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Vers le 100% plastique recyclé dans l'agriculture en France ?

Des meules sont stockées emballées dans du plastique, Allemagne, décembre 2019
Des meules sont stockées emballées dans du plastique, Allemagne, décembre 2019   -   Tous droits réservés  Karl-Josef Hildenbrand / dpa / AFP
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Nous sommes début juin ; c'est une récolte bien particulière qui bat son plein dans nos campagnes : la collecte des plastiques.

En Normandie, Alain Robillard charge, avec un tracteur et une benne, des bâches pliées qui ont servi à protéger le maïs stocké de l'oxydation de l'air. Il est éleveur de 65 vaches normandes laitières nourries avec le maïs, le blé et l'herbe produits sur l'exploitation de 67 hectares.

Il se rend ensuite dans une entreprise de négoce agricole, point de collecte, à quelques kilomètres de son exploitation.

Un pont-bascule permet de peser la quantité de plastiques apportés. "Des agriculteurs bénévoles aident au déchargement des bennes, et vérifient les apports", explique Hélène Guillier, de la chambre d'agriculture de l'Orne.

Ils doivent notamment s'assurer que les plastiques ne sont pas trop pleins de paille, de terre ou de sable, ce qui compliquerait le recyclage. Des vérifications d'autant plus importantes qu'il existe "une grosse saisonnalité de collecte, avec un pic en avril, mai, juin", explique Pierre de Lépinau, directeur d'Adivalor, la société qui pilote la filière : "Les bêtes sortent, c'est le moment où on utilise engrais et fertilisants".

Sont ainsi récoltés : bâches d'ensilage, sacs, bidons, bouchons et autres couvertures de serre...

Bilan pour M. Robillard : 300 kilos de plastique, dont 100 kilos de bâche d'ensilage, six sacs de film d'enrubannage, un sac de ficelles et trois de filets.

"Donner aux plastiques une nouvelle vie, c'est important pour moi. Autrefois, mes parents les brûlaient", témoigne cet éleveur. "C'est plus propre pour tout le monde", estime-t-il, ajoutant : "le plastique n'est pas une ressource inépuisable".

Une filière qui vise le 100% collecté

La filière de recyclage des déchets des fournitures agricoles a été créée en 2001 en France. Elle est financée à plus de 70% par des éco-contributions acquittées par les metteurs en marché des produits, gérées par les actionnaires d'Adivalor qui représentent notamment les producteurs de pesticides, d'engrais, de plastiques, de produits d'hygiène et de semences.

"L'autre principal poste de recettes est lié à la vente de déchets recyclables", explique M. de Lépinau.

En 2020, 85 000 tonnes d'emballages et plastiques ont ainsi été collectées dans les fermes du pays, en progression de 5 000 tonnes, dont près de 90% ont été recyclées. En moyenne, l'agriculture recycle ainsi 72% du plastique qu'elle utilise, précise M. de Lépinau.

Le taux de recyclage est ainsi presque trois fois supérieur à celui des emballages plastiques ménagers (27%) collectés en France, selon les chiffres publiés par le ministère de la Transition écologique au printemps 2021.

La filière agricole vise désormais le 100% collecté voire même le 100% recyclé, en 2030.

Pour cela, en février, elle a signé avec Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique, la prorogation jusqu’à fin 2023 de l’accord-cadre mis en place en 2016.

Au niveau européen, la problématique est reconnue. En 2018, on la retrouve dans plusieurs échanges ou des propositions d'amendements.

Dans une communication de la Commission européenne à destination du Parlement, du Conseil, du Comité économique et social européen et au Comité des régions, concernant la stratégie européenne sur les matières plastiques, on avance qu' "un recyclage accru des plastiques utilisés en agriculture (comme les films de paillage plastique ou les serres) peut contribuer à réduire les rejets dans l’environnement".

Une politique qui ne met pas fin à la pollution plastique

Cette politique du recyclage est aussi appuyée par le lobby du plastique qui compte plusieurs "comités" nationaux ou internationaux dédiés à la promotion du plastique dans l'agriculture et qui y voit une manière de perpétuer l'activité des producteurs de plastiques.

Une agence européenne pour l'innovation dans l'agriculture, l'EIP-Agri, a travaillé à l'automne 2020 à un rapport sur la question de la réduction du plastique dans le secteur. Il souligne la pollution invisible et encore mal documentée par les micro-plastiques dans le secteur agricole due à la dégradation des plastiques et aux micro-plastiques ajoutés aux produits. L'agence rappelle la responsabilité des fournisseurs de la filière qui s'appuie encore largement sur des emballages plastiques.

Une autre agence européenne, l'EHCA, qui travaille sur les produits chimiques au niveau de l'Union, souligne dans un rapport publié à l'été 2019, que la moitié des micro-plastiques produits intentionnellement le sont pour le secteur agricole, notamment comme enrobage des granulés d’engrais et des semences.