Macron appelle Aliyev à veiller à la "libre circulation" entre le Haut-Karabakh et l'Arménie

Emmanuel Macron et le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev à l'Elysée, le 20 juillet 2018
Emmanuel Macron et le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev à l'Elysée, le 20 juillet 2018 Tous droits réservés Francois Mori/Copyright 2018 The AP. All rights reserved.
Par Stephane HamalianEuronews avec AFP
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La seule route reliant le Haut-Karabakh à l'Arménie est bloquée depuis le 12 décembre. Emmanuel Macron a appelé ce vendredi l'Azerbaïdjan à "permettre la libre circulation le long du corridor de Latchine".

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Le président français Emmanuel Macron a appelé vendredi son homologue azerbaïdjanais Ilham Aliyev à permettre la "libre circulation" sur la route reliant le Haut-Karabakh à l'Arménie, bloquée depuis plus d'une semaine par des personnes se présentant comme des militants écologistes azerbaïdjanais.

Lors d'un entretien téléphonique, Emmanuel Macron a "fait part de ses vives préoccupations face au regain de tension dans le sud Caucase" et a appelé à "permettre la libre circulation le long du corridor de Latchine", a indiqué l'Elysée.

Le président français a aussi souligné "l'urgence de garantir l'accès sans entraves des organisations humanitaires et des agences des Nations unies aux populations affectées" du Haut-Karabakh.

Depuis le 12 décembre, des militants azerbaïdjanais bloquent ce corridor, seule route reliant le Haut-Karabakh à l'Arménie, en affirmant protester contre des mines illégales dans la région. "Le président Aliyev a dit son intention de veiller à la libre circulation dans le corridor", selon la présidence française.

Human Rights Watch appelle à éviter une catastrophe humanitaire

Conséquence du blocage de ce corridor, dont la sécurité est assurée par une force de maintien de la paix russe, les aliments et les médicaments ne peuvent plus être acheminés dans le Haut-Karabakh, où vivent 120 000 Arméniens.

Le directeur d'Human Rights Watch pour l'Europe et l'Asie centrale, Hugh Williamson, a fait part de sa préoccupation, alertant dans un communiqué du 21 décembre de possibles "graves conséquences humanitaires".

Dans un communiqué du 13 décembre, le bureau du chef de la diplomatie européenne a appelé l'Azerbaïdjan à "assurer la liberté de circuler" de manière sure sur cet axe routier, une demande également formulée par Washington, par l'intermédiaire de Ned Price, porte-parole du secrétaire d'Etat, Antony Blinken.

Répondant à une requête de l'Arménie, la Cour européenne des Droits de l'homme a pour sa part appelé ce mercredi l'Azerbaïdjan à "assurer un passage sécurisé dans le corridor de Latchine aux personnes gravement malades nécessitant un traitement médical en Arménie et aux personnes bloquées le long de la route sans abri ni moyen de subsistance".

L'Azerbaïdjan fustige les accusations arméniennes

Mettant en doute la nature écologiste des manifestations, l'Arménie accuse "les organes d'Etat de l'Azerbaïdjan" d'avoir organisé ces troubles, visant à "couper le Haut-Karabakh de la République d'Arménie et donc du monde extérieur", en violation de l'accord de cessez-le-feu signé le 9 novembre 2020, dans lequel Bakou s'est engagé à ne pas entraver la circulation dans ce corridor.

Le ministère des Affaires étrangères azerbaïdjanais a pour sa part fustigé les accusations arméniennes, arguant que le corridor n'était pas fermé, des vidéos de convois de la Croix rouge et des forces russes de maintien de la paix passant sur cette route ayant été diffusées sur les réseaux sociaux.

D'après le défenseur des droits de la république auto-proclamée du Haut-Karabakh Gegham Stepanyan, un patient dans un état critique a effectivement pu être transféré à Erevan, par l'intermédiaire d'une médiation de la Croix rouge. 

Il semble toutefois que les marchandises ne puissent effectivement pas arriver dans le Haut-Karabakh. Des images partagées sur les réseaux sociaux par des locaux et des journalistes du Haut-Karabakh montrent les étales des commerces se vidant progressivement.

Les forces de maintien de la paix russes en cause ?

L'Arménie accuse aussi d'inaction les soldats de maintien de la paix russes déployés sur place depuis novembre 2020, après une guerre de six semaines entre Bakou et Erevan, alors que Moscou est accaparée par son intervention militaire en Ukraine.

Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a appelé de son côté à l'apaisement entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan lors d'une rencontre à Moscou vendredi avec son homologue azerbaïdjanais, boycottée par Erevan.

"Concernant les préoccupations de l'Azerbaïdjan quant à l'exploitation illégale de minerais dans la région", Emmanuel Macron et Ilham Aliyev "ont dit l'importance du respect des normes en vigueur", a relevé la présidence française, sans plus de précisions.

Ils sont également convenus de "poursuivre, en lien avec les acteurs concernés, les négociations afin de trouver une solution politique durable dans la région", a indiqué l'Elysée, ajoutant qu'ils "se reparleront dans les prochaines semaines".

L'Arménie et l'Azerbaïdjan se sont affrontés au début des années 1990, lors de la dislocation de l'URSS, pour contrôler le Haut-Karabakh. Ce premier conflit, qui a fait 30 000 morts, s'était soldé par une victoire arménienne. 

Un deuxième conflit initié en septembre 2020 par l'Azerbaïdjan, avec le soutien de la Turquie, a conduit à une défaite d'Erevan, qui a perdu le contrôle d'une majeure partie de ce territoire, en vertu d'un cessez-le-feu signé sous l'égide de Moscou. Depuis, des soldats russes de maintien de la paix y sont déployés.

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Le Haut-Karabagh est un territoire peuplé majoritairement d'Arméniens, arbitrairement rattaché à république socialiste soviétique d'Azerbaïdjan en 1921, par le bureau caucasien du parti bolchévique

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