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Podcast | Les ex-soldats libériens luttent pour trouver leur rôle dans la société d'après-guerre

Après avoir exploré le rôle de la masculinité traditionnelle dans la guerre civile du Liberia (1989-2003), nous rejoignons à nouveau la journaliste libérienne Carielle Doe.
Après avoir exploré le rôle de la masculinité traditionnelle dans la guerre civile du Liberia (1989-2003), nous rejoignons à nouveau la journaliste libérienne Carielle Doe.   -   Tous droits réservés  Dans La Tête Des Hommes
Par Marta Rodriguez Martinez  & Carielle Doe
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Après avoir été témoin du meurtre de ses parents et de ses frères et sœurs, Morris Matadi a été recruté comme enfant soldat. On lui a mis un fusil dans les mains et on l'a forcé à jouer un rôle actif dans la guerre civile libérienne.

Un jour, il a réussi à lâcher son arme et à s'enfuir. Mais, comme beaucoup d'autres ex-combattants, l'horreur de la guerre ne l'a pas quitté, du moins mentalement. Il retourne sans cesse sur le champ de bataille en faisant des cauchemars et présente d'autres symptômes du syndrome de stress post-traumatique, comme des crises de colère.

Tout cela dans un contexte où ces guerriers qui vivaient autrefois selon leurs propres règles sont devenus les moutons noirs de la société une fois la guerre terminée et les règles revenues. Une grande partie de la société libérienne ne peut oublier ou pardonner leur rôle d'exécuteurs pendant la guerre et ne souhaite pas leur réintégration.

Après avoir exploré le rôle de la masculinité traditionnelle dans la guerre civile du Liberia (1989-2003), nous rejoignons à nouveau la journaliste libérienne Carielle Doe pour nous pencher sur les conséquences du conflit, en particulier sur les blessures qui ne se voient pas mais qui sont plus longues à guérir. Ces blessures qui marquent profondément la vie des ex-combattants, mais aussi celle de la société libérienne dans son ensemble, qui peine encore aujourd'hui à affronter son passé.

Carielle Doe
L'ancien enfant-soldat Morris Matadi.Carielle Doe

Pourtant, les problèmes de santé mentale liés aux hommes qui reviennent de la guerre ne touchent pas seulement les ex-combattants libériens. Des soldats du monde entier ont signalé des symptômes de syndrome de stress post-traumatique. La blessure silencieuse infligée par la guerre est la plus difficile à guérir. Elle laisse derrière elle une épaisse cicatrice de souvenirs.

Les patients souffrant de syndrome de stress post-traumatique revivent les situations traumatisantes du passé de manière très vive et ces expériences provoquent la même peur que le traumatisme initial. Ils trouvent parfois un soulagement en évacuant leur colère ou en ayant recours à l'alcool ou aux drogues.

Au Liberia, ces hommes ont trouvé dans les réunions de groupe un lieu sûr pour surmonter la violence du passé - une fraternité dans laquelle ils peuvent s'ouvrir les uns aux autres sur les secondes chances, la paternité et ce qu'un homme bon est censé être. Des rencontres qui les aident à prendre un nouveau départ.

Carielle Doe
Un groupe d'ex-combattants devant l'hôtel historique Ducor à Monrovia, au Liberia, aujourd'hui un squelette de la guerre civile.Carielle Doe

Reportage original et édition :

Carielle Doe à Monrovia, Liberia.

Mame Peya Diaw à Nairobi, Kenya.

Marta Rodriguez Martinez, Naira Davlashyan et Lillo Montalto Monella à Lyon, France.

Lory Martinez à Paris, France.

Clizia Sala à Londres, Royaume-Uni.

Conception de la production : Studio Ochenta.

Thème musical : Gabriel Dalmasso.

Remerciements à Peya Mame et Natalia Oelsner pour les musiques qui ont ponctué cet épisode.

Animatrice : Arwa Barkallah.

Rédacteur en chef : Yasir Khan.

Dans cet épisode, retrouvez la musique de l'artiste libérienne Faith Vonic que vous pouvez aussi suivre sur Youtube, Instagram, Facebook et Twitter.

Notre série de podcasts est également disponible sur :

À propos de Dans la Tête des Hommes

Dans la Tête des Hommes est une série de podcasts originaux d'Euronews qui explore comment la pression d’être " un homme " peut nuire à des familles et des sociétés entières. Ces émissions vous emmènent à travers le continent africain à la rencontre d’hommes qui défient les stéréotypes de genre séculaire et redéfinissent leur rôle d'homme.

Le podcast est aussi disponible en anglais sous le nom Cry Like a Boy.

N’hésitez pas à encourager ce projet en écoutant et en vous abonnant au podcast sur euronews.com ou sur les plateformes Castbox, Spotify, Apple, Google,Deezer - ainsi qu’à partager votre avis et point de vue.

Carielle Doe
L'ancien enfant-soldat Morris Matadi avec sa famille dans sa maison à Monrovia, au Liberia.Carielle Doe

LES SOLDATS DU LIBERIA : LA BLESSURE INVISIBLE

Avertissement : Ce podcast contient des témoignages et des récits difficiles susceptibles de heurter les sensibilités. Assurez-vous de les écouter dans de bonnes conditions.

Morris Matadi : Pendant que j'étais assis, j'avais mon arme, alors je suis tombé amoureux de mon AK-47. Je me suis dit que maintenant, j'avais quelqu'un pour s'occuper de moi. Ça, c'est ma mère et ça, c'est mon père, c'est ma famille. Je vais le garder et ça va me protéger.

Arwa Barkallah : C’est avec ces mots que Morris Matadi décrit son enfance : celle d’un enfant soldat. Il a assisté à l'exécution de ses frères, de ses sœurs et de ses parents durant la guerre civile.

Sa famille a été emmenée derrière une hutte par les rebelles. Ce fut la dernière fois qu’il les a vu. Il entendit alors des coups de feu, des cris. Quelques instants plus tard, les rebelles revinrent avec du sang sur eux et les couteaux dégoulinant. Morris a compris que c’est comme ça que les soldats recrutaient leur troupe.

Nous sommes à Paynesville, une ville située à quelques encâblures de Monrovia, la capitale du Libéria. Notre correspondante, Carielle, est accueillie par Morris, dans son appartement situé dans un immeuble de la classe populaire.

Après le meurtre de sa famille, Morris s’est retrouvé isolé. Une proie facile pour être enrôlé. Ils lui ont confié une arme. C’est ainsi qu’il s’en souvient:

Morris Matadi : Tout ce que je voulais, c'était survivre. C'était l'essentiel. Tout ce que je voulais, c'était survivre. Donc, tu sais, on tue ou on est tué. C'était donc cela la situation, ma sœur.

Arwa Barkallah : Ces derniers temps, ses souvenirs reviennent de moins en moins. Pendant longtemps, des cauchemars violents interrompent ses nuits. Il s’y était habitué. Aujourd'hui, le chapitre de la guerre civile est clos pour lui. Il s’estime guéri physiquement et mentalement. Son parcours de résilience psychologique a pris plus de temps que prévu.

Morris Matadi : J'ai été traumatisé mais je ne le suis plus maintenant.

Arwa Barkallah : Bienvenue dans ce nouvel épisode de Dans la Tête des Hommes. Je suis Arwa Barkallah et nous allons comprendre dans la deuxième partie de ce documentaire comment sur un terrain de guerre, les injonctions à la masculinité peuvent conduire à la destruction du cercle familial et de toute une société.

Nous voici de retour dans le plus petit pays d’Afrique de l’Ouest, le Liberia. Un pays qui a été le théâtre d’une guerre entre 1989 et 2003. Le recrutement d’enfants soldats - à partir de 9 ans - a également eu lieu, ici. Une guerre qui opposait différentes factions motivées par l'appât des ressources naturelles, conduit par des conflits interethniques et le fossé grandissant entre les riches et les plus pauvres.

Auparavant, ces seigneurs de guerre faisaient la loi mais sont devenus les parias de la société dès lors que tout est rentré dans l’ordre.

La violence dont ils ont fait preuve les marquera à vie. Ils gardent cette mauvaise image, et pour cause. Mais ces soldats sont également des victimes. Ils sont les victimes collatérales de ce qui est associé à la glorification de la guerre. La figure traditionnelle masculine veut que ces hommes gardent leur traumas pour eux.

Il s’agit pour eux de sauvegarder leur réputation d’hommes forts. En public, en société, ils n’abordent jamais ce qu’il se passe pour eux psychiquement et de ce que la guerre a laissé en eux.

Alexander Blackie travaille au centre Carter pour la Santé Mentale. Il dirige un programme qui aide les Libériens à se reconstruire socialement et psychologiquement.

Alexander Blackie : Ils n'ont aucune idée de ce avec quoi ils vivent encore. Un traumatisme, je vous mets au défi d'aller visiter certains de ces foyers et de voir comment ils interagissent avec leurs enfants. Le petit enfant est juste un enfant de deux ans qui vient rencontrer son papa. Et quand vous voyez comment papa le repousse, vous savez que la situation traumatisante que papa lui a transmise, il la vit encore. Nous n'avons pas vraiment traité les traumatismes au Libéria. Nous vivons toujours avec un traumatisme. Nous devons nous asseoir et parler de la réalité : c'est arrivé. Je l'ai fait. S'il te plaît, pardonne-moi.

Carielle Doe
Alexander Blackie du programme de santé mentale du Centre Carter.Carielle Doe

Arwa Barkallah : Une étude a été menée par l’ONU dans l’un des districts les plus marqués par les guerres civiles. Les résultats indiquent que les sujets ont tous ce qu’on appelle le "syndrome de stress post-traumatique" - ou PTSD.

Beaucoup pensent que c'est un syndrome incurable. Le gouvernement a initié un programme de traitement du syndrome post-traumatique en 2009, et une loi sur la santé mentale en 2017.

Carielle Doe nous explique la perception qu’ont les Libériens de la santé mentale.

Arwa Barkallah : Le syndrome de stress post-traumatique est un phénomène très large. Il va au-delà du temps et de l’espace. Le PTSD chez les soldats était déjà un phénomène observé à l'époque de la Grèce Antique. Tout comme ce qui est décrit aujourd’hui, les revenants du front faisaient régulièrement des cauchemars qui persistaient dans le temps, une fois de retour chez eux.

Plus tard, il a été observé chez ceux qui ont vécu la guerre civile aux États-Unis, ou la guerre de Sécession. Les soldats disaient faire des crises d’angoisse et étaient en permanence sur le point de tout fiche en l’air. C’est ce qu’on appelle également le syndrome Da Costa, du nom du chirurgien qui l’a décrit et qui caractérise des douleurs psychosomatiques au thorax pouvant faire penser à une crise cardiaque.

Mais l'expérience de syndrome post-traumatique a atteint un niveau jamais égal durant la Première Guerre mondiale. Une vague de PTSD qu’on appelle en français l’obusite, un trauma associé à l’utilisation excessive d’obus durant les combats. Un désordre mental qui nécessitait un traitement.

Arwa Barkallah : Gary Barker est fondateur de Promundo, une ONG internationale qui promeut l'égalité des genres auprès des hommes.

Gary Barker : Toute la construction de la masculinité dans le monde entier, pour la plupart, a été que les hommes ne cherchent pas à se faire aider. Nous ne sommes pas autorisés à réclamer de l'aide. Maintenant, si nous regardons en arrière en Europe pendant la première guerre mondiale, nous avons commencé à venir avec cette idée de “shell-shock” ou le traumatisme de la guerre. Mais c'était une chose peu virile. Les vrais hommes n'avaient pas besoin d'aide.

Les hommes qui sortaient de la Première et de la Deuxième guerre mondiale étaient considérés comme des hommes faibles s'ils parlaient de leurs expériences de guerre autrement que par la gloire.

Arwa Barkallah : Le psychotraumatisme est une blessure à part entière. Si les blessures peuvent être pansées, il n'empêche la formation d’une cicatrice. Dans le cas des soldats, les blessures de guerres sont les plus difficiles à guérir. La cicatrice mentale est particulièrement coriace et ramène sans cesse ces souvenirs à la surface.

Le syndrome de stress post-traumatique fait revivre intensément les scènes traumatiques aux patients qui en font l'expérience. Le sentiment de peur, de paralysie, de stress sont identiques au jour où cette émotion a été provoquée.

Les victimes de PTSD du Liberia et du monde entier trouvent des échappatoires pour évacuer leur frustrations, oublier. Il arrive que ce soit par l’alcool ou de la drogue.

Gary Barker : Il est facile de considérer que les jeunes hommes, les hommes adultes impliqués dans les conflits, sont endommagés, qu'ils sont des bombes à retardement ambulantes et qu'ils sont nuisibles. Et même si cela reste tacite, il y a une énorme croyance selon laquelle les hommes impliqués dans ces conflits doivent rester loin d'eux, ne pas leur donner de travail, ne pas laisser leurs enfants les fréquenter et ne pas laisser leurs fils ou leurs filles épouser leurs fils ou leurs filles. Donc je pense que nous devons nous éloigner de cette idée que ce sont des hommes qui ont fait du mal, qui causent des dommages à nos communautés, et nous rapprocher de l’idée que ce sont des hommes qui ont besoin d'aide.

Arwa Barkallah : Nous voici dans la maison familiale de Morris, une modeste demeure aux murs vert olive et entourée de palmiers. Dehors, ça s'anime, on entend un peu de musique.

Depuis la fin de la deuxième guerre civile, il a parcouru un long chemin avant de s'installer dans ce quartier. Il est passé d'enfant soldat à psychologue. Aujourd'hui, il aide les autres à surmonter leurs traumatismes : pour les anciens combattants et leurs enfants.

La plupart du temps, personne ne se doute que Morris fut un enfant soldat dans une autre vie.

Morris Matadi : J'ai participé à la guerre quand j'étais mineur, et ils me répondent: "ce que tu me dis, tu mens, Morris." Donc je vais sur Internet et je leur montre ma photo en uniforme. Et ils sont très surpris: "Quoi ? Tu apparais tout différent."

Arwa Barkallah : A propos du travail de réhabilitation des soldats, Gary Barker de l’ONG Promundo explique:

Gary Barker : Ce qu'il faut pour récupérer quelqu'un de cette situation, c'est un nombre énorme d'années. Et une partie du travail que nous avons fait et que nous avons développé autour du soutien psychosocial pour cela; il s’agit de montrer à quel point leur vision du monde est structurée autour du fait que tout le monde est là pour leur enlever leur maison, la maison qu'ils avaient avant. Ils sont maintenant tous leurs ennemis. Et pourtant, les hommes qui, lorsque nous leur donnons l'occasion d'en parler, aspirent à une vie de famille, ils aspirent à une connexion. Ils ont envie d'une communauté où ils ne sont pas craints. Ils sont capables de voir à quel point c'est horrible de vivre sa vie en étant craint tout le temps.

Arwa Barkallah : Il fait chaud et terriblement beau cet après-midi où nous avons rencontré Morris. Il nous fait faire le tour de son quartier. Au cours de leur promenade, ils croisent quelques voisins. Il s’est plutôt bien intégré à cette nouvelle communauté et s’y sent très respecté.

Morris Matadi : Comme nous le savons tous, le PTSD atteint un niveau de folie.

Carielle Doe : Donc la colère ne vous atteint pas ?

Morris Matadi : Non, je l'ai réprimé. Je m'entraîne tous les jours à maîtriser ma colère.

Arwa Barkallah : Sur son parcours d’enfants soldats à conseiller en psychologie, Carielle explique:

Carielle Doe : Morris a passé les quatorze dernières années à travailler sur lui-même pour vaincre ses traumatismes. Il essaie de voir les choses sous un angle plus large pour pouvoir prendre du recul. Il a développé ces petites techniques pour ne pas se laisser emporter par ses démons.

Morris Matadi : Je m'en éloigne et je laisse tomber. Pour se débarrasser du traumatisme, il faut accepter le changement et le changement vient de l'intérieur.

Arwa Barkallah : Mais il reste difficile pour tout un chacun de trouver soi-même des solutions tel que le fait Morris.

Plus que jamais il est temps de demander de l’aide.

Au Liberia, des groupes de parole d’anciens soldats existent. Des groupes de paroles similaires à ceux que nous avions rencontrés au Lesotho avec les mineurs traumatisés par leur expérience. Ici, les soldats trouvent un peu de répit dans cet espace de parole pour exprimer leurs émotions dans un contexte de camaraderie.

Arwa Barkallah : Aujourd'hui, ces frères d’armes se demandent encore s’il est vraiment possible de tourner la page des deux guerres civiles. Et s’il est vraiment possible de devenir quelqu’un de bien après avoir infligé autant de souffrances et après avoir fait preuve d’actes de violences inouïes..

Jonathan : Quand un homme est bon, il ne s'agit pas de savoir qui il était avant. Ce qui compte, ce n'est pas qui vous étiez avant. Ce qui compte, c'est de comprendre comment évoluer dans la société, comment se mettre à la place des autres, de comprendre des millions de personnes, de comprendre la société, de savoir comment se comporter et d'accepter votre rang. Donc je crois qu'un soldat en tant que soldat, en tant que personne, peut être un homme bon. Les réunions de groupe aident beaucoup.

Emmanuel Keloh : Les gens ne sont pas prêts à accepter le retour de ces personnes. Et je pense que la seule façon d'avancer est de revenir tous ensemble. Ces hommes sont vos enfants, notre famille, vous devrez les accepter dans la société.

Arwa Barkallah : Durant ces réunions, ces anciens factieux trouvent un endroit sûr pour parler et pour échanger leur expérience. Ils parlent de la guerre et relatent leur expérience. De la guerre, du fait de vivre avec ces traumatismes en temps de paix. Du rejet de la société, de la possibilité d’une deuxième chance ou encore de la paternité.

Tous souhaitent atteindre un seul et même but. Chercher à devenir une meilleure personne et un bon père de famille. Ils craignent de projeter leur angoisse sur leurs enfants ou de le leur transmettre malgré eux.

Jonathan : Pourquoi est-ce que je fais ça ? Je suis une personne décente, je suis une bonne personne. Quand vous commencez à avoir des enfants, vous voulez que vos enfants vous admirent.

Arwa Barkallah : Nous retrouvons Gary Barker qui abonde en ce sens:

Gary Barker : Je pense que pour nous les hommes, en particulier, nous sommes souvent derrière cette façade de ne pas partager l'impact du traumatisme, nos sentiments ou notre connexion avec les autres, mais devenir père et être impliqué en tant que soignant est, je pense, un puissant motif de changement.

Arwa Barkallah : De retour dans le chaleureux foyer de Morris. Sa compagne Yankee et ses enfants cuisinent ensemble dans la cuisine.

Morris a quatre enfants. Les deux premiers sont nés pendant la guerre, les deux derniers en temps de paix. Il admet avoir été comme deux personnes totalement différentes avant et après le conflit. Il n’a pas non plus été le même père selon les périodes.

Carielle Doe
L'ancien enfant-soldat Morris Matadi avec ses enfants.Carielle Doe

Morris Matadi : Joe, il aime la violence. Parce que quand il est né, quand j'ai eu Joe, la nature de la violence était en moi. Donc le traumatisme par nature peut être transféré à un enfant dont le père est traumatisé.

Arwa Barkallah : La réintégration totale de ces anciens soldats dans le tissu social est-il possible?

Gary Barker : Qu'il s'agisse du Libéria, de la Sierra Leone, de la République démocratique du Congo ou du Rwanda, il y a des générations de jeunes hommes, ou une partie d'une génération de jeunes hommes, qui ont été entraînés dans cette situation sans avoir vraiment le choix et donc nous devons changer notre analyse ou notre réflexion à leur sujet. Ceux qui ont causé des dommages horribles ont aussi été formés pour être ces hommes nuisibles. Et nous devons trouver le type de soutien psychosocial, de soutien aux traumatismes et de soutien aux moyens de subsistance qui les ramènera à notre humanité commune.

Arwa Barkallah : Le garçon qu’il était et qui tenait cet AK47 dans les mains vit toujours en lui. Cette arme qui était pour lui son unique famille dans un moment de désolation absolue. Il le hante et il ne peut lui échapper. Mais ce garçon ne définit pas pour autant l’homme qu'il est aujourd’hui

Il est aujourd’hui fier du parcours de résilience qui a fait de lui un bon père de famille aujourd’hui, un bon compagnon et un bon voisin. Un parcours qui lui permet de clore ce terrible chapitre. Il n’est plus le soldat féroce qu’il était avant. Il estime que sa place est dans le tissu social, il aspire simplement à être un homme bon.

Morris Matadi : Un homme bon est un homme qui se présente de manière calme, un homme bon est un homme qui contrôle sa colère et agit plus intelligemment que lorsqu'il est en colère. Un homme bon est celui qui doit prendre la responsabilité de son peuple. Un homme bon est un homme qui vit avec ses amis. Un homme bon est un homme qui souffre pour subvenir aux besoins de sa famille. Un homme bon est un homme qui n'abandonnera jamais sa famille.

CREDITS :

Vous écoutez Dans La Tête des Hommes. Si vous ne connaissez pas encore ce podcast, je vous invite à écouter nos épisodes sur les maris qui ont racheté leur honneur au Burundi, le dilemme des homosexuels quand il faut sortir du placard au Sénégal, les enfants traumatisés du Lesotho ou encore les héros déchus du Libéria. Tous les hommes en Afrique se battent contre le carcan des règles strictes et stéréotypes de genre. Venez faire un tour sur notre site pour découvrir nos autres contenus originaux, nos vidéos et tribunes.

Quant a moi, Moi, Arwa Barkallah, je vous donne rendez-vous dans 15 jours pour la deuxieme partie de notre voyage au Liberia.

Dans cet épisode, nous avons utilisé la musique de l'artiste libérienne Faith Vonic.

Le reportage original et le montage ont été faits par les soins de Carielle Doe à Monrovia, au Liberia. Ont produit cet épisode: Marta Rodriguez Martinez, Naira Davlashyan, Lillo Montalto Monella à Lyon, et Arwa Barkallah à Dakar, Lory Martinez à Paris, France et Clizia Sala à Londres, Royaume-Uni.

Conception de la production par Studio Ochenta. Thème par Gabriel Dalmasso.

Un grand merci à Mame Peya Diaw pour avoir rassemblé la musique de cet épisode depuis Nairobi.

Notre rédacteur en chef est Yasir Khan.

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