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Crise des migrants : un rapport de Human Rights Watch met dos à dos Pologne et Bélarus

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Par Didier Burnod  avec AFP
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Des migrants se reposent dans un centre logistique au checkpoint "Kuznitsa" à la frontière Bélarus-Pologne près de Grodno (Bélarus)
Des migrants se reposent dans un centre logistique au checkpoint "Kuznitsa" à la frontière Bélarus-Pologne près de Grodno (Bélarus)   -   Tous droits réservés  Andrey Pokumeiko/BelTA

Le Bélarus et la Pologne sont tous deux coupables de "graves violations des droits de l'Homme" à l'encontre des migrants et des demandeurs d'asile à la frontière entre les deux pays, a déclaré ce mercredi l'ONG Human Rights Watch.

"Alors que le Bélarus est largement responsable d'avoir orchestré cette crise, notre enquête démontre que les actions de la Pologne accentuent la souffrance des gens", explique Benjamin Ward, directeur adjoint de la division Europe et Asie centrale d'HRW. "A cause de ses refoulements à la frontière, parfois de façon répétée, de migrants et de demandeurs d'asile, et aussi parce qu'elle refuse un accès humanitaire à la zone frontalière où l'état d'urgence a été décrété", dit-il.

Selon le rapport, un document de 26 pages intitulé "Mourrir ici ou aller en Pologne" (document en anglais), les deux gouvernements "ont l'obligation d'empêcher de nouveaux décès, en assurant un accès humanitaire régulier aux personnes bloquées dans la zone frontalière".

Les chercheurs de HRW indiquent avoir eu des entretiens approfondis avec 19 personnes dont les récits ont révélé que certaines d'entre elles "avaient été repoussées, parfois violemment, par des garde-frontières polonais".

Leonid Shcheglov/BelTA via AP
Un migrant et son enfant font la queue devant un centre logistique au checkpoint de "Kuznitsa" près der Grodno, au BélarusLeonid Shcheglov/BelTA via AP

HRW souligne que ces refoulements "violent le droit d'asile prévu par la législation européenne" et exhorte l'UE à "commencer à faire preuve de solidarité avec les victimes à la frontière des deux côtés, qui souffrent et qui meurent".

"Il me semble normal d'attendre des États membres de l'Union européenne qu'ils respectent des normes de conduite élevées, comme dans toute démocratie. Il y a un engagement à respecter les principes fondamentaux des droits de l'homme. Donc, avec un accès humanitaire approprié et en cherchant davantage à s'assurer que les personnes qui déclarent souhaiter demander l'asile ont accès à un processus adéquat, nous pourrions voir un changement significatif de la situation du côté polonais de la frontière", estime Benjamin Ward.

Actes de torture

Au Bélarus, souligne l'ONG, "la violence, des traitements inhumains et dégradants, ainsi que la pression (exercée) par les garde-frontières bélarusses étaient monnaie courante".

Ces traitements ont pu "dans certains cas, constituer des actes de torture, en violation des obligations juridiques internationales du Bélarus".

Le rapport signale que trois personnes ont accusé les garde-frontières polonais d'avoir séparé leurs familles, y compris les parents des enfants, en emmenant à l'hôpital ceux qui avaient besoin de soins médicaux mais en renvoyant les autres au Bélarus.

Lydia Gall, experte pour l'Europe et l'Asie centrale à HRW, a exhorté Minsk et Varsovie à "mettre fin aux refoulements ping-pong et à permettre aux observateurs indépendants, notamment aux journalistes et aux défenseurs des droits de l'Homme, d'accéder aux zones frontalières actuellement soumises à des restrictions".

Les groupes d'aide estiment qu'au moins 11 personnes sont mortes des deux côtés de la frontière depuis le début de la crise cet été.

L'UE et les États-Unis ont accusé le Bélarus d'orchestrer la crise en représailles aux sanctions européennes dirigées contre le président Alexandre Loukachenko qui, durant ses presque trois décennies au pouvoir, a écrasé l'opposition et les médias indépendants.

Dans une interview récente, M. Loukachenko a déclaré que les garde-frontières bélarusses avaient "peut-être" aidé les migrants à passer, mais nié les avoir amenés au Bélarus. Il a exhorté l'UE à les accueillir.

Selon le Bélarus il y a environ 7 000 migrants sur son sol.