La Russie remplace le commandant de son offensive en Ukraine

Access to the comments Discussion
Par Euronews  avec AFP
 Sergueï Sourovikine, le nouveau commandant de l'offensive en Ukraine, et Vladimir Poutine, à Moscou en décembre 2017.
Sergueï Sourovikine, le nouveau commandant de l'offensive en Ukraine, et Vladimir Poutine, à Moscou en décembre 2017.   -   Tous droits réservés  Alexei Druzhinin/Sputnik

"Le général d'armée Sergueï Sourovikine a été nommé commandant du groupement combiné de troupes dans la zone de l'opération militaire spéciale" en Ukraine, a annoncé le ministère russe de la Défense sur Telegram. Sergueï Sourovikine, 55 ans, est un vétéran de la guerre civile au Tadjikistan dans les années 1990, de la deuxième guerre de Tchétchénie dans les années 2000 et de l'intervention russe en Syrie lancée en 2015. Selon le ministère britannique de la Défense, c'est un général "notoirement corrompu et brutal, même selon les normes de l'armée russe".

Il dirigeait jusque-là le groupement de forces "Sud" en Ukraine, selon un rapport du ministère russe datant de juillet.

Le nom de son prédécesseur n'a jamais été révélé officiellement, mais selon les médias russes, il s'agissait du général Alexandre Dnornikov, lui aussi un vétéran de la deuxième guerre de Tchétchénie et commandant des forces russes en Syrie de 2015 à 2016. 

Cette décision qui a été, fait rare, rendue publique par Moscou, intervient après une série de défaites cuisantes subies par l'armée russe en Ukraine. Les forces de Moscou ont été chassées début septembre de l'essentiel de la région de Kharkiv, dans le nord-est, à la faveur d'une contre-offensive ukrainienne qui a permis à Kiev de reprendre des milliers de kilomètres carrés de territoire.

Les troupes russes ont aussi perdu 500 kilomètres carrés de territoire dans la région de Kherson, dans le sud de l'Ukraine, et ont échappé de justesse à l'encerclement à Lyman, nœud logistique désormais aux mains de Kiev.

La centrale de Zaporijjia coupée de l'alimentation électrique

Ces revers ont provoqué des critiques au sein de l'élite russe, le dirigeant tchétchène Ramzan Kadyrov fustigeant notamment le commandement militaire, tandis qu'un haut responsable parlementaire, Andreï Kartapolov, a appelé publiquement l'armée à "arrêter de mentir" sur ses défaites.

Cette annonce intervient le jour d'une explosion qui a partiellement détruit le pont de Crimée, une infrastructure clé pour l'approvisionnement de cette péninsule annexée par Moscou et des forces russes en Ukraine, et chère à Vladimir Poutine.

Par ailleurs, la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijjia a perdu ce samedi sa dernière source d'alimentation électrique externe en raison de nouveaux bombardements et s'appuie sur des générateurs d'urgence, a déclaré samedi l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).

Le site occupé puis annexé par la Russie se procure "l'électricité dont il a besoin pour le refroidissement du réacteur et d'autres fonctions essentielles de sûreté et de sécurité nucléaires" uniquement grâce à des générateurs diesel, a ajouté l'organisme onusien dans un communiqué.

"La connexion a été coupée vers une heure du matin, heure locale", a précisé l'AIEA, qui dit se baser sur "des informations officielles en provenance d'Ukraine" ainsi que sur "des rapports de son équipe" de quatre experts présents dans la plus grande centrale nucléaire d'Europe.

"La reprise des bombardements, frappant la seule source d'énergie externe de la centrale, est totalement irresponsable", a réagi le directeur général de l'AIEA Rafael Grossi. "Je vais bientôt me rendre en Russie, puis retourner en Ukraine, pour convenir d'une zone de protection et de sûreté nucléaire autour de la centrale. C'est un impératif absolu et urgent", a-t-il martelé.

Risque d'accident nucléaire

A l'aube, l'opérateur ukrainien Energoatom a écrit sur Telegram que "la dernière ligne de connexion a été endommagée et déconnectée" en raison de bombardements russes.

Le ministère russe de la Défense a lui accusé les forces ukrainiennes d'être à l'origine des bombardements. "Au total, les troupes ukrainiennes ont tiré 15 roquettes depuis la localité sous leur contrôle de Marganets dans la région de Dnipropetrovsk", a-t-il indiqué, confirmant la déconnexion de la ligne électrique.

"Des générateurs diesel de secours sont utilisés pour assurer le fonctionnement de la centrale nucléaire", a poursuivi l'armée russe, affirmant mener des travaux de réparation. Selon Moscou, le niveau de radiations à la centrale est "normal".

Bien que les six réacteurs soient à l'arrêt, ils ont encore besoin d'électricité pour les fonctions vitales de sûreté et de sécurité nucléaires. Les générateurs diesel de l'usine ont chacun suffisamment de carburant pour au moins dix jours.

Rafael Grossi était à Kiev jeudi pour discuter l'établissement d'une zone de protection autour de la centrale, visée régulièrement par des tirs ayant déjà provoqué plusieurs coupures de courant depuis le mois d'août et dont Russes et Ukrainiens se renvoient mutuellement la responsabilité.

"Nous continuons à dire ce qu'il faut faire, c'est-à-dire essentiellement éviter un accident nucléaire à la centrale, ce qui reste une possibilité très, très claire", avait-il fait valoir.