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France : les élections régionales sont-elles un avant-goût de la présidentielle ?

Par Guillaume Petit  & euronews
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France : les élections régionales sont-elles un avant-goût de la présidentielle ?
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Des thèmes sécuritaires qui dominent le débat et les médias français, une droite et un Rassemblement national en position de favoris, une méfiance grandissante des Français pour la politique : les ingrédients d'une campagne aux enjeux nationaux. Pourtant, nous parlons bien là des élections régionales. Mais le scrutin, qui pourrait battre des records d'abstention, s'apparente à une répétition de l'élection présidentielle de 2022.

Il fait beau, la pandémie de Covid-19 semble s’éloigner, les vacances d'été se rapprochent. Les Français semblaient avoir beaucoup de choses en tête ces jours-ci, sur les marchés de Lyon où nous nous sommes rendus, mais les régionales n'avaient pas l'air de dominer leurs préoccupations. Nombreux sont les habitants qui refusent de répondre à nos questions, qui soupirent lorsqu'on évoque le thème des régionales, ou qui refusent les tracts qu'ont leur tend, d'un air totalement désintéressé.

"J'avoue que j'ai pas regardé", explique cette jeune femme d'une vingtaine d'années. "J'ai pas regardé du tout". Elle juge les médias trop "influenceurs" et ne sait pas trop qui croire. "De toute façon, entre ce qui est dit et ce qui est fait, il y a un fossé".

Mais les jeunes ne sont pas les seuls à ne plus croire en la politique. Parmi les personnes âgées, pourtant considérées comme un électorat peu abstentionniste, certains iront voter. Une retraitée évoque la "dégradation des conditions de vie en ville", des contraintes environnementales qui pèsent sur leur porte-monnaie : "Mon véhicule ne va plus être conforme mais je n'ai pas de quoi m'en acheter un neuf", explique-t-elle. "Et mon appartement n'est plus aux normes, mais je n'ai pas les moyens de le retaper, je vais donc de voir déménager en dehors de la ville, comme beaucoup de personnes".

La sécurité, au coeur du débat

Mais d'autres personnes âgées, qui avaient toujours voté auparavant, n'y croient plus non plus. "Je pense que __les hommes politiques qui sont élus s'occupent plus de leurs carrières et d'être réélu que de la société", explique cette vendeuse, lectrice des ouvrages de Michel Onfray, qui travaille à plus de 70 ans, car sa retraite ne lui permet pas de vivre décemment. Que la thématique sécuritaire soit en tête des préoccupations des Français ? Cela ne l'étonne pas. "Il y a un ensauvagement de la société", dit-elle, reprenant les termes du ministre français de l'Intérieur Gérald Darmanin.

Les élections régionales mobilisent traditionnellement peu les électeurs, mais l’abstention pourrait atteindre des records cette année. Mais certains iront voter sans hésiter. C'est le cas de Nathalie Blamat, une habitante du quartier de la Guillotière à Lyon. Pour elle, c'est le thème de la sécurité qui guidera son choix au moment de voter. Elle assure que dans son quartier, incivilités et trafics sont devenus quotidiens_. "Malpropreté, insécurité, intranquilité"_ : ce sont les trois problèmes, dit-elle

Avec 600 foyers, elle a engagé une recours collectif en justice contre la préfecture et veut faire passer un message à la classe politique à travers ce scrutin. "On se rend bien compte que les bagarres sont de plus en plus fréquentes, il y a des vols à l'arraché très régulièrement", raconte-t-elle. "On attend que les politiques prennent vraiment en compte nos préoccupations".

La sécurité arrive en tête des premières préoccupations des Français pour ces régionales, selon plusieurs sondages, devant les enjeux économiques (chômage, emploi), le cadre de vie et l'environnement. Mais la région peut-elle répondre à toutes ces attentes ? La région s'occupe du développement économique, de l’aménagement des territoires, les transports interurbains, de la gestion des lycées, la formation professionnelle, la gestion de l’eau et des déchets ou encore des programmes européens destinées aux régions, qui sont donc importants pour les zones rurales. Mais la région n’a aucune compétence dans les domaines de la sécurité ou de l’immigration.

Il faut dire que le thème est très présent dans les médias. Et plusieurs candidats de droite et du Rassemblement national de Marine Le Pen s’en emparent. Dans la région Auvergne Rhône Alpes, le candidat des Républicains (droite) propose d'aider les maires à financer la vidéo-surveillance, les équipements de la police municipale. D'autres candidats dans d'autres régions proposent la même chose. Laurent Wauquiez, lui, propose même de supprimer l’accès aux aides régionales pour les délinquants.

"Il y a toute une série de faits divers, d'une gravité sans précédent, comme ce professeur, Samuel Paty, qui a été égorgé. Tout cela contribue à polariser l'attention des électeurs et des journalistes sur ces thématiques sécuritaires", analyse Frédéric Micheau, Directeur général adjoint d'Opinionway, qui confirme une "droitisation" de l'électorat français. Il souligne que même lors des régionales de 2015, juste après la vague d'attentats meurtriers qui avait frappé la France, ce thème était devenu de plus en plus important pour les Français, sans pour autant dominer les enjeux économiques comme c'est le cas cette année.

Répétition générale de la présidentielle ?

Cause ou conséquence de cette importance accordée aux thématiques sécuritaires dans les médias et dans la campagne de nombreux candidats : la droite et l’extrême-droite apparaissent en position de favoris. La droite est donnée gagnante dans trois des régions les plus peuplées (Île-de-France, Auvergne Rhône-Alpes et Hauts de France), tandis que le parti de Marine Le Pen se place en tête des sondages au premier tour dans plusieurs régions.

A un an de la présidentielle, ces élections apparaissent donc comme une sorte de répétition générale pour les grands partis, avec des thèmes nationaux au coeur du débat. D'un côté, le parti présidentiel, peu implanté localement, a du mal à s’imposer face aux poids lourds de la droite traditionnelle bien installés.

De l'autre, le Rassemblement national cherche à gagner en crédibilité. Après la "dédiabolisation", vient le temps de la "présidentialisation", dans l’optique de ce qu’annoncent déjà les sondages pour 2022 : un nouveau duel entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron, pourtant pas officiellement candidat. Mais l’abstention record qui pourrait être enregistrée lors de ces régionales préfigure aussi le défi qu'attend tous les partis dans moins d’un an : réussir à convaincre les Français de croire à nouveau en la politique.