Sanna Marin : "Nous soutiendrons l'Ukraine aussi longtemps que nécessaire"

Sanna Marin : "Nous soutiendrons l'Ukraine aussi longtemps que nécessaire"
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Par Oleksandra VakulinaEuronews
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La Première ministre finlandaise a participé à la session 'War in Europe : Year 2" à Davos, aux côtés notamment de la présidente moldave Maia Sandu.

Sasha Vakulina, Euronews :

"Nous allons débuter cette session du Forum économique mondial intitulé "War in Europe : Year 2". Dans son discours d'ouverture ici à Davos, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a déclaré : "La réaction de l'Europe à la guerre est le dernier exemple en date de la façon dont notre Union s'est serrée les coudes quand cela comptait le plus." Cela fait presque un an que la Russie a envahi l'Ukraine et la guerre a un impact énorme, non seulement sur l'Ukraine, mais aussi en Europe et dans le monde entier.

Quelles sont les voies politiques à suivre et les points de vulnérabilité à aborder en Europe alors que la guerre fait rage ? C'est ce dont nous allons discuter au cours de cette session. C'est un grand honneur pour moi de vous présenter les participants. Nous avons à nos côtés Sanna Marin, Première ministre finlandaise, Gregory Meeks, membre du Congrès de l’Etat de New York et membre de la Commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants, Maia Sandu, présidente moldave, et Jean-Pierre Clamadieu, président du conseil d'administration du groupe Engie.

Ma première question s'adresse à Sanna Marin. Dans quelle mesure la guerre a-t-elle entraîné des changements dans les relations économiques, politiques et militaires à travers l'Europe ? Et de quelle manière pouvons-nous nous attendre à ce que ces relations continuent à évoluer, alors que nous entrons dans la deuxième année de la guerre en Europe ?"

Sanna Marin, Première ministre finlandaise :

"Merci de nous accueillir ici. Je suis tout à fait d'accord avec la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, pour dire que la guerre ne touche pas seulement l'Ukraine, mais l'ensemble de l'Europe, et même le monde entier. Nous assistons à ce changement géopolitique dans le monde, et une guerre des valeurs est en cours. L'ordre fondé sur des règles est remis en question et cela affecte tout le monde. Nous ne vivons pas seulement une guerre en Ukraine, mais aussi une guerre énergétique. La Russie utilise l'énergie comme un outil, comme une arme contre l'Europe, elle essaie de diminuer notre soutien à l'Ukraine. Vladimir Poutine essaie de nous faire peur. Il veut que nos citoyens et que nous-mêmes nous demandions quel est le prix de la guerre. Nous voyons dans toute l’Europe des gens frustrés par les prix élevés de l'énergie. Mais la réponse ne doit pas être d'affaiblir notre soutien à l'Ukraine. C’est tout l'inverse. Nous devons envoyer plus de soutien à l'Ukraine, plus d'armes, plus d'aide humanitaire, plus d'aide financière pour nous assurer que la guerre se termine le plus vite possible et avec une victoire ukrainienne. C'est crucial. Notre réponse à Poutine qui utilise l'énergie contre l'Europe doit être l’augmentation de l’aide à l'Ukraine."

Sasha Vakulina, Euronews :

"Madame la présidente Maia Sandu, au-delà des perturbations socio-économiques, quels sont les autres points clés de vulnérabilité liés à la guerre en Europe et que fait-on pour les atténuer ? Votre pays a une position très spécifique en ce qui concerne cette guerre en Europe et l’invasion russe de l'Ukraine."

Maia Sandu, présidente moldave :

"Bien sûr, la Moldavie était plus vulnérable car elle dépendait à 100% des achats de gaz russe avant le début de la guerre. Aujourd'hui, nous ne recevons plus que 40 % de nos besoins en gaz de Gazprom, et nous avons réussi à nous diversifier rapidement et à trouver d'autres sources d'approvisionnement en énergie. La propagande et la désinformation sont aussi problématiques pour notre pays. Mais je pense qu'il s'agit d'un problème majeur pour de nombreux pays et nous devons apprendre à être plus efficaces pour le résoudre grâce à la cybersécurité. Je suis tout à fait d'accord avec le fait que la Russie comptait faire du chantage avec la crise énergétique et que l'Europe a réussi à trouver une solution. Et cela n'a pas été facile. Nous regrettons que notre peuple doive payer un prix élevé mais nous croyons en la démocratie. Nous voulons faire partie du monde libre. Et la seule solution est de rester ensemble. C'est difficile, mais nous devons aider l'Ukraine à gagner cette guerre car sinon, nous serons tous en danger."

Sasha Vakulina, Euronews :

"Monsieur Jean-Pierre Clamadieu, quels facteurs sous-jacents du ralentissement économique actuel et de la récession potentielle auxquels l'Europe est confrontée sont, selon vous, les plus exacerbés par la guerre ? Et dans quelle mesure la reprise économique de l'Europe dépendra-t-elle de l'issue de cette guerre ?"

Jean-Pierre Clamadieu, Engie :

"Je suis aujourd’hui convaincu qu'il n'y aura pas de perturbation dans l'approvisionnement en énergie, ni en gaz ni en électricité en Europe pendant les derniers mois de l'hiver. Les prix commencent à baisser. Nous ne sommes pas revenus au niveau d'il y a deux ans, mais c’est déjà un peu mieux. Je ne veux pas minimiser l'impact de ce conflit. De toute évidence, cela crée de gros problèmes de compétitivité pour les industries en Europe par rapport aux États-Unis. Je pense qu'il faudra probablement attendre encore quelques années avant que le flux de GNL n'offre à nouveau de la visibilité aux consommateurs européens. Mais grâce à l'alignement des décideurs politiques et des industries, nous avons pu traverser cette année 2022 probablement beaucoup mieux que ce que nous avions prévu lorsque ce conflit a débuté."

Sasha Vakulina, Euronews :

"Le 24 février, dans un mois environ, cela fera un an. Il y a une question que tout le monde se pose :  combien de temps cela va encore durer ?"

Sanna Marin, Première ministre finlandaise :

"Ce que nous devons dire haut et fort, c’est que nous soutiendrons l'Ukraine aussi longtemps que nécessaire. Il n'existe pas de scénario dans lequel le soutien de l'Europe ou du monde occidental abouti à un affaiblissement de la démocratie. Ce n'est pas envisageable. Nous soutiendrons l'Ukraine aussi longtemps que nécessaire : cinq ans, dix ans, quinze ans. Nous soutiendrons l'Ukraine et cela ne s'arrêtera pas. Ce sont les Ukrainiens qui décideront s’ils sont prêts à négocier, s’ils sont prêts à conclure un accord de paix. Et nous les soutiendrons. Nous le faisons déjà en envoyant des armes, et nous devons envoyer des armes de plus en plus avancées. Nous devons aussi continuer à envoyer un soutien financier et humanitaire, en accueillant les réfugiés ukrainiens, en imposant des sanctions plus lourdes à la Russie.

Mais il y a une chose qui, selon moi, peut vraiment avoir de l’importance, ce sont les avoirs gelés. Il y a beaucoup d'actifs de la Banque centrale russe qui sont gelés, beaucoup d'actifs d'oligarques qui sont gelés. Et nous devons trouver des solutions pour utiliser ces avoirs. Je sais que c'est juridiquement très complexe. Mais je pense que nous devons trouver des solutions. Comment utiliser ces fonds pour soutenir l'Ukraine, pour reconstruire l'Ukraine ? Cela pourrait avoir un impact sur la guerre et plus que nous ne le pensons, car il y a de nombreux intérêts derrière ces actifs et cet argent. Cela pourrait vraiment changer des choses. Cela ne peut pas tout résoudre, mais c'est la seule chose que nous n'avons pas encore utilisée. Et je pense que nous devons trouver le cadre juridique afin d’utiliser ces actifs pour soutenir l'Ukraine."

Sasha Vakulina, Euronews :

"Concernant le processus de reconstruction : il est en cours. Ce n'est pas comme si cela allait se produire une fois la guerre terminée. Non, vous l'avez tous vu lorsque vous avez visité le pays, vous savez qu'il a déjà commencé. Les endroits qui ont été libérés sont déjà en train d'être reconstruits. C'est donc quelque chose qui est en cours et qui va être au centre des débats cette année aussi. Gregory Meeks, quelle est votre regard sur l’évolution de la guerre en Ukraine et sur l’OTAN en 2023 ?"

Gregory Meeks, élu démocrate américain :

"Je pense que vous continuerez à voir l'Ukraine résister et gagner cette guerre si nous leur donnons les munitions et ce dont ils ont besoin pour se battre. Parce que cette détermination sera toujours là. Elle est inébranlable. Et comme la Première ministre vient de l'indiquer, ce qui est absolument dévastateur pour Poutine, c'est notre unité. Il cherche des moyens de l'ébranler. Et je pense que la propagande russe sera vaincue à l'avenir. Vous savez, à un moment donné, certaines personnes, même aux États-Unis, écoutaient cette propagande et pensaient que l'Ukraine était l'agresseur. Ce qui est évidemment faux. Je pense que nous allons continuer à nous rapprocher et à faire appel à d'autres alliés dans d'autres régions du monde. Parce que l’on voit de plus en plus clairement les crises humanitaires, les gens forcés à aller se batte, les civils tués ou morts de froid. Voir Poutine commettre tous ces crimes, cela nous rapproche encore plus.

Il y a eu des changements au Congrès et à la Chambre des représentants aux États-Unis ces derniers temps. Ce que je peux vous dire, c’est qu’une écrasante majorité du peuple américain, que les démocrates et les républicains, soutiennent fermement l'Ukraine et cela ne va faire que s'intensifier à l’avenir. C’est pourquoi je pense que cela mènera au succès à long terme."

Sasha Vakulina, Euronews :

"L'aspect que j’aimerais maintenant aborder concernant la guerre en Ukraine, c’est le travail en commun, et les alliances. L'OTAN est l'une d'entre elles. Lorsque la Finlande et la Suède ont annoncé leur volonté d’intégrer l'OTAN, il y a eu un tweet qui disait que Vladimir Poutine a essayé de faire une "finlandisation" de l'Ukraine, mais au lieu de cela, il a fait une "ukrainisation" de la Finlande et de la Suède. Vous êtes maintenant sur la bonne voie pour intégrer l’OTAN. Où en est le processus ? La volonté de la Suède et de la Finlande d’intégrer l'Alliance est venue en réponse à la guerre en Ukraine. Comment se passe la coopération et la solidarité ? Parce que vous l'avez dit vous-même, ça se fait main dans la main avec la Suède. Il s’agit aussi d’une forme d’alliance."

Sanna Marin, Première ministre finlandaise :

"L'atmosphère en Finlande et l'état d'esprit des gens ont changé au moment où la Russie a attaqué l'Ukraine. Avant cela, si vous aviez demandé aux Finlandais s'ils pensaient que leur pays devait rejoindre l'OTAN, la majorité aurait dit non. Nous avons eu la possibilité de déposer notre candidature. Mais nous n'avions pas ce genre de discussion auparavant. Et si vous en aviez parlé à la majorité des Finlandais ou au Parlement, ils auraient dit : "Non, nous ne pensons pas que nous devrions demander l'adhésion à l'OTAN maintenant." Mais, lorsque la Russie a attaqué l'Ukraine, tout a changé. Le monde a changé. Notre voisin n'était plus le même voisin. Il est devenu un voisin agressif qui a traversé une frontière. Les Finlandais se sont alors demandés quelle frontière la Russie ne franchirait pas. Et cette frontière, c’est celle de l'OTAN. C'est pour ça que les Finlandais ont voulu entrer dans l'Alliance. 188 députés sur 200 ont voté en faveur de l'adhésion. Ça n’est pas 100% mais quasiment. Nous avons cette unité en Finlande, cette cohésion et ce consensus sur la candidature à l'OTAN.

Et je suis également très heureuse que nous ayons pris cette décision en même temps que nos voisins suédois, car nous partageons bien sûr le même environnement géopolitique concernant la sécurité. Je pense donc que, du point de vue de l'OTAN, il est très important que la Finlande et la Suède présentent leur candidature et entrent ensemble. Bien sûr, il y a encore deux pays qui n'ont pas ratifié : la Hongrie et la Turquie. Je me suis entretenu avec le Premier ministre Viktor Orbán lors de nos rencontres au Conseil européen. Il m'a dit qu'ils ratifieraient l'accord dès que le Parlement commencerait son mandat au printemps, donc très vite je l'espère. Pour la Turquie, nous n'avons pas encore de calendrier. Nous espérons que cela arrivera plus tôt que prévu. Nous remplissons tous les critères, nous cochons toutes les cases pour devenir membre de l'OTAN. La Finlande consacre déjà plus de 2 % de son PIB à la défense, et ce depuis un certain temps.

Nous constatons que les Ukrainiens sont très désireux de se battre pour leur pays. Ils se battent pour leur liberté et pour leur indépendance. Et si vous demandez aux Finlandais s'ils sont prêts à défendre la Finlande, je pense qu’ils seront les premiers à le faire. Parce que nous avons été en guerre avec la Russie et nous savons ce que c'est. Et nous ne voulons plus jamais qu'il y ait une guerre sur le sol finlandais. C'est pour cela que nous sommes candidats à l'OTAN, pour qu'il n'y ait plus jamais de guerre en Finlande. C'est la frontière que la Russie ne franchira pas."

Sasha Vakulina, Euronews :

"Madame la présidente Maia Sandu, la Moldavie est candidate à l'Union européenne, une autre alliance. Quelle importance cela revêt-il ? Comment l'opinion sur ce sujet a-t-elle changé ? Parce que la Moldavie a également connu des sondages d'opinion qui n'étaient pas toujours favorables à cette idée. Et pour faire suite à ce que Gregory Meeks a dit, la question de la propagande est aussi très présente en Moldavie."

Maia Sandu, présidente moldave :

"Je crois que la Moldavie n'a de chance de survivre en tant que démocratie qu'au sein de l'UE, en étant réaliste sur ce qui va se passer dans notre région dans les, dix, quinze prochaines années. Bien sûr, nous espérons tous une victoire rapide de l'Ukraine, et cela va arriver. Mais nous ne voyons pas la Russie devenir un pays démocratique. Cela signifie que les défis pour la région seront toujours là. La Moldavie a survécu, elle a réussi à relever un certain nombre de défis grâce au soutien de l'UE et de partenaires. Nous en sommes très reconnaissants. Il est important d'avoir une Moldavie stable. C'est important pour nous, pour l'Ukraine et pour l'Europe. L'UE a besoin d'avoir une Ukraine pacifique et stable et une Moldavie pacifique et stable et c'est pourquoi l'élargissement est important. Je pense que l'Ukraine a prouvé qu'elle payait le prix le plus élevé pour la démocratie et les valeurs européennes. Les Moldaves ont fait de leur mieux.

Et, oui, la propagande est encore forte et nous la combattons. Mais nous avons plus de 70 % de la population qui, malgré la propagande, malgré la pauvreté et les nombreux problèmes auxquels nous avons été confrontés, soutient l'intégration à l’UE. Et je pense que le récent geste de générosité du peuple moldave, qui a réussi à aider 600 000 à 700 000 réfugiés ukrainiens, montre que nous apprécions les valeurs de l’Europe. Nous attachons de l'importance à la paix et à la liberté. L'élargissement de l'UE la rendra plus forte parce qu’elle a besoin d'une Ukraine, d'une Moldavie et de tous les pays qui aspirent à y adhérer pacifiques et stables."

Sasha Vakulina, Euronews :

"Madame la présidente Maia Sandu, pensez-vous - à long terme - que la Moldavie puisse aspirer à intégrer l'OTAN ?"

Maia Sandu, présidente moldave :

"Nous sentons à quel point nous sommes vulnérables. L'Ukraine nous défend littéralement et nous prenons des mesures pour améliorer notre défense. Mais nous sommes très réalistes concernant nos capacités. Nous sommes un pays démocratique et nous devons en discuter. Il faudrait avoir un soutien populaire. Mais nous nous posons maintenant la question de savoir si nous pouvons nous défendre seuls dans un monde nouveau où nous voyons que la guerre est un danger réel."

Sasha Vakulina, Euronews :

"Monsieur Jean-Pierre Clamadieu, comment les impacts de la guerre en Ukraine ont-ils remodelé le paysage énergétique mondial ? Et quelles sont vos attentes concernant l'accélération de cette transition pour sortir de la dépendance aux combustibles fossiles, et russes, mais aussi concernant la transition énergétique en général ?"

Jean-Pierre Clamadieu, Engie :

"Je pense que le défi pour l'Europe est d’être capable de renforcer son système énergétique et cela est complètement aligné avec la nécessité d'accélérer la transition énergétique. Nous n'avons pas de ressources fossiles en Europe, un peu de charbon, mais ce n'est pas quelque chose sur lequel nous voulons nous appuyer.

Le défi consiste donc maintenant à s'assurer que nous pouvons accélérer le développement des énergies renouvelables. L'UE a un programme nommé "Fit for 55". Nous devons nous assurer que la situation actuelle, la guerre, ne ralentit pas cet agenda. Au contraire. Et ce que nous voyons aujourd'hui, c'est un certain nombre de décisions qui doivent créer les conditions pour que nous puissions accélérer le développement des énergies renouvelables, accélérer le développement du stockage, accélérer le développement de l'hydrogène. L'accélération de la transition énergétique nous aidera à atteindre l'indépendance stratégique. Et c'est quelque chose dont nous avons absolument besoin."

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