Paraguay : Santiago Peña, candidat du parti conservateur, est élu

Santiago Peña, président élu du Paraguay
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Par Euronews avec AFP
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Santiago Peña, candidat du Parti Colorado au pouvoir depuis sept décennies au Paraguay, a été élu président du Paraguay, dimanche, avec 42,7 % des voix.

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Le Paraguay a un nouveau président. L'économiste Santiago Peña candidat du parti conservateur Colorado, a largement battu le candidat de l'opposition Efraín Alegre, avec 42,7 % des voix. Il prendra ses fonctions le 15 août pour une durée de cinq ans.

Peu après sa victoire, il a déclaré: "aujourd'hui, nous ne célébrons pas un triomphe personnel, nous célébrons aujourd'hui la victoire d'un peuple qui, par son vote, a choisi la voie de la paix sociale, du dialogue, de la fraternité et de la réconciliation nationale."

Depuis des semaines, les sondages prédisaient un scrutin serré, rare au Paraguay. Car le Parti Colorado y domine la vie politique quasiment sans interruption depuis 76 ans, hormis une parenthèse à gauche sous Fernando Lugo. Un candidat "anti-système", Paraguayo Cubas, au virulent discours anti-parlementaire, pointe en 3ème place avec 22,9 %.

L’emprise du Colorado est aussi palpable au Sénat, où avec 43 % des voix (23 % au centre-gauche), il disposera de la majorité absolue, ainsi qu’à la Chambre des députés selon des projections à partir de résultats partiels. Il a également ravi 14 des 17 sièges de gouverneurs de provinces. Santiago Peña se présentait pour la première fois à un scrutin national. En 2018, il avait été défait aux primaires du Colorado par l’actuel chef de l’État, Mario Abdo Benitez, qui ne pouvait se représenter. Il lui succèdera en août pour cinq ans.

"Significativement corrompu"

La pauvreté sera un défi de son mandat, dans un Paraguay agro-exportateur à la prospérité enviable en Amérique latine (4,5 % de croissance prévus en 2023), mais aux criantes inégalités (24,7 % de pauvres). Il a promis la création de 500 000 emplois, sans grands détails, et un meilleur accès à la santé publique, sinistrée.

Pour Efraín Alegre, un avocat de 60 ans, jadis militant contre la dictature d’Alfredo Stroessner (1954-1989), c’est un troisième échec en autant de candidatures. En vain, il s’est posé en pourfendeur de ce qu’il appelle la "mafia" clientéliste du Colorado, "liée au crime organisé", un système à présent "effondré", selon lui.

Car la corruption a pesé sur ce scrutin, dans un pays classé 137e sur 180 dans le classement de la perception de la corruption de l’ONG Transparency International. Et son ombre n’est pas prête de lâcher le jeune président. Santiago Peña a dû se défendre du stigmate associé à son mentor et actif soutien, le magnat du tabac Horacio Cartes. Washington l’a qualifié en 2022 de "significativement corrompu" et l’a interdit d’entrée ou de transactions aux États-Unis, pourtant historiquement allié indéfectible d’Asuncion. Car dans un Paraguay aux frontières poreuses (enclavé entre Brésil, Argentine et Bolivie), lieu de transit de la cocaïne andine, la corruption gangrène et tue désormais : un procureur, un maire anti-drogue et un journaliste ont été assassinés en 2022.

Célébrant sa victoire, Santiago Peña s’est longuement affiché aux côtés deHoracio Cartes, toujours président du Parti Colorado, le remerciant chaleureusement pour cette "grande victoire".

Un impact géopolitique marginal

Dans un pays à 90 % catholique, à influence guaranie (langue amérindienne officielle, comme l’espagnol), Santiago Peña comme son rival se rejoignaient sur les thèmes moraux et sociétaux, opposés tous deux au mariage pour tous et à l’avortement. "Nous sommes une société conservatrice, c’est profondément enraciné en nous (…) et ça nous rend prudents face aux grands changements de société", expliquait Santiago Peña, se présentant en garant des traditions et de la famille, face à un monde "déshumanisé". À des années-lumière des préoccupations des Paraguayens, le scrutin aura aussi un impact géopolitique marginal.

Santiago Peña a affirmé qu’il transfèrera - de nouveau - l’ambassade paraguayenne en Israël de Tel Aviv à Jérusalem. Comme l’avait fait le président Cartes en 2018, avant que son successeur ne revienne sur le transfert quelques mois plus tard. Par contre, à l’inverse de son rival, il a assuré qu’il maintiendra les relations d’Asuncion avec Taipei - le Paraguay est l’un des 13 États au monde qui reconnaît officiellement Taïwan. Même si des milieux d’affaires paraguayens verraient d’un bon œil un rapprochement avec la Chine.

Taïwan a félicité dimanche Santiago Peña, s’engageant "à approfondir la coopération et les échanges avec le nouveau gouvernement paraguayen" sur la base de "valeurs partagées telles que la démocratie et la liberté et l’amitié entre les deux pays".

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