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Frappés par l'inflation, les étudiants français s'enfoncent dans la précarité

Frappés par l'inflation, les étudiants français s'enfoncent dans la précarité
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Par Valérie Gauriat
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Comme ailleurs en Europe, les étudiants français sont frappés par la flambée des prix. Les plus précaires n'ont pas d'autre choix que de se tourner vers des opérations caritatives pour pouvoir se nourrir. Les associations qui les soutiennent dénoncent l'insuffisance des aides sociales.

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Comme ailleurs en Europe, les étudiants français sont frappés par la flambée des prix. Les plus précaires n'ont pas d'autre choix que de se tourner vers des opérations caritatives pour pouvoir se nourrir. Les associations qui les soutiennent dénoncent l'insuffisance des aides sociales. Le récit de notre reporter Valérie Gauriat.

Ce samedi-là, au cœur de Paris, plus d'un millier de jeunes viennent faire le plein de provisions offertes tout au long d'une journée organisée par une association étudiante créée pendant la crise du Covid. Des opérations comme celle-ci, il y en a tous les jours à travers le pays. 

Avec la flambée des prix et des loyers, les étudiants français, comme leurs pairs dans le reste de l'Europe, font face à une précarité grandissante. En France, on estime qu'ils sont 20% à vivre sous le seuil de pauvreté.

Parmi les bénéficiaires de la distribution parisienne du jour, Mustafa, en cinquième année d'histoire, s'extasie devant des kiwis qui lui sont offerts. "Les kiwis, c'est le luxe total !" affirme-t-il. Faute d'avoir pu trouver du travail, il ne peut compter que sur sa bourse étudiante pour vivre. "J'ai 270 euros par mois et un loyer de 220 euros à payer, donc il ne me reste plus grand-chose," fait-il remarquer avant d'ajouter : "Heureusement qu'on peut compter sur des associations comme Cop1 qui viennent en aide aux étudiants."

Astrid : "C'est difficile quand on a faim parce que c'est la fin du mois"

A l’épreuve de la crise, les bourses et aides sociales accordées par l'État aux étudiants, même si supérieures à celles de nombreux pays de l'Union européenne, ne suffisent plus. Les aides publiques sont encore plus limitées pour les étudiants étrangers, venus nombreux à la distribution.

Suédoise, Astrid est en première année d'économie. "Mon budget alimentaire, par mois, c'est environ 80 euros," précise-t-elle. "J'habite dans une chambre de bonne contre services : je fais du baby-sitting parfois," dit-elle. "J'ai quand même fait le choix de déménager, loin de ma famille parce qu'honnêtement, pendant longtemps, ça a été un rêve, mais c'est compliqué," reconnaît-elle.

"On ne pensait pas qu'on allait dépasser le stade des distributions pendant les confinements," indique JR A'Weng, directeur général de Cop1. "Maintenant, cela ne s'arrête pas, avec les prix du chauffage, du gaz, et l'inflation des prix des denrées et des supermarchés, ça devient de plus en plus difficile de tenir pour les étudiants et donc, il y a une vraie précarité," souligne-t-il.

Nous retrouvons Astrid dans la chambre de 9 m² qu’elle occupe en échange d'une trentaine d'heures par mois de baby-sitting. Pour payer son électricité et ses charges, elle compte aussi sur un prêt étudiant obtenu en Suède. "Je sais que chaque repas que je fais, c'est un repas que je vais payer dans 20 ans, peut-être jusqu'à mes 60 ans et honnêtement, ça me stresse," confie-t-elle.

"Il y a toujours ma famille, mais elle est aussi en situation d'économies, surtout cette année avec le prix de l'électricité," dit-elle. "J'ai fait le choix de venir ici et je suis contente ; mais, effectivement, il y a des moments où c'est difficile, quand on a faim parce que c'est la fin du mois et je sais que si je mange trop aujourd'hui, je ne peux pas manger demain," avoue-t-elle.

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Astrid dans la chambre de bonne qu'elle occupe à Paris contre servicesEuronews

Théophile : "Je ne peux pas me permettre de lâcher le boulot que j'ai à côté"

Dans la ville universitaire de Rennes, au nord-ouest de la France, Yeltas, étudiant boursier en deuxième année d'histoire, dispose lui d'un budget de 250 euros par mois pour vivre. Sa mère paie le loyer de sa chambre universitaire. Pour le reste, il doit compter sur les distributions alimentaires de son syndicat étudiant et les vêtements bradés par les organisations caritatives.

À 19 ans, le jeune homme s'accorde aussi quelques rares sorties. "C'est ce qui nous fait tenir, la majeure partie du temps," reconnaît-il, "parce qu'en tant qu'étudiant, on a tous les mêmes problèmes. On sait très bien [ce que c'est que] cette peur de la fin du mois, de devoir bosser ou de devoir passer des partiels : c'est des choses qu'on partage tous," dit-il. "Je rêverais d'avoir une allocation d'autonomie étudiante qui nous permettrait à toutes et tous, de pouvoir nous concentrer sur nos études," conclue-t-il.

Yeltas mise aussi sur les repas à un euro dont bénéficient les étudiants boursiers au restaurant universitaire. Ceux qui dont les revenus familiaux sont supérieurs aux seuils d'accès aux bourses n'ont souvent pas d'autre choix que de travailler pour financer leurs études.

C'est le cas de Théophile qui, faute d'aide de sa famille, travaille au bar associatif de sa faculté. Après cinq ans d'études en sociologie, il est à bout de forces.

"J'en suis à 20 heures par semaine, pour le point de restauration en bas et au bar, je dois gérer tous les stocks," explique-t-il. "Je lâche les cours, je ne vais sûrement pas aller aux examens, je ne peux pas me permettre de lâcher le boulot que j'ai à côté," confie-t-il.

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Théophile au bar associatif où il travaille en plus de ses étudesEuronews

Élodie : "Souvent, je pleure et après, c'est bon ! Il faut garder le courage !"

Pas question pour Élodie, 21 ans, de renoncer aux études, mais elle revient de loin. D'abord étudiante à Lyon, à l'autre bout de la France, elle y avait perdu ses aides sociales après avoir redoublé deux fois lors des confinements. Venue prendre un nouveau départ à l'Université de Rennes, elle a dormi dans sa voiture pendant un mois avant de retrouver un logement. Elle ne peut travailler, sous peine de priver sa mère, sans emploi, de son allocation sociale. "En fait nos revenus sont comptés ensemble et si je travaille, elle aura beaucoup moins d'aides," fait-elle remarquer.

Élodie me reçoit plus tard dans la chambre universitaire qu'elle occupe depuis un mois, après de longues batailles administratives. Elle nous fait visiter son "palace" comme elle s'amuse à qualifier sa chambre.

La jeune femme souffre d'une maladie génétique, de troubles neurologiques et d'autisme ; ses frais médicaux ne sont que partiellement couverts. La bourse dont elle bénéficie de nouveau lui permet tout juste de survivre. "J'ai environ 590 euros par mois, sachant que je n'ai pas d'aide au logement," explique l'étudiante en sciences humaines et langue bretonne. "Je paye 300 euros de loyer, j'ai entre 100 et 170 euros de frais médicaux par mois et en budget nourriture, j'ai à peu près 30 euros par mois," compte-t-elle. "Sans les distributions alimentaires, entre autres, je ne pourrais pas m'en sortir," reconnaît-elle. Une situation qui impacte ses études.

"Je n'arrive plus à participer en cours, je m'endors pendant les cours, j'arrive à sécher, du coup, pour essayer d'aller voir un assistant social ou même aller aux distributions alimentaires," avoue-t-elle.

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"On ne va pas se mentir, souvent, quand je rentre chez moi, je pleure et après, je me mets à faire tout ce que j'ai à faire, j'ai besoin de décompresser un bon coup et après, c'est bon ! Il faut garder le courage !" lance-t-elle.

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Élodie dans sa chambre universitaireEuronews

Laure : "Plus de 12 heures de job étudiant, c'est multiplier par trois son risque d'échec"

Je termine mon parcours à Lyon, l'une des villes les plus chères de France où là encore, les étudiants ont de plus en plus de mal à joindre les deux bouts. Outre les distributions alimentaires, ils peuvent recourir aux quelques épiceries solidaires gérées par la fédération des associations d'étudiants de la ville. Une partie des produits est gratuite, le reste est vendu à 10% des prix du marché.

Les nouvelles aides promises par le gouvernement sont dérisoires, estiment les organisations étudiantes. Elles réclament une réforme en profondeur du système de bourses qu'elles jugent insuffisantes et inégalitaires et leur indexation à l'inflation.

"La précarité qu'on peut connaître chez les étudiants, c'est une charge mentale qui est énorme pour ceux qui sont concernés," explique Laure Morin, présidente de GAELIS, étudiante sage-femme.

"Ce sont des étudiants qui sont obligés de se salarier, sauf qu'aujourd'hui, on sait qu'au-delà de 12 heures de job étudiant, en dehors de ses études, c'est multiplier par trois son risque d'échec," souligne-t-elle.

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"Cela fait un moment qu'on réclame et qu'on attend la réforme des bourses sur critères sociaux et là, c'est vraiment urgent de la mettre en place pour que les jeunes aillent bien et puissent continuer leurs études dans de bonnes conditions," rappelle-t-elle.

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Laure Morin, présidente de GAELIS, rappelle l'urgence d'une réforme des bourses sur critères sociauxEuronews

Alexandra : "C'est le chemin que tu dois parcourir pour arriver à ce que tu veux dans la vie"

En attendant la réforme, les organisations caritatives multiplient les services aux étudiants, de plus en plus nombreux à les solliciter, comme au Secours Populaire. Outre un coup de pouce matériel, ils trouvent conseils et soutien dans leurs démarches, qu'il s'agisse d'accéder aux aides sociales ou de trouver des emplois.

"Tous les étudiants que je rencontre à la permanence, je vois qu'ils ont envie d'y arriver et nous, on les accompagne sur un temps qui est en moyenne de six mois, mais cela peut être beaucoup moins longtemps," précise Julien Berguer, du Secours Populaire. "On voit que les étudiants ont envie de s'en sortir et ils finissent par s'en sortir," assure-t-il.

S'en sortir coûte que coûte, Alexandra, 25 ans, y est déterminée. Venue de Colombie il y a quatre ans comme jeune fille au pair, elle est en deuxième année de licence de lettres et de langues. En tant qu'étudiante étrangère, elle n'a droit ni à une bourse, ni aux logements étudiants. Elle continue à garder des enfants pour financer ses études.

"Je gagne à peu près 500 euros, mais mon loyer coûte 445 euros ; en plus, je dois payer 25 euros pour le transport ; mon téléphone, c'est 13 euros, donc ça ne laisse pas beaucoup d'argent à la fin du mois," constate-t-elle.

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Alexandra, étudiante colombienne, dans une permanence du Secours PopulaireEuronews

"Même si je n'ai pas beaucoup, je me dis que c'est le chemin que tu dois parcourir pour arriver au but, à ce que tu veux avoir dans ta vie, c'est pour ton futur," insiste-t-elle avant de conclure : "C'est ce que je me dis toujours et j'arrive à gérer comme cela."

Journaliste • Valérie Gauriat

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