Invité du journal de 20 heures de Léa Salamé, le président ukrainien a abordé le coût humain de la guerre, les négociations en cours et la position de l’Europe face à la Russie.
Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, s’est exprimé mercredi soir lors d'une édition spéciale du 20 heures de France 2, alors que la guerre en Ukraine entrera bientôt dans la cinquième année.
Le président ukrainien est revenu sur la situation militaire, les perspectives diplomatiques et les pertes humaines subies par son pays depuis l’invasion russe à grande échelle lancée le 24 février 2022.
Visiblement ému, il a fourni des informations rarement communiquées sur le nombre de soldats morts au front. "En Ukraine, officiellement, sur le champ de bataille, le nombre de militaires tués – qu’ils soient militaires de carrière ou mobilisés – est de 55 000. [S’y ajoutent] un grand nombre de personnes que l’Ukraine considère comme disparues", a-t-il déclaré.
Un bilan contesté par plusieurs centres de recherche étrangers, qui estiment le nombre réel de soldats ukrainiens beaucoup plus élevé.
Alors que de nouvelles discussions trilatérales se tiennent à Abou Dhabi, Volodymyr Zelensky a dénoncé ce qu’il considère comme une stratégie de pression de Moscou.
Selon lui, la Russie "veut infliger plus de souffrances aux Ukrainiens pour qu’ils acceptent ce que nos amis américains appellent un “compromis”". Mais, a-t-il ajouté, "il s’agit en réalité d’un ultimatum du Kremlin".
"Si on perd cette guerre, on perd l’indépendance"
Ces déclarations interviennent dans un contexte de nouvelles frappes russes. Mercredi, deux personnes ont été tuées dans une attaque de drone dans la région de Dnipropetrovsk.
La veille, la Russie avait déjà visé les infrastructures énergétiques ukrainiennes, alors que les températures frôlent les -20 °C dans certaines régions.
Sur le plan diplomatique, le président ukrainien a insisté sur l’enjeu existentiel du conflit. "Si on perd cette guerre, on perd tout simplement l’indépendance de notre pays", a-t-il déclaré.
Interrogé sur le rôle des alliés occidentaux, Volodymyr Zelensky a évoqué sa relation avec le président français Emmanuel Macron. "Nous sommes de bons amis, Emmanuel Macron et moi. Il m’a appelé pour me dire qu’il réfléchissait à une reprise du dialogue avec les Russes. Il sait ce que j’en pense. L’intérêt de Poutine, c’est d’humilier l’Europe. Mais c’est très important qu’Emmanuel travaille pour ramener la paix. Ce sera bénéfique pour le monde entier s’il n’y a plus de guerre en Ukraine."
Le président ukrainien a également livré son analyse du rapport de force entre Moscou et les Occidentaux. S’il estime que Vladimir Poutine "n’a pas peur des Européens", c’est, selon lui, parce que "les Européens vivaient dans un monde merveilleux, sécurisé, qu’ils ont construit eux-mêmes".
"L’Europe est très démocratique [...] Voilà d’ailleurs pourquoi l’Ukraine choisit le chemin vers l’Europe", faisant allusion au souhait d'adhérer à l'UE en 2027.
Poutine a peur de Trump mais pas des Européens, selon Zelensky
En revanche, Volodymyr Zelensky considère que le Kremlin "a peur de Trump", estimant que le président américain dispose de "moyens de pression par l’économie, par les sanctions, par les armes".
Mardi, Donald Trump a d’ailleurs appelé Vladimir Poutine à "mettre fin à la guerre", après la reprise de frappes massives sur Kyiv.
Enfin, Volodymyr Zelensky a rappelé que la guerre en Ukraine dépassait, selon lui, les frontières de son pays. "Les pays voisins de l’Ukraine comprennent qu’ils seront les prochaines victimes de Poutine, que la Russie avancera", a-t-il averti_. "Ceux qui en Europe l’ont bien compris aident l’Ukraine de manière très efficace [...] On est tous en train de se battre pour défendre le mode de vie européen."_
Dans ce contexte, l’Union européenne a ouvert mercredi la voie à l’acquisition de davantage d’armes d’origine britannique pour l’Ukraine, dans le cadre d’un prêt de 90 milliards d’euros que 24 États membres souhaitent mettre à disposition de Kyiv. Les Vingt-Sept se sont accordés pour permettre à certains pays tiers, comme le Royaume-Uni, de participer à ce dispositif en échange d’une contribution financière.