À la suite de la plus grande enquête anticorruption de sa présidence, Volodymyr Zelensky a procédé à un remaniement important du gouvernement et de son cabinet, avec une série de licenciements et de nominations à des postes politiques et sécuritaires de haut niveau.
Le chef du service de sécurité d’Ukraine (SBU), Vasyl Maliouk, a démissionné lundi, dans le cadre d'un vaste remaniement du gouvernement et du cabinet présidentiel.
Connu pour être le cerveau de certaines des opérations de sécurité ukrainiennes les plus réussies, Maliouk restera au SBU et se concentrera sur les "opérations asymétriques contre la Russie", selon le président ukrainien Volodymyr Zelensky.
Le chef de l'État a déclaré qu'il avait chargé Maliouk de faire de ces opérations "les plus puissantes du monde".
"Les ressources nécessaires et le soutien politique sont réunis", a déclaré Zelensky au milieu d'une série de licenciements et de nominations, remodelant ainsi le paysage politique à Kyiv.
Maliouk est à l'origine de l'opération sans précédent "toile d'araignée", au cours de laquelle le SBU a détruit plus d'un tiers des porte-missiles russes dans le cadre d'une attaque coordonnée de drones visant différents aérodromes russes situés à des milliers de kilomètres les uns des autres.
En décembre dernier, le SBU a rapporté que ses drones navals Sea Baby avaient frappé un sous-marin russe de classe Varchavianka dans le port de Novorossiïsk, marquant ainsi la première attaque de drones sous-marins reconnue publiquement.
Sous la direction de Maliouk, les services de sécurité ukrainiens ont également participé à de multiples attaques sur le pont de Kertch, construit illégalement entre la Crimée occupée par la Russie et la ville russe de Krasnodar.
Yevhenii Khmara, chef de l'unité d'opérations spéciales Alpha du SBU, assurera l'intérim. Officier expérimenté et très respecté des forces spéciales, il sert au sein de l'unité Alpha depuis 2011 et en a été nommé commandant en 2023.
Zelensky poursuit son vaste remaniement
La démission de Maliouk n'est pas la seule conséquence du dernier remaniement du président ukrainien.
Il y a quelques jours, Zelensky a nommé Kyrylo Boudanov, chef du renseignement militaire, à la tête de l'administration présidentielle. Il a ensuite reconduit Oleh Ivachtchenko, ancien chef du service de renseignement extérieur, à la tête de l’agence de renseignement militaire HUR, en remplacement de Boudanov.
Mykhaïlo Fedorov, ancien ministre ukrainien de la Transformation numérique, a été nommé ministre de la Défense.
Lundi, Zelenskyy a indiqué sur X avoir également rencontré l'ancien ministre des Affaires étrangères, Dmytro Kouleba. Sa mission exacte n'a pas été précisée, mais le président a affirmé qu’il faisait désormais "partie de l'équipe de l'Ukraine".
L'enquête anticorruption et la démission d'Andriy Yermak, ancien chef du cabinet du président, ont été les principaux moteurs de ce remaniement majeur.
Yermak n'a jamais été formellement inculpé ni directement impliqué dans l'enquête sur la corruption ou dans le scandale concernant l'entreprise publique d’énergie nucléaire, Energoatom.
Pourtant, cette affaire, la plus importante de la présidence de Zelensky, a entraîné d'importants changements politiques, forçant le président ukrainien à se distancer des personnes impliquées ou potentiellement concernées.
Yermak aurait entretenu des relations de travail tendues avec Boudanov et Fedorov et, selon des sources ukrainiennes, aurait même tenté de remplacer temporairement le chef du HUR.
Il se serait ensuite heurté à Kouleba, qu'il aurait limogé pour le remplacer par Andriy Sybiha, son ancien adjoint.
Depuis lors, Yermak a de facto assumé le premier rôle diplomatique de l'Ukraine, menant les négociations les plus importantes et accompagnant Zelensky lors des réunions cruciales, souvent en l'absence de Sybiha.
Le retour de Kouleba et la nomination de Boudanov à la tête de la présidence apparaissent comme des signaux clairs : Zelensky prend ses distances avec Yermak et ses choix politiques.
Boudanov dirigera désormais de manière effective la délégation ukrainienne dans les négociations sur la fin de la guerre contre la Russie, les garanties offertes par les États-Unis et leurs partenaires, ainsi que sur d'autres questions de sécurité.
Il bénéficie d'une excellente réputation au sein de l'armée et de la société civile ukrainiennes et maintient des canaux de communication ouverts avec les États-Unis, et même avec la Russie.
Boudanov a déjà échangé avec le Kremlin sur les questions d’échanges de prisonniers et a participé à des entretiens en tête-à-tête aux Émirats arabes unis dans le cadre des récentes initiatives diplomatiques menées par la nouvelle équipe américaine.