand on rejette du CO2 dans l'atmosphère, il y reste pour des milliers d'années. Si vous dites que vous allez compenser quelque chose grâce à cela, sachez que les arbres sont détruits par le feu ou meurent en moyenne tous les 40 ans et le coût par tonne de CO2 captée de cette manière sur - disons - 4 000 ans est très, très élevé. Donc agir à la source des émissions est la seule manière de nous attaquer véritablement à ces 51 milliards de tonnes."

Agir à la source des émissions est la seule manière de nous attaquer véritablement à ces 51 milliards de tonnes de CO2.
Bill Gates
Philantrope

Jeremy Wilks : "Et prélever le CO2 de l'atmosphère mécaniquement, en utilisant des machines pour le faire, est-ce la meilleure alternative selon vous ?"

Bill Gates : "Je finance de nombreuses entreprises dans la capture directe du CO2. Mais là encore, le coût par tonne reste très élevé, mais il existe de nombreuses nouvelles idées. Cela coûte plus de 400 dollars la tonne aujourd'hui, donc ça veut dire que l'on ne peut pas résoudre le problème de cette manière. Mais en réduisant ce coût à moins de 100 dollars, cela peut représenter une partie de la solution. Même chose avec l'hydrogène vert et les carburants verts dans l'aviation. La capture directe du CO2 est l'un des domaines que les gouvernements devraient soutenir et dans lequel ils devraient créer la demande pour les meilleures solutions qui émergent dans ce domaine."

Le pacte vert européen ? "C'est fantastique"

Jeremy Wilks : "Concernant les gouvernements, le cadre politique, législatif et réglementaire est très important. C'est ce que vous dites un peu plus loin dans votre livre. Et j'aimerais savoir ce que vous pensez du Pacte vert européen qui lie les fonds de relance suite à la pandémie à des investissements verts. Le principe, c'est que l'on n'obtient un financement que si on investit dans quelque chose de vert. Selon vous, les Européens en font-ils assez avec ce Pacte ?"

Bill Gates : "Je trouve que c'est fantastique. C'est un engagement d'ampleur. Je pense que les résultats dépendront de la qualité de ces projets. Et donc notre équipe scientifique qui a financé toutes ces start-up essaiera de collaborer autant que possible avec l'Union européenne sur ces projets parce qu'il faut lancer des expérimentations, essayer des choses à la bonne échelle. Et cet argent peut accélérer tout ce travail. Il faut l'utiliser pour de nombreuses sources d'émissions pas uniquement pour l'électricité issue de sources renouvelables ou les voitures électriques, mais aussi dans les secteurs où c'est très difficile de réduire les émissions. Donc c'est une excellente chose que les Européens se soient engagés à lancer et financer ces projets."

Jeremy Wilks : "Nous devons innover sur tous les fronts et tout cela nécessitera beaucoup d'argent. Pensez-vous que les milliardaires actuels dont vous faites partie devraient davantage participer en payant plus d'impôts ? Devraient-ils être forcés à investir davantage dans ces solutions ?"

Bill Gates : "La politique fiscale diffère selon les pays. J'ai parlé des impôts aux États-Unis et du fait qu'ils pourraient être plus élevés. Mais je ne suis pas un expert des impôts en Europe. Les gouvernements devront amplifier leurs actions. Cela nécessitera des ressources comme dans l'éducation et la santé."

"Nous ne pourrons pas nous en sortir si nous laissons les choses se produire"

Jeremy Wilks : "Mais comment les motiver ? Parce qu'ils sont très motivés en matière de santé actuellement, mais qu'en est-il vraiment de leur motivation à soutenir ces innovations radicales et à opérer ce changement dont vous parlez ?"

Bill Gates : "En matière de coûts, comme on l'a vu avec la pandémie, le développement de ces nouveaux vaccins a nécessité des milliards et ils permettront de sauver la tragédie économique qui s'élève à des milliers de milliards de dollars."

Jeremy Wilks : "Mais comment faire en sorte qu'il y ait la volonté politique ? On sait bien que les responsables politiques voient les choses à court terme."

Bill Gates : "Si la jeune génération cesse de s'exprimer inlassablement sur la question – et je salue ceux qui ont initié cette mobilisation – et qu'elle ne dit plus ce qu'elle pense avec force, alors il est possible que nous ne fassions pas les bons arbitrages. Avec le changement climatique, le nombre de morts sera au final beaucoup plus élevé que celui que nous observons pendant la pandémie. Et nous ne pourrons pas nous en sortir si nous nous contentons de laisser les choses se produire. Dans ce cas, nous souffrirons pendant des décennies et des décennies."

"La destruction des écosystèmes naturels est largement bien pire que les effets de la pandémie"

Jeremy Wilks : "Pour finir, je voudrais revenir sur la pandémie qui est dans toutes les têtes et sur les vaccins... Existe-t-il un vaccin contre le changement climatique ?"

Bill Gates : "Non. Il nous faut en réalité, une dizaine d'innovations révolutionnaires parce qu'il existe quantité de sources différentes d'émissions. Et il ne s'agit pas uniquement des voitures électriques, des carburants verts dans l'aviation, de la viande artificielle. Il faut faire beaucoup plus et agir dans le secteur manufacturier, l'agriculture, les transports, la construction. Mais la destruction irréversible des écosystèmes naturels est largement pire que les effets négatifs que nous constatons au moment du pic de la pandémie actuelle. Donc ce devrait être une cause commune à l'ensemble de l'humanité. Ce sera dur, mais si nous réussissons, ce sera la meilleure chose que nous n'aurons jamais accomplie."

Journaliste • Jeremy Wilks