Découvrez l'organisation caritative israélienne qui soutient les Palestiniens en pleine guerre à Gaza

Un jeune Palestinien est conduit en voiture à un rendez-vous médical en Israël.
Un jeune Palestinien est conduit en voiture à un rendez-vous médical en Israël. Tous droits réservés Road to Recovery
Par Saskia O'Donoghue
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Cet article a été initialement publié en anglais

Depuis des années, Road to Recovery aide les Palestiniens à se rendre à leurs rendez-vous médicaux de l'autre côté de la frontière, en Israël, mais l'attaque du Hamas, le 7 octobre, a rendu le travail de ses bénévoles beaucoup plus difficile.

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En 1993, le frère de Yuval Roth a été tué par le Hamas. Mais plutôt que de considérer les Palestiniens comme dangereux, il a rejoint le Forum Parents Circle-Families, un groupe réunissant des Israéliens et des Palestiniens qui ont perdu des membres de leur famille dans le conflit israélo-palestinien.

En 2006, un membre palestinien de ce forum s'est adressé à Yuval Roth pour lui demander de l'aider à transporter un membre de sa famille malade à l'hôpital Rambam, dans la ville israélienne de Haïfa.

Depuis des années, les citoyens palestiniens ne sont admis en Israël que dans des cas humanitaires exceptionnels. Et un certain nombre d'Israéliens souhaitaient rendre le voyage hors des territoires palestiniens moins difficile pour les personnes touchées par des circonstances personnelles extrêmes.

Yuval Roth accepta de conduire ce Palestinien à son rendez-vous et a commencé à recruter certains de ses amis pour qu'ils l'aident également. Peu après, il a reçu un don de l'auteur-compositeur Leonard Cohen.

Yuval Roth, en 2009
Yuval Roth, en 2009Road to Recovery

Fort de ce soutien, Yuval Roth a décidé de transformer son collectif de bénévoles en une organisation à but non lucratif, et Road to Recovery a été officiellement fondée en 2010.

En 2018, le groupe comptait près de 2 000 bénévoles. Au total, ils ont effectué plus de 20 000 déplacements de patients ayant besoin de tout, de la dialyse à la greffe d'organe, au cours de cette seule année. Le fondateur de l'organisation dit qu'il considère ce travail comme un acte de réconciliation en l'honneur de son frère.

Mais depuis l'attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre, qui a fait quelque 1 200 morts, tout a changé.

Quatre bénévoles de Road to Recovery ont été tués dans l'attaque ; deux autres, Oded Lifschitz, 83 ans, et Chaim Peri, 79 ans, sont toujours retenus en otage à Gaza.

Yael Noy, directrice générale de Road to Recovery.
Yael Noy, directrice générale de Road to Recovery.Road to Recovery

Les bombardements et l'invasion de la bande de Gaza par Israël, qui ont fait plus de 20 000 victimes, signifient que Road to Recovery ne peut plus venir en aide aux personnes qui y vivent.

Yael Noy, directrice générale de l'organisation caritative, explique qu'en dépit de ces restrictions, Road to Recovery peut continuer à travailler en Cisjordanie, mais qu'il y a moins de points de contrôle ouverts aujourd'hui.

Les bénévoles conduisent actuellement environ 140 personnes par jour dans les hôpitaux israéliens.

Si les effectifs ont diminué - les travailleurs du centre de coordination de Noy étaient 17 avant la guerre et ne sont plus que "8 ou 9" aujourd'hui -, de nombreux Israéliens sont toujours désireux d'aider ceux qui se trouvent de l'autre côté de la frontière.

"Tout a changé en Israël le 7 octobre", explique la directrice générale à Euronews.

"Mais à partir du 8 octobre, notre organisation a continué à faire ce qu'elle faisait", ajoute-t-elle.

"Certains volontaires ont été tués et nous avons quelques volontaires qui sont encore kidnappés"
Yael Noy
Directrice générale de Road to Recovery

Yael Noy nous a déclaré qu'elle recevait des appels quotidiens d'Israéliens qui souhaitaent contribuer aux efforts de l'organisation caritative.

Malgré la douleur et la souffrance, ces personnes considèrent les Palestiniens dans le besoin comme des êtres humains et comprennent qu'ils ne sont pas tous affiliés au Hamas.

Mais ce n'est pas ce que tout le monde pense.

"De nombreux Israéliens pensent que tous les habitants de Gaza sont affiliés au Hamas, qu'il s'agisse d'un petit enfant ou d'une vieille dame", rappelle Yael Noy, "Ils disent que c'est la guerre, que nous sommes ennemis et que nous ne pouvons pas aider l'ennemi maintenant. Mais des deux côtés, il y a des gens bons et des gens mauvais".

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Bien que Yael Noy affirme qu'elle et ses bénévoles se sentent rarement en danger, elle confie à Euronews qu'elle craint que le jour ne vienne où ils devront faire face à des agressions de la part de personnes opposées à leur travail.

Un père palestinien et sa fille sont conduits à un rendez-vous médical en Israël.
Un père palestinien et sa fille sont conduits à un rendez-vous médical en Israël.Road to Recovery

"Nous n'en sommes pas encore là", se reprend-elle.

"Après avoir parlé à la presse au début de la guerre, j'ai reçu des appels téléphoniques provenant de numéros bloqués. Ils m'ont dit des mots très durs, des choses violentes qu'ils voulaient me faire. Certaines personnes resteraient chez elles après un tel incident, car c'est plus facile, mais moi, je ne peux pas".

Yael Noy vit aujourd'hui dans le nord d'Israël, près du Liban, mais elle a grandi dans un kibboutz.

Ses parents vivaient dans le kibboutz Alumim, l'une des communautés attaquées par le Hamas, et sont aujourd'hui déplacés.

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Pour rendre le conflit encore plus personnel, deux des neveux de Yael Noy ont combattu à Gaza dans le cadre de la réponse d'Israël aux attaques d'octobre.

"Je ne sais pas dans combien de temps la paix arrivera, mais j'espère que ce sera bientôt parce que la situation ne peut pas empirer. Nous devons rester optimistes"
Yael Noy
Directrice générale de Road to Recovery

Pour beaucoup d'Israéliens, le sort des habitants de Gaza est assez étranger.

"Les médias locaux", explique notre interlocutrice, "couvrent rarement les milliers de morts et le manque de nourriture, d'électricité et d'eau dont souffrent des millions de Palestiniens."

"Ils doivent ouvrir les yeux et écouter. La majorité ne sait rien de tout cela. Même ceux qui le savent ne veulent pas en parler ici".

Yuval Roth, le fondateur de l'association, photographié conduisant des Palestiniens à des rendez-vous médicaux.
Yuval Roth, le fondateur de l'association, photographié conduisant des Palestiniens à des rendez-vous médicaux.Road to Recovery

Road to Recovery ne reçoit aucun financement du gouvernement et le volume des dons des Israéliens a chuté depuis le début du conflit. Pourtant, Yael Noy parvient à garder la foi, même si son organisation caritative reste en colère contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son cabinet.

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"Je ne suis pas une politicienne. Je ne sais pas ce que le gouvernement peut faire. Mais je sais ce dont mon organisation a besoin. Nous tenons une petite bougie de lumière dans cette terrible région et nous avons besoin du soutien du monde entier", dit-elle.

"Nous avons besoin du soutien du monde entier, parce qu'en Israël, personne ne nous soutiendra maintenant".

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