La Turquie accusée de déporter de force des migrants syriens

Un migrant syrien et sa fille dans leur abri de fortune à Ankara (Turquie), le 23 octobre 2022.
Un migrant syrien et sa fille dans leur abri de fortune à Ankara (Turquie), le 23 octobre 2022. Tous droits réservés Burhan Ozbilici/AP
Par Maxime Bayce
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Un rapport de Human Rights Watch pointe les violences et les traitements illégaux dont des centaines de réfugiés sont victimes. L'ONG enjoint l'Union européenne à ne plus considérer la Turquie comme un pays sûr.

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Des centaines de réfugiés syriens ont été renvoyés de force dans leur pays par les autorités turques entre février et juillet 2022. C’est le constat dressé par une nouvelle enquête menée par l'ONG Human Rights Watch qui se base sur les témoignages de 37 hommes et plusieurs familles concernées.

Selon l'organisation, les personnes expulsées ont été arrêtées chez elles, sur leur lieu de travail ou dans la rue par des fonctionnaires turcs. Elles ont ensuite été détenues dans des conditions déplorables, victimes de violences physiques, et contraintes de signer des documents dans lesquels elles acceptaient de retourner "volontairement" en Syrie. Elles étaient ensuite conduites menottées, lors de trajets qui pouvaient durer 21h, jusqu’à des points de passage au nord de la Syrie et obligées de traverser sous la menace d’une arme.

D'après l'un des témoignages, un fonctionnaire turc aurait menacé de mort quiconque tenterait de traverser à nouveau la frontière.

"En violation du droit international, les autorités turques ont rassemblé des centaines de réfugiés syriens, y compris des enfants non accompagnés, et les ont renvoyés de force dans le nord de la Syrie", dénonce Nadia Hardman, chercheuse sur les droits des réfugiés et des migrants à Human Rights Watch.

Burhan Ozbilici/AP
De jeunes réfugiés syriens dans le quartier d'Ulus à Ankara (Turquie), le 23 octobre 2022.Burhan Ozbilici/AP

L’interdiction du refoulement des migrants est un principe de droit international. Il est proscrit de renvoyer un réfugié vers un pays considéré comme non-sûr où la personne serait exposée à un risque réel de persécution, de subir des tortures ou d’autres mauvais traitements, ou à une menace pour sa vie comme c'est le cas en Syrie.

Dans un contexte de crise économique grave, le sentiment à l'égard des réfugiés en Turquie s'est dégradé, avec des attaques contre les résidences de personnes syriennes et des entreprises appartenant à des Syriens. À l'approche de l’élection présidentielle du printemps 2023, le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan cherche à renvoyer un nombre croissant de personnes dans les zones du nord de la Syrie sous le contrôle de l'armée turque.

Il semble que la Turquie tente de faire du nord de la Syrie un dépotoir de réfugiés
Nadia Hardman
Chercheuse spécialiste des migrations pour HRW

Depuis le début du conflit, la Turquie demandait le départ du régime de Bachar al-Assad mais les relations entre les deux pays semblent se détendre. De nombreux Syriens vivant en Turquie craignent que le réchauffement des relations n'entraîne une pression accrue sur eux pour qu'ils rentrent chez eux. Au mois de mai, le président turc a annoncé le "rapatriement"d’un million de personnes dans le nord de la Syrie dans des zones contrôlées par des factions proches d’Ankara.

"Bien que la Turquie ait fourni une protection temporaire à 3,6 millions de réfugiés syriens, il semble maintenant qu'elle tente de faire du nord de la Syrie un dépotoir de réfugiés", estime Nadia Hardman.

Accord UE-Turquie

Depuis un accord signé avec l’Union européenne en 2016, la Turquie a reçu quelque 6 milliards d’euros pour accueillir sur son sol nombre de réfugiés syriens dont les 27 ne voulaient pas. Le texte, très critiqué par les ONG, prévoit qu’ils ne soient pas renvoyés en Syrie.

"L’UE et ses États membres devraient reconnaître que la Turquie ne remplit pas leurs critères pour être considérée comme un pays tiers sûr, et devraient suspendre leur financement des centres de rétention de migrants et des points de contrôle de la frontière, jusqu’à la cessation des renvois forcés", fait valoir Nadia Hardman. "Déclarer que la Turquie est un ‘pays tiers sûr’ est incompatible avec l’ampleur des renvois forcés de réfugiés syriens vers le nord de la Syrie. Les États membres devraient s’abstenir d’une telle déclaration, et se concentrer plutôt sur la relocalisation des demandeurs d'asile en augmentant le nombre de réinstallations sur leurs territoires".

Les autorités turques rejettent les conclusions formulées dans le rapport de HRW qu’elles qualifient d’infondées. Elles affirment, sans en apporter la preuve, que la Turquie "gère les questions de migration conformément au droit national et international".

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