Autriche : le parti populiste FPÖ en embuscade

Archives : le dirigeant du FPÖ, Herbert Kickl, lors d'un meeting à Klagenfurt, dans le sud de l'Autriche, le 24 février 2023
Archives : le dirigeant du FPÖ, Herbert Kickl, lors d'un meeting à Klagenfurt, dans le sud de l'Autriche, le 24 février 2023 Tous droits réservés AFP/Alex HALADA
Par Vincent Coste
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Malgré une série de scandales, le Parti des libertés ne s'est pas effondré. C'est même tout le contraire, puisque la formation d'extrême droite est aujourd'hui la première du pays, si l'on se fie aux sondages. Le FPÖ pourrait-il un jour diriger la république alpine ?

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En Autriche, une nouvelle coalition entre les conservateurs de l’ÖVP et les populistes du FPÖ est récemment sortie des urnes après un scrutin local dans le Land de Basse Autriche, le plus peuplé après celui de la capitale Vienne. Aujourd’hui, au niveau national, le FPÖ est la première force politique du pays, selon les derniers sondages. Cette formation eurosceptique et populiste espère glaner de nouveaux succès au niveau local, alors que s’annonce un scrutin dans le Land de Salzbourg le 23 avril prochain. Et quid de l'échéance nationale de 2024 ? Le prochain chancelier pourrait-il être issu des rangs du FPÖ comme son actuel dirigeant Herbert Kickl ?

Nous nous sommes entretenus avec la politologue autrichienne Kathrin Stainer-Hämmerle, de l’université des Sciences appliquées de Carinthie, pour décoder ce parti qui ne cesse de renaître après des scandales à répétition, comme le fameux Ibizagate.

“Le FPÖ, le Parti de la liberté, est effectivement en tête de tous les sondages en Autriche, Cela s'explique d'une part par le fait qu’il a acquis le monopole des votes de protestation. Cela s'explique aussi par les conséquences de la pandémie de Corona. Et maintenant par l'inflation” note Kathrin Stainer-Hämmerle qui ajoute que cela s’explique aussi par “la faiblesse des deux autres partis qui gouvernent habituellement ce pays, à savoir le SPÖ, les sociaux-démocrates, et l'ÖVP, le parti conservateur”, deux formations en proie à “une perte de confiance” selon la spécialiste.

En Basse Autriche, alors que le résultat du scrutin était connu dès le 29 janvier dernier, les discussions et les tractations ont pris deux mois pour donner naissance à cette coalition, alors que le FPÖ n’a eu de cesse d’attaquer lors de la campagne son futur partenaire de coalition. C’est ce que nous explique Kathrin Stainer-Hämmerle.

Ce qui est intéressant, c'est le style de ce parti pendant la campagne électorale" avance-t-elle. Par le passé, “la gouverneure [sortante ÖVP] Johanna Mikl-Leitner a été qualifiée de ‘Mama musulmane’ et non seulement cela, mais elle a également été représentée avec un foulard".  "Ce style est plutôt grossier dans le débat politique. Mais il n'a guère eu de conséquences, ni pour les électeurs, ni pour les électrices”, explique-t-elle. Mais la spécialiste de la politique autrichienne ajoute que si le Parti de la liberté a été le grand vainqueur de cette élection [Il est arrivé second derrière l’ÖVP], il a été “finalement invité” dans cet accord de coalition, un accord de travail selon la terminologie officiel. Il n’a donc pas de réelles “aptitudes” pour gouverner.

Prime “Schnitzel”

Le programme de la coalition ÖVP/FPÖ en Basse Autriche a été particulièrement pointé du doigt. Certaines mesures ont provoqué de nombreuses manifestations à Sankt Pölten, la capitale du Land, ainsi qu'une vague de mécontentement à l'échelle du pays. 

La principale mesure de l’accord de coalition concerne un fond doté de 30 millions, pour rembourser les personnes qui avaient reçu des amendes pour ne pas avoir respecté les dispositions mises en place, comme la vaccination obligatoire, pour lutter contre la pandémie de Covid-19. Cette mesure est portée par le FPÖ, puisque ce parti n’a eu de cesse de critiquer “toutes les entraves faites aux libertés”

La prime “Schnitzel” (escalope viennoise), comme elle a été baptisée par l'opinion publique autrichienne, consistant à subventionner les auberges qui proposent des plats typiquement autrichiens, ou l'obligation de parler allemand dans les cours d'école ou de lutter contre la théorie du genre, font aussi l’objet de vives critiques.

Pour Kathrin Stainer-Hämmerle, “ce sont des signaux envoyés en matière de politique sociale, contre l'égalité des minorités et des femmes, mais aussi contre l'immigration et l'intégration. C'est ainsi qu'il est prévu, par exemple, de lier l'aide au logement aux connaissances en allemand”. Mais la spécialiste tient à minimiser la portée de ces mesures puisque les compétences des instances des Länder sont, somme toute, “très limitées”. Mais elles sont toutefois des thématiques que le FPÖ fait résonner dans tout le pays.

Un autre détail très important, selon Kathrin Stainer-Hämmerlen, est le fait que le leader du FPÖ en Basse-Autriche, Udo Landbauer, a très souvent critiqué les sanctions russes lors de la campagne électorale, "une thématique qui n'a pas vraiment sa place dans la politique régionale” selon l’experte.

Politique du “bouc émissaire”

Le FPÖ, qui siège au Parlement européen au sein du groupe “Identité et démocratie”, avec notamment la Liga (Italie), l’AFD (Allemagne) ou encore le Rassemblement national (France), est ouvertement eurosceptique comme tous ces partis. Et comme ces formations populistes, le Parti de la liberté utilise la “politique du bouc émissaire” qui consiste à faire de l’UE la “responsable de nombreux maux” selon Kathrin Stainer-Hämmerlen. Cette dernière ajoute que lorsque le FPÖ affirme que les sanctions russes seraient à l'origine de l'inflation, le parti cible, en fait, encore une fois, l’UE.

Kathrin Stainer-Hämmerlen nous rappelle que “le FPÖ a aussi un 'contrat d'amitié' avec le parti Russie unie de Poutine”, contrat sur lequel le parti populiste autrichien ne s'appesantit pas, ne donnant que peu d'informations. Mais ces derniers mois, à l’aune de la guerre en Ukraine, le Parti de la liberté a effectivement empêché jusqu'à présent l'apparition de Volodymyr Zelenski au Parlement autrichien, en réaffirmant la neutralité autrichienne. Sur la même ligne, son dirigeant, Herbert Kickl, a aussi déclaré, le 28 mars, que "Notre Parlement n'est pas une tribune pour des belligérants", alors qu'une intervention en visioconférence du président ukrainien devant les députés a été finalement actée pour le 30 mars.  

Vers une véritable crise constitutionnelle ?

Dans ce contexte, où le FPÖ est porté par une dynamique, pourrait-il l’année prochaine décrocher le poste de chancelier  ? Ce serait une première. Si “la Constitution ne prévoit pas que le parti le plus fort [après des élections] désigne le chancelier, c'est cependant une tradition politique", explique Kathrin Stainer-Hämmerlen. Or, il faut également que le président donne son accord. Et sur ce point, “Alexander Van der Bellen s'est toujours prononcé de manière très claire en étant contre". Une situation qui plongerait l'Autriche dans une véritable crise constitutionnelle” conclut la politologue en ajoutant “et nous espérons bien sûr que cela ne se produira pas”.

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