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Kazakhstan : la pique du pape François au patriarche orthodoxe russe Kirill

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Par Euronews  avec AFP
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Le pape François et le métropolite Antoine, responsable des relations extérieures de l'Église orthodoxe russe, à Nur-Sultan, mercredi 14 septembre 2022.
Le pape François et le métropolite Antoine, responsable des relations extérieures de l'Église orthodoxe russe, à Nur-Sultan, mercredi 14 septembre 2022.   -   Tous droits réservés  Photo : Alexander Zemlianichenko (Copyright 2022 The Associated Press. All rights reserved)

Le pape François a mis en garde mercredi au Kazakhstan contre "l'instrumentalisation du sacré" dans une apparente critique du patriarche orthodoxe russe Kirill, sur fond de tensions diplomatico-religieuses liées à la guerre en Ukraine.

"Ne jamais justifier la violence"

Dans le même temps, l'Eglise orthodoxe russe s'est néanmoins dit disposée à une nouvelle rencontre entre Kirill, proche de Vladimir Poutine et fervent défenseur de l'offensive russe, et le pape argentin, qui a condamné à plusieurs reprises une "agression cruelle" et "barbare" tout en tentant de maintenir ouvert le dialogue avec Moscou.

A l'ouverture d'un congrès inter-religieux dans la capitale Nur-Sultan, en présence de responsables du monde entier mais sans Kirill, François a appelé à "ne jamais justifier la violence" dans une pique implicite au patriarche russe, qui avait qualifié les détracteurs de l'invasion russe de l'Ukraine de "forces du mal".

"Que le sacré ne soit pas l'accessoire du pouvoir et que le pouvoir ne soit pas l'accessoire du sacré", a-t-il déclaré avant d'être applaudi par la centaine de délégations de 50 pays aux diverses confessions.

Cet été, il avait déjà jugé que le patriarche orthodoxe russe ne devait pas se muer "en enfant de chœur de Poutine", une déclaration qui avait irrité le patriarcat de Moscou.

Le pape s'est néanmoins entretenu mercredi au Kazakhstan pendant une quinzaine de minutes avec le métropolite Antoine de Volokolamsk, "ministre des Affaires étrangères" de Kirill, qui a jugé l'entrevue "cordiale" et estimé qu'une rencontre entre les deux hommes était "une possibilité" si elle est "bien préparée".

"On doit voir quand, où, et le plus important est d'avoir quelque chose à la fin, un appel comme nous l'avions fait à La Havane (...)", a-t-il déclaré aux journalistes, en référence à la rencontre historique de 2016 à Cuba entre François et Kirill, la première depuis le schisme de 1054 entre les Eglises d'Orient et d'Occident.

Le haut responsable orthodoxe a toutefois regretté que le Saint-Siège ait "annulé" une rencontre entre les deux hommes prévue en juin à Jérusalem, en citant une interview publiée en mai dans le quotidien italien Corriere della Sera dans laquelle le pape avait confié avoir renoncé à ce projet.

La réponse de Kirill aux propos du pape

Le métropolite Antoine a toutefois souligné la nécessité d'"aller de l'avant", tout en critiquant les propos du pape à l'égard de Kirill.

"Nous avons été témoins de la déformation de faits historiques et de manipulations sans précédent de la conscience collective", a pour sa part dénoncé Kirill dans un message publié sur le site de l'Eglise orthodoxe russe et envoyé aux participants du congrès.

"Aujourd'hui, il est, plus que jamais, difficile pour les gens de s'orienter dans le flux informationnel, de résister aux attaques idéologiques, de conserver un esprit lucide et une paix spirituelle", a-t-il déploré.

La Russie se considère comme la cible des ambitions de domination de l'Occident et d'une campagne médiatique et politique anti-russe, particulièrement depuis son invasion de l'Ukraine fin février.

Mais les prises de position de Kirill ont provoqué la rupture avec la branche moscovite de l'Eglise orthodoxe ukrainienne et jeté un froid sur les relations avec le Vatican.

En mars, le pape avait déclaré au patriarche lors d'un entretien vidéo que l'Eglise "ne doit pas utiliser le langage de la politique".

"Beau signe"

Mercredi après-midi, le pape a célébré une messe en plein air devant quelque 3 000 personnes qu'il a saluées à bord de la "papamobile" dans une ambiance retenue.

"C'est un beau signe pour le Kazakhstan car c'est un pays qui travaille beaucoup sur la recherche de l'unité", a confié à l'AFP Jérémy Convert, un Français de 25 ans, qui se dit "touché" de "voir beaucoup de différentes confessions, des musulmans, des athées, des orthodoxes" dans les rangs.

L'ancienne république soviétique compte moins de 1% de catholiques, 70% de musulmans et 25% d'orthodoxes parmi ses 19 millions d'habitants.

Âgé de 85 ans et diminué par des douleurs au genou, le pape est arrivé mardi dans le plus grand pays d'Asie centrale pour une visite de trois jours, son 38e voyage à l'étranger depuis son élection en 2013.