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Les évacuations de campements et de bidonvilles toujours plus nombreuses

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Par Maxime Bayce  avec AFP
Des jeunes hommes migrants à Calais (France), le 9 novembre 2021
Des jeunes hommes migrants à Calais (France), le 9 novembre 2021   -   Tous droits réservés  DENIS CHARLET/AFP or licensors

Les expulsions de campements, bidonvilles, squats et autres abris informels occupés essentiellement par des personnes étrangères ont bondi de 23% en 2021, a annoncé mardi un observatoire associatif de surveillance de ces opérations, qui dénonce notamment le "harcèlement" des migrants à Calais et Grande-Synthe.

Quelque 1330 expulsions de lieux de vie informels ont été recensés entre le 1er novembre 2020 et le 31 octobre 2021 en France métropolitaine, soit 23,2% de plus que l'année précédente, selon l'Observatoire des expulsions des lieux de vie informels, une structure fondée par plusieurs associations dont Médecins du monde, la Ligue des droits de l'Homme, le Collectif Romeurope ou encore la Fondation Abbé Pierre.

Les expulsions ont visé plus de 172 000 personnes, a expliqué le directeur des études de la Fondation Abbé Pierre, Manuel Domergue, lors d'une conférence de presse. Ces chiffres constituent "une année record"en matière d'expulsions, depuis la création de l'observatoire en 2019.

Focus sur les côtes du Pas-de-Calais

La grande majorité de ces opérations (77%) concernent les villes du Calaisis et de Grande-Synthe, commune où les forces de l'ordre ont démantelé mardi un campement d'environ un millier de migrants massés dans des abris de fortune avec l'espoir de traverser la Manche pour rejoindre le Royaume-Uni.

Expulsions annoncées à la dernière minute, souvent sans solution d'hébergement, destruction des tentes, confiscation des vêtements... Cette région concentre "toutes les mauvaises pratiques" de l’État, déplore Manuel Domergue.

94% des personnes évacuées ne s'y voient jamais proposer de solution d'hébergement. Elles y sont, la plupart du temps, privées de leur tente et de certains biens personnels et repoussées plus loin. Lorsque l'une des rares solutions d'hébergement est proposée, il s'agit dans la plupart des cas d'une mise à l'abri temporaire (dans des écoles, des hôtels, des gymnases etc).

Ces expulsions forcées relèvent "d’une politique que l’on peut qualifier de harcèlement des personnes exilées. Il s’agit d’un maintien dans une situation d’errance perpétuelle, visant à décourager les personnes de se__maintenir sur le territoire", dénonce le rapport.

Un hébergement stable dans 1% des cas

Les solutions plus pérennes sont "réservées" à une infime minorité. Au niveau national, les rapporteurs estiment que sur 1069 expulsions, 14 ont été suivies d'une protection stable avec placement en CADA. A peine plus d'1%, alors même que la loi prévoit une inconditionnalité de l'hébergement.

En France et plus encore dans le Calaisis, la trêve hivernale n'a pas permis d'empêcher ces expulsions alors même que la loi "égalité et citoyenneté" de 2017, garantit aux habitants des camps et bidonvilles les même droits qu'aux locataires ou squatteurs. Dans le Pas-de-Calais, elles se sont même la plupart du temps déroulées durant cette période.

Début novembre, l'Etat a mandaté l'un de ses représentants à Calais pour tenter de trouver des solutions aux situations rencontrées sur place. Didier Leschi, le patron de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) s'était ainsi engagé à fournir une solution de relogement en cas d'évacuation durant la trêve. Une solution très insuffisante pour les ONG qui demandent un moratoire sur les expulsions.

"Cette frénésie des expulsions ne fait pas disparaître les personnes comme par magie."
Manuel Domergue
Directeur des études à la fondation Abbé Pierre

"La répression n'aboutit qu'à des mauvaises solutions et à une précarisation accrue", regrette Manuel Domergue. "Cette frénésie des expulsions ne fait pas disparaître les personnes comme par magie."

Une commission d'enquête parlementaire sur les migrations a jugé, dans un rapport publié mardi, que l’État doit renoncer à la politique du "zéro point de fixation" sur le littoral nord, ce qui conduit à des expulsions de campements quasi-quotidiennes qui ont des conséquences "massives" sur le quotidien des migrants. "Il faut détacher la question sécuritaire de l'immigration. Arrêter de traiter les migrants au même niveau que les questions de vol, de viol et de violence", a dit à l'AFP Sonia Krimi, rapporteure LREM de la commission.

Pas certain que leur demande soit entendue en amont d'une campagne présidentielle partie à droite toute.