Nouvelle crise franco-italienne : Rome demande des excuses

Antonio Tajani, le ministre italien des Affaires étrangères a annulé sa visite en France
Antonio Tajani, le ministre italien des Affaires étrangères a annulé sa visite en France Tous droits réservés Gregorio Borgia/Copyright 2023 The AP. All rights reserved
Par euronews avec AFP
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En réaction aux propos du ministre de l'Intérieur français critiquant l'incapacité de l'Italie à juguler les flux migratoires, le ministre italien des Affaires étrangères a demandé vendredi des excuses à la France.

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La question migratoire a de nouveau provoqué un refroidissement diplomatique entre Rome et Paris. C'est le ministre de l'Intérieur français qui a cette fois mis le feu aux poudres lors d'une déclaration sur les ondes de la radio RMC.

Accusé par le chef du Rassemblement national d'inaction face aux flux migratoires à la frontière frano-italienne, Gérald Darmanin a vertement critiqué le gouvernement d'extrême droite de Giorgia Meloni, incapable selon lui de juguler la crise migratoire actuelle.

"Oui, il y a un afflux de personnes migrantes et notamment de mineurs" dans le sud de la France, a reconnu le ministre français, mais d'en rejeter la faute sur Rome : "La vérité, c'est qu'il y a en Tunisie (...) une situation politique qui fait que beaucoup d'enfants notamment remontent par l'Italie et que l'Italie est incapable (...) de gérer cette pression migratoire".

"Meloni, c'est comme Le Pen, elle se fait élire sur +vous allez voir ce que vous allez voir+ et puis ce qu'on voit c'est que ça (l'immigration) ne s'arrête pas et que ça s'amplifie", a poursuivi le ministre français. Selon lui, la cheffe du gouvernement italien est confrontée à "une très grave crise migratoire".

La réaction de Rome face à cette attaque en règle ne s'est pas faite attendre : le chef de la diplomatie italienne, qui était attendu jeudi soir à Paris pour une rencontre avec son homologue Catherine Colonna, a aussitôt annulé sa venue. Vendredi, il a réclamé des excuses à la France.

"C'est une insulte gratuite et vulgaire adressée à un pays ami, allié" et "quand quelqu'un offense de façon gratuite une autre personne le minimum est qu'elle présente ses excuses", a estimé Antonio Tajani dans un entretien au quotidien Il Corriere della Sera.

"Catherine Colonna (la ministre française des Affaires étrangères) m'a appelé deux fois, pour me dire qu'elle était désolée, elle a été très cordiale", a assuré Antonio Tajani, tout en estimant que les explications de Paris restaient "insuffisantes".

"Il s'agit d'une attaque à froid, un coup de poignard dans le dos de la part d'un membre de premier plan du gouvernement français. Il y a des choses qu'on ne peut ignorer. Le reste de l'exécutif de Macron cependant ne pense certainement pas comme Darmanin", a insisté M. Tajani.

Face à l'escalade, Paris a tenté de calmer le jeu, le Quai d'Orsay "espérant" que la visite serait "reprogrammée rapidement"

"Le gouvernement français souhaite travailler avec l'Italie pour faire face au défi commun que représente la hausse rapide des flux migratoires", avait indiqué plus tôt le ministère français des Affaires étrangères dans la foulée des propos de M. Darmanin.

La relation bilatérale est "fondée sur le respect mutuel, entre nos deux pays et entre leurs dirigeants", a également souligné le Quai d'Orsay.

Plus de 42 000 personnes sont arrivées par la Méditerranée en Italie cette année

L'immigration est depuis des années un sujet ultra-sensible dans les relations franco-italiennes.

En novembre, les deux pays avaient connu une forte poussée de fièvre lorsque le gouvernement Meloni, à peine au pouvoir, avait refusé de laisser accoster un navire humanitaire de l'ONG SOS Méditerranée qui avait fini par être accueilli par la France à Toulon (sud) avec plus de 200 migrants à bord.

L'épisode avait suscité la colère de Paris qui avait convoqué une réunion européenne pour que ce scénario inédit ne se reproduise pas.

Depuis, les traversées clandestines par bateaux s'accentuent avec l'essor d'un nouveau couloir maritime entre la Tunisie et l'Italie, en première ligne aux portes de l'Europe.

Selon le ministère italien de l'Intérieur, plus de 42 000 personnes sont arrivées par la Méditerranée en Italie cette année contre environ 11 000 sur la même période en 2022.

Dans ce contexte, la Première ministre française Elisabeth Borne a annoncé fin avril la mobilisation de 150 policiers et gendarmes "supplémentaires" pour faire "face à une pression migratoire accrue à la frontière italienne" ainsi que la création d'une "border force", une force aux frontières.

"En Australie, ça marche très bien", a défendu jeudi Gérald Darmanin : "A la frontière, on interpelle les personnes et on leur fait passer des contrôles d'identité".

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Selon l'Organisation internationale pour les migrations des Nations unies, le premier trimestre de 2023 a été le plus meurtrier pour les migrants en Méditerranée depuis 2017.

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