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Mariage gay, gestation pour autrui : les Cubains votent par référendum

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Par Euronews  avec AFP
Les Cubains votent lors du référendum portant sur le Code de la famille, le 25 septembre.
Les Cubains votent lors du référendum portant sur le Code de la famille, le 25 septembre.   -   Tous droits réservés  Ramon Espinosa/Copyright 2021 The Associated Press. All rights reserved   -  

Les Cubains ont voté dimanche par référendum sur un nouveau Code de la famille, un texte très avancé en matière de droits sociétaux qui inclut notamment le mariage entre personnes du même sexe et la gestation pour autrui. Quelque 8,4 millions de Cubains sont appelés à répondre par oui ou par non à la question : "Etes-vous d'accord avec le Code des familles?".

Dans l'après-midi, dans le centre de La Havane, les électeurs arrivent au compte-gouttes dans les bureaux de vote, ont constaté des journalistes de l'Agence France Presse. "C'est un dimanche plutôt tranquille. Si on le compare à d'autres scrutins, c'est différent, on ne voit pas d'enthousiasme", déclare Eduardo, un électeur de 57 ans qui n'a pas souhaité donner son nom.

Elio Gomez, un ex-professeur de marxisme de 78 ans, a voté tôt dans une école de la vieille Havane. "Peut-être qu'il y a quelques années, je n'aurais pas accepté ce code, mais il faut comprendre que les sociétés évoluent (...) C'est un code très humain, totalement inclusif", explique-t-il.

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Un bureau de vote à La Havane, le 25 septembre.Ramon Espinosa/Copyright 2021 The Associated Press. All rights reserved

La nouvelle loi, qui dépoussière en profondeur le texte en vigueur depuis 1975, définit le mariage comme l'union de "deux personnes", ce qui légalise le mariage homosexuel et l'adoption homoparentale. Outre un renforcement des droits des enfants, personnes âgées et handicapées, elle introduit la possibilité de reconnaître légalement plusieurs pères et mères, outre les parents biologiques, ainsi que la gestation pour autrui sans fins lucratives.

Plusieurs de ces sujets restent sensibles à Cuba, dans une société encore empreinte de machisme et dont le gouvernement communiste a ostracisé les homosexuels dans les années 1960-1970. Néanmoins, ces vingt dernières années, l'attitude des autorités envers les homosexuels a nettement évolué, et le "oui" a fait l'objet d'une intense campagne gouvernementale. En 2019, le gouvernement cubain avait tenté d'introduire le mariage homosexuel dans la nouvelle Constitution, avant de faire machine arrière face aux critiques des Eglises catholique et évangélique.

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Le président cubain Miguel Díaz-Canel en chemin avec son épouse Lis Cuesta Peraza pour son bureau de vote à La Havane, Cuba, le 25 septembre.Ramon Espinosa/Copyright 2021 The Associated Press. All rights reserved

Le président Miguel Diaz-Canel a voté dimanche avec son épouse dans un quartier de l'ouest de La Havane. Le Code de la famille "est une loi juste, nécessaire, actualisée et moderne qui donne des droits et des garanties à tous", a-t-il insisté. En chemise militaire, l'ex-président Raul Castro (2006-2018) s'est également rendu aux urnes.

"Nous survivons"

C'est la première fois que les Cubains sont appelés à se prononcer par oui ou par non sur une loi, le référendum étant jusque-là réservé aux textes constitutionnels. Dans un contexte de profonde crise économique et d'émigration record, et plus d'un an après les manifestations historiques de juillet 2021 réclamant plus de liberté, certains électeurs pourraient être tentés par l'abstention ou le vote de protestation.

"Je pense que j'ai été un des premiers à dire "non". Il n'y a pas de nourriture, de produits d'hygiène. Nous survivons, au milieu des coupures de courant. Je ne vois pas de raison de dire "oui"", explique José Antonio Callejas, 47 ans, à la sortie d'un bureau de vote de la capitale.

Pendant plusieurs mois, le Code a fait l'objet d'une vaste consultation populaire qui a conduit à la modification de 48% du texte, selon les médias officiels. Cependant, le caractère élargi du texte, qui compte plus de 500 articles, pourrait aussi alimenter le vote négatif ou l'abstention, certains électeurs se disant par exemple favorables au mariage égalitaire, mais opposés à l'adoption. Pour le politologue Rafael Hernandez, il s'agit de la "législation la plus importante en matière de droits humains" à Cuba depuis la révolution de 1959, au point même que certains ont estimé que le gouvernement "allait trop loin".

Ce caractère progressiste du texte a également divisé les opposants. "Nous ne votons pas oui avec le PCC, c'est lui qui vote oui avec nous", avait insisté sur Twitter quelques semaines avant le scrutin le militant gay Maykel Gonzalez Vivero, en référence au Parti communiste cubain, le parti unique. Il a posté dimanche une photo de son bulletin de vote en faveur du texte. D'autres militants et dissidents ont appelé à voter contre ou s'abstenir.