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Fossoyeur d'Ebola au Liberia : vivre avec le traumatisme et la stigmatisation

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Dans La Tête Des Hommes vous emmène en voyage dans cinq pays africains à la rencontre d'hommes qui défient les stéréotypes de genre.
Dans La Tête Des Hommes vous emmène en voyage dans cinq pays africains à la rencontre d'hommes qui défient les stéréotypes de genre.   -   Tous droits réservés  Dans La Tête Des Hommes
Par Marta Rodriguez Martinez  & Carielle Doe

Mark Korvayan était le chef de l'équipe chargée des inhumations pendant la crise d'Ebola. Aujourd'hui encore, plus de six ans après la fin de l'épidémie de virus mortel au Liberia, il se souvient des trois jours où il a failli démissionner.

Le jour où il a enlevé le corps d'un petit garçon. Puis celui où il a retiré 75 corps d'une communauté. Enfin, le jour où il a enterré 285 personnes.

Ebola est extrêmement dangereux. Il tue en moyenne 50 % des personnes infectées. Le Liberia a signalé ses premiers cas d'Ebola en mars 2014.

Mark Korvayan se rappelle le choc que cela a été de voir mourir tant de personnes dans son pays à cause d'un virus mortel et largement inconnu, mais aussi comment il a été rejeté par les gens dans les différentes communautés dans lesquelles il se rendait pour récupérer les corps.

"Nous avons été confrontés à de nombreuses tensions dans diverses communautés, voire à des épisodes violents”, se souvient-il. Ce furent certains des jours les plus difficiles de sa vie. Il rentrait chez lui avec la peur de contaminer sa famille et est encore traumatisé aujourd’hui.

La lauréate du prix Nobel de la paix, Ellen Johnson Sirleaf, était à l’époque présidente du pays et a dû prendre une décision difficile face à la propagation rapide du virus au Liberia : incinérer les corps. Cette décision pèse encore lourdement sur ses épaules et celles de l'équipe d'inhumation dirigée par Mark Korvayan.

La crémation ne fait pas partie de la culture funéraire libérienne, les Libériens veulent avoir une tombe où aller se recueillir.

"Les femmes prennent des décisions ou font de leur mieux pour protéger la vie humaine", c’est ainsi que l'ancienne présidente et première femme présidente du continent africain justifie aujourd'hui ses choix. Elle savait que sa popularité allait en pâtir, mais elle n'a pas reculé.

"Les hommes sont plus préoccupés par le fait de rester en position d'autorité et ce type de choses machistes", affirme Johnson Sirleaf. "Les femmes ne sont pas préoccupées par les résultats, mais par l'humanité".

Mark Korvayan n'est pas le seul à ressasser les horribles souvenirs liés à l’épidémie Ebola. De nombreux autres hommes au Liberia n'ont pas encore réussi à s’en libérer.

"Peu importe à quel point une situation est douloureuse. Vous leur dites que les hommes ne pleurent pas. Donc les hommes ne sont pas censés pleurer", explique Dorbor Jallah, responsable du Centre Carter, qui gère des programmes de soutien à la santé mentale au Liberia. "Parfois, ces barrières culturelles ont tendance à empêcher les gens de pouvoir faire face, qu'il s'agisse de traumatismes ou d'autres formes".

Genre, traumatisme, masculinité et stigmatisation : cliquez sur le lecteur en haut de cette page pour regarder la vidéo de Cry Like a Boy au Liberia.

Si vous voulez écouter la première saison de Dans La Tête Des Hommes, un podcast qui vous emmène en voyage dans cinq pays africains à la rencontre d'hommes qui défient les stéréotypes de genre, cliquez ici. Également en anglais sous le nom de Cry Like a Boy.