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A Rivesaltes, les sépultures oubliées des enfants de Harkis

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Par Laurence Alexandrowicz
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Le camp de Rivesaltes
Le camp de Rivesaltes   -   Tous droits réservés  AFP

Il est une "petite" histoire dans la grande histoire de la guerre d'Algérie dont on parle peu, parce qu'elle concerne les Harkis, et le malaise entoure toujours le sort de cette communauté, mais aussi parce qu'il s'agit de petits enfants , morts dans l'anonymat. Voilà la tragédie du camp de Rivesaltes.

"On avait pris une serviette de bain, raconte Hacène Arfi, fils de Harki et président de la coordination Harka, mon père l’avait enroulé, les militaires lui ont donné une pioche puis on est partis, je crois qu’on a du faire même pas un kilomètre ou 800 mètres, mais on est parti dans un champ et mon père a creusé un trou, on l’a mis dedans, ma mère n’était pas là parce qu’elle était souffrante, mon père a fait quelques prières et on l’a enterré. "

Pendant la guerre d'Algérie, des Algériens s'engagent pour combattre aux côté de la France. Considérés comme des traîtres en Algérie, plus de 91 000 Harkis trouveront refuge en France après l'indépendance. Beaucoup sont hébergés au camp de Rivesaltes, dans des baraquements ou sous des tentes. Pendant l'hiver, qui est très rigoureux dans les années 60, sans chauffage, des dizaines d'enfants en bas âge meurent de froid.

Hacène Arfi cherche ce bébé disparu, un petit frère ou une petite soeur, comme beaucoup de descendants des Harkis. Aujourd'hui les familles réclament que ces sépultures soient retrouvées, mais il y a peu d'espoir.

"Ca fait bien trente ans qu’on leur dit qu’il y a des enfants qui ont été enterrés dans les champs et ça fait trente ans que quand on parle, ça rentre dans une oreille et ça ressort de l’autre. Ils ne nous entendent pas", regrette Hacène Arfi.

 "J’aimerais lui donner une sépulture décente, ditRachid Bedjghit qui a perdu un proche_. Même symboliquement, la famille, faire un trou, lui faire des funérailles même si on n’a pas les os, mais au moins lui donner une sépulture décente, comme il le mérite. Ca, c’est la seule chose que j’aimerais, et je pense que ma mère, qui est décédée, aurait aimé ça aussi. "_

"A mon avis, on ne retrouvera jamais l’emplacement de tous les corps, admet Fatima Besnaci-Lancou, historienne et fille de Harki. Ça, j’en suis convaincue. En plus, le camp de Rivesaltes, une partie a été vendue, il y a une zone industrielle, il y a aussi tout l’îlot F qui sert de mémorial. Non, on ne retrouvera jamais."

En septembre 2021, Emmanuel Macron a demandé "pardon" aux Harkis, combattants musulmans engagés auprès de l'armée française ensuite "abandonnés" par la France. Un projet de loi "de réparation" a été au début de cette année, 60 ans après la fin de la guerre. Mais les blessures restent ouvertes.