Grève à la SNCF : pas de mobilisation massive mais la perspective d'une fin d'année tendue

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Par Stephane Hamalian  & Euronews  avec AFP
Sur un quai de la gare Part-Dieu, à Lyon, France, le 7 décembre 2022
Sur un quai de la gare Part-Dieu, à Lyon, France, le 7 décembre 2022   -  Tous droits réservés  OLIVIER CHASSIGNOLE / AFP or licensors

Des perturbations limitées, mais une journée cruciale pour la SNCF : si la grève est finalement assez peu suivie, les négociations qui s'ouvrent ce mercredi sur les salaires s'annoncent capitales pour le groupe public qui veut éviter des perturbations pendant les fêtes de fin d'année.

Cette fois, pas d'annulation massive de trains comme le week-end dernier avec la grève des contrôleurs, mais des problèmes localisés, comme à Lyon où un mouvement social des aiguilleurs perturbait le trafic vers Paris et les liaisons régionales.

Quelques perturbations régionales

"Je viens de Firminy (Loire) et mes trains ce matin étaient annulés donc j'ai pris le dernier qui partait de Châteaucreux (en banlieue de Saint-Etienne), à 7h17", explique Céline Déchaux, qui devait arriver à son travail à 10h45 et est donc arrivée à destination en gare de Lyon Part Dieu "très, très en avance".

"Dans un sens, ils ont raison de râler", estime cette jeune femme de 22 ans qui travaille dans la petite enfance, mais "ça met beaucoup de gens en difficulté, on en est au sixième ou septième mouvement depuis septembre".

Un peu plus loin dans la gare, Daniel Cesari, touriste mexicain dont le train qui devait le conduire à l'aéroport de Roissy a été annulé est moins compréhensif. "On ne trouve aucune information, on nous dit qu'on ne peut pas prendre d'autre train car ils sont tous complets. On va rater notre avion", se désole-t-il.

En dehors de la région Auvergne-Rhône-Alpes, des perturbations touchaient aussi les TER de Bourgogne-Franche-Comté, du Grand Est, d'Occitanie et de Paca ainsi que certaines lignes d'Ile-de-France (C,D,E et N).

"Je le dis pour la suite, pour les deux week-ends de fin d'année en particulier, il faut qu'on évite cela", a insisté le ministre des Transports, Clément Beaune, en marge de la présentation du RER de Strasbourg.

Cette grève fait suite à trois journées de mobilisation sur la question des salaires, les 6 juillet, 29 septembre et 18 octobre. Une première augmentation avait d'ailleurs été accordée à l'issue de la grève de juillet.

Les Français ne comprendraient pas dans une période qui n'est pas facile, qui succède à deux Noël qui ont déjà été compliqués par la Covid, qu'on leur rajoute des complications
Clément Beaune
Ministre français en charge des Transports

Mais l'inflation n'a pas ralenti depuis, atteignant même +6,2% en novembre sur un an. La CGT-Cheminots demande donc une hausse de salaire au moins équivalente et surtout, la rétroactivité au 1er janvier 2022.

SUD-Rail demande 400 euros brut en plus par mois pour tous et la CFDT-Cheminots un 13e mois en plus d'augmentations de salaire.

Quant à l'Unsa-Ferroviaire, seul syndicat n'appelant pas à la grève, elle souhaite voir les salaires augmenter d'au moins 5%.

"Attention, si les salaires augmentent trop, le prix des billets finira par augmenter aussi. C'est un coût, la masse salariale", a prévenu jeudi dernier le PDG du groupe Jean-Pierre Farandou.

"On demande des annonces très claires sur une augmentation générale des salaires et des primes de travail" dès mercredi, a insisté Cédric Robert, secrétaire fédéral de la CGT-Cheminots.

"Il y a un dialogue social à la SNCF qui existe et fonctionne bien", a rassuré Clément Beaune, appelant chacun à travailler à un compromis car "les Français ne comprendraient pas dans une période qui n'est pas facile, qui succède à deux Noël qui ont déjà été compliqués par la Covid, qu'on leur rajoute des complications".

Les retraites en toile de fond

Le climat est pourtant tendu au sein de la compagnie, puisque les contrôleurs menacent de faire grève les week-ends de Noël et du Nouvel An. Ils seront d'ailleurs reçus jeudi pour éviter un tel scénario.

Les aiguilleurs doivent aussi s'asseoir avec la direction, vendredi. Ils réclament des recrutements et un salaire plus en adéquation avec leurs responsabilités.

Après une première menace de grève non mise à exécution le 25 mai, ils avaient obtenu le recrutement de 200 agents de circulation supplémentaires, une prime de 600 euros et une majoration temporaire de 20% de leur prime de travail pendant sept mois.

L'entreprise "n'a pas tenu ses engagements", estime cependant Erik Meyer de SUD-Rail. Un préavis de grève a donc de nouveau été déposé, cette fois-ci du 15 au 19 décembre, pour le premier week-end des vacances de fin d'année.

Pour ne rien arranger, la perspective de la réforme des retraites, qui devrait être présentée autour du 15 décembre par le gouvernement chauffe les syndicats à blanc.

"On sera vent debout contre cette réforme, comme nous l'avions été lors de la dernière séquence de 2019-2020", a insisté Cédric Robert, rappelant les 58 jours de grève qui avaient alors paralysé la SNCF.