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"Pas mon roi" : l'espoir d'un dernier couronnement pour les républicains britanniques

Des manifestants devant la Bibliothèque centrale de Liverpool, à l'occasion de la visite de Charles le 26 avril 2023.
Des manifestants devant la Bibliothèque centrale de Liverpool, à l'occasion de la visite de Charles le 26 avril 2023. Tous droits réservés Jon Super/Copyright 2023 The AP. All rights reserved
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Par Greta RuffinoEuronews digital avec AP
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Plus de 1 500 manifestants ont prévu de se rassembler pour scander "Pas mon roi" lors du passage du cortège royal à Londres samedi. Le changement de monarque offre aux républicains britanniques un nouveau souffle dans leur contestation aux racines anciennes.

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À Trafalgar Square se dresse une grande statue de bronze du roi Charles Ier, monarque du XVIIe siècle destitué par le Parlement et exécuté en 1649. Samedi, plus de 1 500 manifestants, vêtus de jaune pour être le plus visibles possible, ont prévu de se rassembler à côté de la statue pour scander "Pas mon roi" lors du passage du cortège royal.

"Nous essaierons de maintenir une atmosphère légère, mais notre objectif est de faire en sorte qu'il soit impossible de l'ignorer", explique Graham Smith, directeur général du groupe anti-monarchiste Republic. Le couronnement, dit-il, est "la_célébration d'une institution corrompue. Et c'est la célébration d'un homme qui prend une fonction qu'il n'a pas mérité_".

Les militants républicains ont longtemps lutté pour créer une dynamique visant à déloger la monarchie britannique, vieille de 1 000 ans. Le couronnement est pour eux une occasion à saisir.

La reine Elizabeth II, décédée en septembre après 70 ans sur le trône, suscitait un large respect en raison de sa longévité et de son sens du devoir. Pour Charles, c'est une autre affaire. Ses querelles familiales et ses opinions tranchées sur tous les sujets, de l'architecture à l'environnement, ont fait la une des journaux pendant des décennies.

Les sondages d'opinion suggèrent que l'opposition et l'apathie à l'égard de la monarchie augmentent. Dans une étude récente du Centre national de recherche sociale, 29 % seulement des personnes interrogées estimaient que la monarchie était "très importante", le niveau le plus bas depuis 40 ans que le centre mène des recherches sur le sujet. C'est chez les jeunes générations que l'opposition est la plus forte.

"Je pense que les choses sont en train de changer", avance Graham Smith, dont le groupe souhaite remplacer le monarque par un chef d'État élu. "Les gens sont très heureux de critiquer Charles. Ce qu'il n'était pas disposés à faire vis-à-vis de la reine."

Kin Cheung/Copyright 2023 The AP. All rights reserved
Graham Smith, directeur général du groupe anti-monarchique Republic, à Londres le 27 avril 2023.Kin Cheung/Copyright 2023 The AP. All rights reserved

Si de très nombreuses festivités auront lieu dans tout le pays à l'occasion des cérémonies, des millions de britanniques les ignoreront. Certains assisteront à des événements alternatifs, notamment un concert à Glasgow du groupe Les Sex Pistols Ecossais, qui reprend l'esprit des punks qui ont chanté "God save the queen, the fascist regime" lors du jubilé d'argent de la reine en 1977.

Le Newington Green Meeting House de Londres, lieu de rassemblement des dissidents et des radicaux depuis 300 ans, organise une "fête communautaire alternative", avec de la nourriture, des boissons et de la musique "radicale et républicaine".

Pour le directeur général, Nick Toner, l'événement s'adresse aux personnes qui "ne veulent pas assister à des heures d'images de cérémonies, de carrosses et d'Union Jacks sans fin, peut-être parce qu'elles pensent que c'est un gaspillage de l'argent des contribuables ou même que c'est tout simplement ennuyeux".

Une cérémonie allégée mais toujours contestée

Alors que la BBC, le radiodiffuseur national public britannique, proposera une couverture complète du couronnement samedi, sa rivale Channel 4 offre un programme alternatif comprenant une comédie musicale sur le prince Andrew, un feuilleton sur les Windsors et un documentaire sur l'adieu à la monarchie.

Certains estiment qu'il est grotesque de dépenser des millions en apparat dans un contexte de crise du coût de la vie qui a entraîné une inflation de 10 %, poussé des milliers de personnes vers les banques alimentaires et déclenché des mois de grèves des infirmières, des enseignants et d'autres travailleurs en quête d'une augmentation de salaire.

La cérémonie allégée de Charles - avec environ 2 000 invités au lieu des 8 000 qui ont assisté au couronnement de la reine en 1953 - aura bien un coût pour les contribuables britanniques. Son coût total ne sera connu qu'après la cérémonie.

Le vice-premier ministre Oliver Dowden, qui participe à la supervision des préparatifs du couronnement, a fait valoir que "les gens ne voudraient pas que l'on fasse des économies de bouts de chandelle" à l'occasion d'un tel "moment merveilleux de notre histoire". Les partisans du couronnement soutiennent que les célébrations donneront un coup de fouet à l'image de marque de la Grande-Bretagne, en attirant les touristes et en stimulant les ventes.

Tout le monde n'est pas convaincu

"Je ne suis pas d'accord", a déclaré Philippa Higgins, une réceptionniste londonienne de 24 ans. "Je trouve que c'est un peu idiot, alors que tant de gens sont en difficulté, de faire quelque chose d'aussi extravagant en ce moment. Mais certains défendent la tradition, je suppose".

L'opposition à ce couronnement fastueux est particulièrement forte en Écosse et au Pays de Galles, où certains nationalistes indépendantistes considèrent que la monarchie fait partie de l'État britannique qu'ils veulent quitter.

Certains nationalistes écossais s'opposent à ce que la pierre du destin - un morceau de grès de 125 kg lié aux monarques écossais et anglais - soit envoyée d'Édimbourg à Londres pour prendre sa place traditionnelle sous la chaise du couronnement. Ce rocher emblématique, symbole de la nation écossaise saisi par un roi anglais au XIIIe siècle et qui n'a été restitué qu'en 1996, a dû être transporté jusqu'à l'abbaye de Westminster dans le plus grand secret et sous haute sécurité.

Charles tient à être perçu comme un monarque moderne, et le palais de Buckingham a adapté certaines des anciennes traditions du couronnement au XXIe siècle. Son couronnement sera le premier à faire intervenir des leaders bouddhistes, hindous, juifs, musulmans et sikhs, et le premier à inclure des femmes évêques.

Toutefois, la suggestion de l'Église d'Angleterre selon laquelle les personnes qui regardent le couronnement à la télévision pourraient vouloir prêter serment d'allégeance au roi depuis leur canapé a suscité l'ire de certains.

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Charles est le monarque de 14 anciennes colonies britanniques ainsi que du Royaume-Uni, et le roi a provisoirement abordé la question du passé impérial. Il soutient la recherche sur les liens de la monarchie avec le commerce transatlantique des esclaves et a exprimé l'année dernière sa "douleur personnelle" face aux souffrances causées par l'esclavage, bien qu'il n'ait pas formellement présenté d'excuses.

Kirsty Wigglesworth/Copyright 2020 The AP. All rights reserved
Le prince Charles, à l'abbaye de Westminster à Londres, le 9 mars 2020.Kirsty Wigglesworth/Copyright 2020 The AP. All rights reserved

Le nombre de royaumes de Charles devrait diminuer au cours de son règne. La Barbade est devenue une république en 2021 et la Jamaïque envisage de faire de même. Le Premier ministre néo-zélandais Chris Hipkins a déclaré cette semaine qu'il souhaitait que son pays se débarrasse de la couronne, tout en ajoutant qu'il ne s'agissait pas d'une "priorité urgente".

Craig Prescott, expert en droit constitutionnel à l'université de Bangor, au Pays de Galles, estime qu'au Royaume-Uni, la monarchie n'est probablement pas menacée pour l'instant, en raison de la tendance du pays à "se débrouiller" et à adapter progressivement sa politique et sa constitution à l'évolution du monde.

"Il est clair que si l'on partait de zéro, on ne choisirait probablement pas une famille en se disant qu'elle sera le chef de l'État pour toujours." Mais l'arrangement fonctionne pour l'essentiel et l'abolition de la couronne "n'est l'horizon d'aucun parti politique". Néanmoins, il voit un danger à venir si une jeune génération qui a enduré des années d'austérité, de pandémie et de crise économique continue à se battre.

"Si la monarchie représente le statu quo, le statu quo n'est pas nécessairement bon, en termes générationnels, pour une certaine partie de la population", explique M. Prescott. "Si cela continue, cela pourrait être un problème pour beaucoup d'institutions nationales dans 20 ou 30 ans."

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