Cet article n'est pas disponible depuis votre région

Espace : la Nasa a réussi à dévier la trajectoire d'un astéroïde avec son vaisseau Dart

Access to the comments Discussion
Par Vincent Coste  avec AFP
Cliché pris par l'impacteur Dart juste avant son crash sur l'astéroïde Dimorphos
Cliché pris par l'impacteur Dart juste avant son crash sur l'astéroïde Dimorphos   -   Tous droits réservés  NASA/Johns Hopkins APL   -  

Dans le mille ! La mission de déviation d'astéroïde de la Nasa est officiellement une réussite. Avant d'être touchée par la navette Dart, l'astéroïde Dimorphos faisait le tour d'un autre corps céleste appelé Didymos, en une heure et 55 minutes, désormais, il lui faut 32 minutes de moins. Cette mission test inédite doit permettre à l'humanité d'apprendre à se protéger d'une potentielle menace future.

Des cris de joie ont explosé dans le salle de contrôle dans le Maryland aux Etats-Unis lundi 28 septembre, quand le vaisseau impacteur de la Nasa s'est écrasé sur un astéroïde, dans le but de dévier sa trajectoire. 

Le vaisseau, plus petit qu'une voiture, a foncé à une vitesse de plus de 20 000 km/h sur sa cible, atteinte à l'heure prévue (23h14 GMT, soit 1h14 heure de Bruxelles). 

Les derniers moment de vie de l'Impacteur Dart, avant son carsh sur son objectif, l'astéroïde Dimporphos

Quelques minutes avant, l'astéroïde Dimorphos, situé à environ 11 millions de kilomètres de la Terre, a peu à peu grandi sur les spectaculaires images retransmises en direct par le vaisseau. Pouvait y être distingué clairement les cailloux à sa surface grise, juste avant que les images stoppent au moment de l'explosion.

Credits: NASA/Johns Hopkins APL
Détail du sol rocheux de Dimorphos, 2 secondes et 12 km avant l'impactCredits: NASA/Johns Hopkins APL

"Nous sommes embarqués dans une nouvelle ère, où nous avons potentiellement la capacité de nous protéger d'un impact d'astéroïdes dangereux", a déclaré Lori Glaze, directrice des sciences planétaires à la Nasa.

Une mission mieux réussie que prévu

Dimorphos fait environ 160 mètres de diamètre et ne représente aucun danger pour notre planète. Il est en réalité le satellite d'un plus gros astéroïde, Didymos, dont il faisait jusqu'ici le tour en 11 heures et 55 minutes. La Nasa cherchait à réduire l'orbite de Dimorphos de 10 minutes, c'est-à-dire à le rapprocher de Didymos.

"La technique de déflexion (modification de l'orbite d'un astéroïde) est beaucoup plus sûre que la destruction que l'on voit souvent dans les films de science-fiction. Mais pour cela, il faut prévoir son arrivée des années à l'avance, connaître sa taille et sa composition"
Elisabetta Dotto, novembre 2021
Chercheuse à l'Observatoire astronomique INAF de Rome, interrogée par la Radio3 Scienza de la RAI, l'audiovisuel public italien

Pour établir de combien la trajectoire de l'astéroïde a été altérée, il a fallu attendre que les scientifiques analysent les données de télescopes au sol se trouvant au Chili, en Afrique du Sud et aux Etats-Unis. Ces derniers ont observé la variation de l'éclat lorsque le petit astéroïde passe devant et derrière le gros.

Le chef de l'agence spatiale, Bill Nelson, a pu confirmer lors d'une conférence de presse que l'orbite de Dimorphos a été réduit de 32 minutes, soit plus que l'objectif prévu. 

C'est "un moment décisif pour la défense planétaire et un moment décisif pour l'humanité", a-t-il salué, se félicitant que les attentes de son agence aient été dépassées. Avec cette mission, "la Nasa a prouvé que nous étions sérieux en tant que défenseurs de la planète", a-t-il affirmé.

Si une déviation de trajectoire de 10 minutes reste un objectif modeste comparé aux scénarios catastrophes de films de science fiction comme "Armageddon", cette mission de "défense planétaire", nommée Dart (fléchette en anglais et acronyme de "Double Asteroid Redirection Test"), est la première à tester une telle technique. Elle permet à la Nasa de s'entraîner au cas où un astéroïde menace un jour de frapper la Terre.

"Je pense que les Terriens peuvent désormais dormir sur leurs deux oreilles, ce sera mon cas", a lancé Elena Adams, une ingénieure de la mission. Une mission dont le succès aurait bien été appréciée par les dinosaures. Le mot clé #AvengeTheDinosaurs, pour Vengez les dinosaures, à d'ailleurs été utilisé par de nombreux messages sur les réseaux sociaux pour fêter la réussite de la première étape. 

Google a célébré à sa façon la réussite de la mission. Tapez donc "Nasa Dart" dans le célèbre moteur de recherche...

Un crash scruté de près

Le vaisseau avait voyagé durant dix mois depuis son décollage depuis la Californie en novembre 2021 à bord d'une fusée Falcon 9 de SpaceX. La mission Dart de la Nasa a été conduite en partenariat avec le laboratoire de physique appliquée de l'université Johns Hopkins.

Pour atteindre une cible aussi petite que Dimorphos, la dernière phase de vol était entièrement automatisée, comme pour un missile auto-guidé.

Trois minutes après l'impact, un satellite de la taille d'une boîte à chaussures mis au point par l'agence spatiale italienne (ASI) devait passer à environ 55 km de l'astéroïde pour capturer des images des tonnes et des tonnes de matière éjectées après le crash. Ces images seront renvoyées vers la Terre dans les semaines et mois prochains. Le nano-satellite de l'ASI, baptisé LiciaCube, avait été relâché par Dart le 12 septembre dernier. Il a depuis envoyé son premier cliché, une image de la terre prise à plus de 10 millions de kilomètres. 

Puis les télescopes James Webb et Hubble, les plus puissants observatoires spatiaux, ont révélé les vues détaillées de l'impact du vaisseau de la Nasa, montrant notamment le mouvement des éjectas -- la matière arrachée à l'astre.

Tout ceci doit permettre de mieux comprendre la composition de Dimorphos, représentatif d'une population d'astéroïdes assez communs, et donc de mesurer l'effet exact que cette technique – appelée à impact cinétique – peut avoir sur eux. La mission a permis de constater que l'astéroïde s'apparentait plus à un amalgame de gros rochers liés par leur mutuelle gravité qu'à une masse solide.

La sonde de l'agence spatiale européenne Hera, qui doit décoller en 2024, ira en outre observer de près Dimorphos en 2026 pour évaluer les conséquences de l'impact et calculer, pour la première fois, la masse de l'astéroïde.

Des inconnues

Les astéroïdes ont déjà réservé des surprises aux scientifiques par le passé. En 2020, la sonde américaine Osiris-Rex s'était enfoncée bien plus que prévu dans la surface de l'astéroïde Bennu. De même, la composition de Dimorphos n'est pour le moment pas connue.

"Si l'astéroïde répond à l'impact de Dart d'une façon totalement imprévue, cela pourrait en réalité nous conduire à reconsidérer dans quelle mesure l'impact cinétique est une technique généralisable", a prévenu la semaine dernière Tom Statler, chef scientifique de la mission.

Il y a 66 millions d'années, les dinosaures ont disparu après la collision d'un astéroïde grand d'environ 10 kilomètres avec la Terre.

Près de 30 000 astéroïdes de toutes tailles ont été catalogués dans les environs de la Terre (on les appelle des géocroiseurs, c'est-à-dire que leur orbite croise celle de notre planète).

Steve Gribben/Johns Hopkins APL/NASA via AP
Vue d'artiste : l'impacteur DART de la Nasa et le cubsat LICIACub de l'agence spatiale italienne (a droite en bas) et les astéroïdes Didymos, à droite, et Dimorphos, à gaucheSteve Gribben/Johns Hopkins APL/NASA via AP

Aujourd'hui, aucun de ces astéroïdes connus ne menace notre planète pour les 100 prochaines années. Sauf qu'ils ne sont pas encore tous recensés.

Ceux d'un kilomètre et plus ont quasiment tous été repérés, selon les scientifiques. Mais ils estiment n'avoir connaissance que de 40% des astéroïdes mesurant 140 mètres et plus - ceux capables de dévaster une région entière.

"Notre tâche la plus importante est de trouver" ceux manquants, a déclaré Lindley Johnson, agent de défense planétaire à la Nasa. Plus ils sont détectés tôt, plus les experts auront le temps de mettre en place un moyen de s'en défendre.

La mission Dart est un premier pas crucial en ce sens, selon M. Johnson: "C'est une période très enthousiasmante (...) pour l'histoire spatiale, et même l'histoire de l'humanité."

Enfin, espérons que cette mission puisse avoir un impact sur nos consciences pour ne pas connaître la même fin tragique que celle d'une autre super production hollywoodienne "Don't Look Up : Déni cosmique" diffusée sur Netflix. En effet, malgré les avertissements de la communauté scientifique et les tentatives pour dévier une comète fonçant sur notre planète, l'humanité est réduite à néant. A méditer !