Iran : deux nouvelles exécutions en lien avec les manifestations

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Par Euronews  avec AFP
Le président iranien Ebrahim Raïssi
Le président iranien Ebrahim Raïssi   -  Tous droits réservés  Vahid Salemi/Copyright 2022 The AP. All rights reserved.

**La justice iranienne a annoncé la pendaison samedi de deux hommes reconnus coupables d'avoir tué un paramilitaire lors des manifestations déclenchées par le décès en détention de la jeune irano-kurde Mahsa Amini.
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Ces pendaisons portent à quatre le nombre d'exécutions depuis le début du mouvement de contestation en Iran à la mi-septembre.

"Mohammad Mehdi Karami et Seyed Mohammad Hosseini, les principaux auteurs du crime qui a conduit au martyre de Rouhollah Ajamian, ont été pendus ce matin" samedi, a indiqué l'agence de l'autorité judiciaire Mizan Online.

Les deux hommes étaient accusés d'avoir tué ce membre de la milice des Bassidji, liée aux Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique d'Iran, le 3 novembre à Karaj, à l'ouest de Téhéran.

Un tribunal en première instance les avait condamnés à mort le 4 décembre et la Cour suprême d'Iran avait confirmé le 3 janvier leurs peines, une justice qualifiée d'"expéditive" par des ONG de défense des droits humains.

L'UE consternée

La porte-parole du chef de la diplomatie européenne a fait part de la consternation de l'UE, dénonçant "un nouveau signe de la répression violente des manifestation".

Dans un communiqué, Nabila Massrali a appelé "une nouvelle fois les autorités iraniennes à mettre immédiatement un terme à la pratique hautement condamnable de prononcer et d'exécuter des condamnations à mort contre des manifestants" et à "annuler sans délai les récentes condamnations à mort déjà prononcées dans le contexte des manifestations."

Depuis le début du mouvement de contestation, la justice a condamné à mort 14 personnes en lien avec les manifestations, selon un décompte de l'AFP basé sur des informations officielles. Parmi elles, quatre ont été exécutées, deux ont vu leur peine confirmée par la Cour suprême, six attendent de nouveaux procès et deux autres peuvent faire appel.

Des militants assurent que des dizaines d'autres personnes font face à des accusations passibles de la peine de mort.

L'Iran a été secoué par des manifestations depuis la mort de Mahsa Amini le 16 septembre à la suite de son arrestation pour violation du code vestimentaire strict du pays pour les femmes.

Mohammad Mehdi Karami "n'a pas pu voir sa famille avant son exécution"

Les responsables iraniens dénoncent en général des "émeutes", attisées selon eux par des pays étrangers et des groupes d'opposition, et affirment que des centaines de personnes ont été tuées dans les troubles, parmi lesquelles des membres des forces de sécurité. Environ 14 000 personnes ont par ailleurs été arrêtées, selon l'ONU.

Les exécutions de samedi surviennent malgré une campagne d'ONG appelant Téhéran à épargner Mohammad Mehdi Karami et Seyed Mohammad Hosseini, Amnesty International ayant notamment dénoncé un procès "inéquitable".

Mi-décembre, le père de Mohammad Mehdi, Mashallah Karami, avait diffusé une vidéo sur les réseaux sociaux dans laquelle il implorait les autorités d'annuler la peine de mort contre son fils.

Il y décrivait son fils comme un membre de l'équipe nationale de karaté ayant gagné des compétitions en Iran.

Mashallah Karami a indiqué à des médias locaux que l'avocat de la famille n'avait pas pu avoir accès au dossier de son fils. Cet avocat, Me Mohmmed Aghasi, a déploré samedi sur Twitter que Karami n'avait pas pu voir une dernière fois sa famille avant son exécution.

Selon l'organisation basée à Oslo Iran Human Rights (IHR), Karami était âgé de 22 ans et selon l'ONG Hengaw, basée aussi en Norvège, Hosseini avait 39 ans.

"Nous sommes en deuil en tant que nation", a réagi sur Twitter une opposante iranienne résidant aux Etats-Unis Masih Alinejad. "Aidez-nous à sauver les autres", a-t-elle ajouté en postant des photos de Karami et Hosseini.

Torturés

Le directeur de IHR, Mahmood Amiry-Moghaddam, a affirmé que les deux condamnés avaient été "soumis à la torture, et condamnés à l'issue d'un simulacre de procès", réclamant des "sanctions plus dures contre des personnes et entités iraniennes".

Téhéran fait déjà l'objet d'une série de sanctions internationales en réaction à la répression des manifestations.

Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, a annoncé samedi avoir nommé un nouveau chef de la police nationale, Ahmad-Reza Radan, pour remplacer Hossein Ashtari, un général dont le mandat s'était achevé.

En 2010, le Trésor américain avait mis Ahmad-Reza Radan sur sa liste noire pour violation des droits humains après la réélection controversée du président ultra-conservateur Mahmoud Ahmadinejad qui avait donné lieu à d'importantes manifestations réprimées par le pouvoir.

Avant l'annonce de cette nomination, Mehrzad Boroujerdi, vice-recteur de l'Université de science et technologie du Missouri, aux Etats-Unis, avait fait état de "rumeurs selon lesquelles Khamenei avait été très critique du travail d'Ashtari".

Il a indiqué mercredi à l'AFP qu'il s'attendait à ce que des gens comme Ashtari soit remplacé par des responsables "encore plus durs pour contrôler étroitement les forces de sécurité".