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Raids de l'ICE dans le Minnesota : "C'est comme l'Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale"

Un manifestant est assis dans la rue, les bras levés, devant des agents fédéraux à Minneapolis, le samedi 24 janvier 2026. (Alex Kormann/Star Tribune via AP)
Un manifestant est assis dans la rue, les bras levés, devant des agents fédéraux à Minneapolis, le samedi 24 janvier 2026. (Alex Kormann/Star Tribune via AP) Tous droits réservés  AP Photo
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Par Christina Thykjaer
Publié le
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La communauté latino du Minnesota a peur. Désormais, les habitants sont confrontés à des raids incessants, qu'importe s'ils sont aux États-Unis légalement. La peur contraint même les enfants à ne plus se rendre à l'école et a un impact négatif sur l'économie.

La communauté latino du Minnesota traverse l'un des moments les plus critiques de son histoire. Après des semaines d'intenses manifestations contre la police de l'immigration (ICE) de Donald Trump, la peur s'est installée dans les quartiers, les écoles et les centres communautaires de cet État du Nord du pays.

Les arrestations massives, les raids, les contrôles et la présence constante d'agents armés ont transformé la vie quotidienne de milliers de familles immigrées, dont beaucoup ont un statut légal ou la citoyenneté états-unienne.

"Nous sommes passés de la peur à la paralysie totale", résume Grecia Lozano, porte-parole et cofondatrice de Latino Voices Minnesota, une organisation qui apporte un soutien aux migrants dans le sud-ouest de l'État. "C'est bien pire que ce que nous avons connu pendant la Covid-19. Les gens ne veulent même plus regarder par la fenêtre."

Des raids sans précédent dans le Minnesota

Tout a commencé le 1er décembre, lorsque l'administration fédérale a lancé l'opération "Metro Surge", un déploiement massif d'agents de l'ICE et de la patrouille frontalière dans le Minnesota. Depuis lors, selon les organisations locales et les autorités de l'État, la présence fédérale s'est accrue de manière exponentielle.

Pour Ana Pottratz Acosta, professeur de droit à l'université du Minnesota, cette offensive s'inscrit dans un contexte de violations systématiques des droits fondamentaux. "Nous avons constaté de nombreuses violations des droits constitutionnels, en particulier du quatrième amendement", a-t-elle déclaré dans une interview accordée à Euronews. "Les agents pénètrent dans les maisons sans mandat, ce qui est clairement anticonstitutionnel."

C'est comme l'Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale. Il n'y a pas d'autre façon de résumer la situation
Grecia Lozano
Porte-parole et cofondatrice de Latino Voices Minnesota

Ana Pottratz Acosta souligne également que nombre de ces actions reposent sur des ordonnances administratives émises par les agences fédérales elles-mêmes. "Une ordonnance administrative n'a pas la même valeur qu'une ordonnance signée par un juge, même si le gouvernement agit comme si c'était le cas", explique-t-elle.

Conséquences mortelles et allégations d'abus constitutionnels

Ces dernières semaines, cette répression a eu des conséquences mortelles. Quelques jours seulement après l'assassinat de Renee Nicole Good, abattue par un agent de l'immigration, Alex Pretti a lui aussi été tué par un agent fédéral à Minneapolis. Ces deux décès ont porté les tensions politiques et sociales à leur paroxysme.

D'un point de vue juridique, Ana Pottratz Acosta s'interroge sur la justification du recours à la force meurtrière. "Ils n'étaient pas des manifestants. Il s'agissait d'observateurs légaux formés par la communauté pour observer et enregistrer les abus", explique-t-elle. "Observer et filmer la police est un droit protégé par le premier amendement. Il n'y avait aucune justification légale à l'utilisation de la force létale contre ces personnes", assure la professeure.

Le Minnesota tient tête au gouvernement fédéral

En réaction, l'État du Minnesota et les villes de Minneapolis et de Saint-Paul ont intenté une action en justice contre le ministère de la sécurité intérieure (DHS), dénonçant une violation sans précédent de la Constitution et des droits civils.

Le procureur général démocrate de l'État, Keith Ellison, a déclaré lors d'une conférence de presse que le Minnesota est confronté "à un abus constitutionnel totalement nouveau". "Personne ne se souvient avoir vu une telle chose", a-t-il jugé.

Cette action en justice est également soutenue par les procureurs généraux de 19 États et du district de Columbia, qui ont présenté un mémoire à l'appui avertissant que, si rien n'est fait pour l'en empêcher, le gouvernement fédéral pourrait réitérer ces pratiques dans d'autres États.

Lors d'audiences tenues cette semaine devant le tribunal fédéral de Minneapolis, un juge a entendu les arguments de l'État et des autorités locales, qui demandent la suspension de l'opération "Metro Surge". À l'heure où nous écrivons ces lignes, le juge n'a pas encore rendu sa décision finale et la procédure judiciaire reste ouverte pendant que les deux parties présentent leurs arguments.

La peur s'installe dans la vie de tous les jours

Alors que la bataille juridique fait rage dans les tribunaux, l**'**impact dans les quartiers est immédiat. Selon Grecia Lozano, l'ICE ne fait plus de distinction. "Désormais, il ne s'agit pas de savoir si vous avez des papiers, mais si vous êtes latino", explique-t-elle à Euronews.

Ana Pottratz Acosta confirme cette perception en sa double qualité d'avocate et de membre de la communauté concernée. "Toutes les personnes aux États-Unis, quel que soit leur statut d'immigration, ont des droits fondamentaux en vertu de la Constitution", rappelle-t-elle. Cependant, elle prévient que, dans la pratique, des détentions basées sur le profilage racial ont lieu. "Nous assistons à des interpellations et à des détentions fondées sur le profilage racial, et non sur des soupçons réels", assure l'experte.

Ces dernières semaines, des immigrés sans papiers, des personnes en cours de procédure judiciaire, des résidents permanents et même des citoyens états-uniens ont été arrêtés. Certaines de ces personnes sont portées disparues pendant des heures sans que leurs familles ne sachent où elles se trouvent. "Cela génère une panique qui paralyse toute la communauté", dénonce Grecia Lozano.

Les enfants privés d'école

Ces raids de l'ICE ont également un effet immédiat sur les enfants. Car de nombreuses familles ont cessé de les envoyer à l'école, par crainte qu'ils soient arrêtés en cours de route ou aux arrêts de bus. Certains enfants n'ont pas quitté la maison depuis plus de trois semaines.

Les écoles du district ont mis en garde contre une augmentation significative de l'absentéisme, tandis que les organisations communautaires tentent de trouver des solutions pour empêcher les enfants de manquer les cours.

L'enseignante dénonce également une pratique qui, selon elle, nuit gravement à la défense juridique des détenus : les transferts hors de l'État. "Le gouvernement transfère les détenus en quelques heures pour éviter que les tribunaux du Minnesota soient compétents", explique-t-elle. "L'habeas corpus devient une course contre la montre pour les avocats."

Pendant ce temps, dans les quartiers, la réponse est l'auto-organisation. Des groupes de voisins échangent des alertes sur la présence de véhicules de l'ICE, surveillent les arrêts de bus scolaires et s'avertissent mutuellement de tout mouvement suspect. "Même si quelqu'un reçoit un visiteur, il alerte le voisinage pour éviter la panique", explique Grecia Lozano.

Ana Pottratz Acosta défend la légitimité de ces réseaux communautaires face aux critiques qui les accusent de fomenter des tensions. "Les groupes communautaires ne font qu'avertir leur communauté avec des sifflets pour que les gens restent chez eux. Ce n'est pas de la violence, c'est de l'autoprotection", affirme-t-elle.

Mais malgré ces raids de l'ICE, toute cette solidarité "nous rappellent que cet État est aussi notre maison", lâche Grecia Lozano. Lorsqu'on lui demande de résumer en une phrase ce que vivent aujourd'hui les communautés latinos du Minnesota, elle n'hésite pas : "L'Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale. Il n'y a pas d'autre façon de le résumer".

Chaque jour, explique-t-elle, elle écrit à ses amis et à sa famille pour s'assurer qu'ils sont toujours en sécurité. Le message qu'elle répète tous les matins et tous les soirs est le suivant : "Faites-moi un rapport, dites-moi que vous allez bien."

Les villes à l'arrêt

Les organisations d'aide humanitaire n'ont pas été épargnées non plus. Les centres communautaires et les centres locaux qui distribuent de la nourriture ou des produits de première nécessité ont reçu la visite d'agents fédéraux munis d'ordonnances administratives sans charges spécifiques.

"Nous avons dû fermer notre bureau et enlever les panneaux portant notre nom pour ne pas attirer l'attention", explique Grecia Lozano. Même un magasin non-latino qui aidait à collecter des dons a été inspecté par des agents fédéraux, uniquement parce qu'il soutenait la communauté immigrée.

La peur affecte donc l'économie locale. Dans les petites villes de moins de 60 000 habitants, plusieurs entreprises ont déjà fermé leurs portes, y compris des entreprises "non-latinos", mais qui dépendent de la main-d'œuvre immigrée. Les restaurants sont sans personnel, les services de nettoyage paralysés et les pertes économiques croissantes.

Sources additionnelles • Rafael Salido y Escarlata Sánchez ont contribué à cet article

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