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Une opération de cyberpolice permet un vaste coup de filet international contre le crime organisé

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Par Vincent Coste avec AFP, AP
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Photo non datée de billets de dollar néozélandais saisis dans le cadre de l'opération Trojan
Photo non datée de billets de dollar néozélandais saisis dans le cadre de l'opération Trojan   -   Tous droits réservés  Police de Nouvelle-Zélande/AP Photo
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D'aucuns pensaient qu'en matière de nouvelles technologies, les criminels avaient un coup d'avance sur la police. Agissant de concert, les forces de l'ordre de plusieurs pays viennent de démontrer le contraire. Des centaines de malfrats ont, en effet, été arrêtés dans le cadre de l'opération "Bouclier de Troie" ("TrojanShield" en anglais). Cette dernière reposait sur l'application cryptée "AN0M", devenue très populaire dans le milieu du crime organisé. Un milieu qui ne se doutait pas d'un détail important : cette application avait été secrètement mise au point par le FBI américain !

Grâce à cette opération, présentée comme "la plus sophistiquée au monde" par les polices de plusieurs pays d'Europe, des Etats-Unis, d'Australie et de Nouvelle-Zélande, les enquêteurs ont pu suivre pendant plusieurs mois les agissements de membres de la mafia, de syndicats criminels asiatiques ou encore de gangs de motards hors-la-loi qui échangeaient sur des ventes de stupéfiants, des activités de blanchiment d'argent ou même des projets d'assassinats.

Plus de 200 arrestations rien qu'en Australie

Cette opération a duré trois ans en Australie et a permis l'arrestation de 224 personnes, d'ores et déjà inculpées pour plus de 500 chefs d'accusation. Six laboratoires de fabrication de drogue ont été fermés, quantités d'armes et 45 millions de dollars australiens (29 millions d'euros) en liquide ont été saisis. Le Premier ministre australien Scott Morrison a déclaré que cette opération "a infligé un coup dur au crime organisé, non seulement dans ce pays, mais qui aura un écho dans le monde entier". La police australienne a, en effet, ajouté que "des centaines de personnes ont été arrêtées" hors d'Australie.

La police néo-zélandaise a pour sa part annoncé l'interpellation de 35 personnes notamment pour trafic de drogue et blanchiment d'argent. De la drogue et des biens d'une valeur de plusieurs millions de dollars ont été également saisis.

Arroseurs arrosés

Les utilisateurs de cette messagerie AN0M, au centre de cette affaire, sont donc tombés dans le piège tissé par le FBI. Secrètement, les services de la police fédérale américaine ont développé, en 2018, cette application pour remplacer d'autres systèmes qui avaient été justement démantelés par le FBI, comme "Phantom Secure" ou "Sky Global".

Et comme la nature a horreur du vide, les malfaiteurs se sont jetés sur AN0M pour pouvoir échanger des messages, qu'ils pensaient, cryptés. Et sans savoir que ces échanges étaient décryptés en temps réel par les services de police des 16 pays qui ont participé à l'opération.

Ces appareils ne pouvaient s'acheter qu'au marché noir, pour environ 2 000 dollars et il fallait avoir, pour les faire fonctionner, un code transmis par un autre utilisateur d'AN0M. Ces terminaux ne pouvaient pas envoyé d'email, ne permettaient pas les appels et n'étaient pas équipés de services GPS.

D'autres importantes annonces ont eu lieu ce mardi. Europol, l'agence européenne de coopération entre les police des pays membres de l'UE, et le FBI ont en effet donné une conférence de presse conjointe qui s'est tenu à La Haye à 10 heures ce mardi.

Les services européens et américains ont donc communiqué des informations complémentaires sur les arrestations et les saisis opérées dans le cadre de ce "réseau international de coopération policière" (Law enforcement network en anglais), selon Jean-Philippe Lecouffe, directeur exécutif adjoint d'Europol.

Le directeur adjoint de la police fédérale des Etats-Unis, Calvin Shivers, a expliqué qu'"au cours des 18 derniers mois, le FBI a fourni aux organisations criminelles plus de 300 appareils cryptés dans plus de 100 pays qui nous ont permis de surveiller leurs communications", ajoutant que "plus de 100 menaces mortelles ont été déjouées".

Europol
Le détail de l'opération "Trojan Shield"Europol

Au niveau mondial, ce sont 800 personnes qui ont été ainsi arrêtés dans le cadre de cette opération. Les services de police ont également mis la main sur plus de huit tonnes de cocaïne, deux tonnes de méthamphétamines et 22 tonnes de cannabis ou de résine de cannabis. L'équivalent de plus de 48 millions de dollars (soit 39 millions d'euros), en différentes devises et cryptomonnaies, ont également été saisis.

Cette affaire fait suite à autre opération qui avait permis le démantèlement d'un réseau mondial de communications cryptées, appelé EncroChat, et plus de 800 arrestations en Europe.