Depuis le drame de Crans-Montant, l’État multiplie les contrôles dans les bars et établissements festifs, notamment en sous-sol. Euronews a rencontré des gérants pour comprendre comment ils s’adaptent — entre travaux urgents, paperasse et risque de fermeture.
Dans un bar dansant en sous-sol du centre de Paris, les bougies sont encore allumées sur chaque table.
Les serveurs circulent entre les clients, les deux presque frôlant les décorations inflammables. À l’intérieur, un unique escalier métallique étroit sert d’issue de secours.
À l’entrée, le videur soupire : "Ça m’énerve, ils ne m’écoutent pas. Ils n’ont rien changé depuis l’incendie à Crans-Montana."
La scène illustre les failles persistantes dans certains établissements nocturnes, plusieurs semaines après l’incendie de Crans-Montana, en Suisse, qui a coûté la vie à 41 personnes.
En France, les autorités ont pourtant accéléré les contrôles dans les établissements recevant du public (ERP), notamment les bars et établissements festifs.
Selon une instruction du Ministère de l'Intérieur, 443 établissements ont été contrôlés dans 78 départements. D’après une note transmise à Euronews, des non-conformités ont été relevées dans 195 établissements et 45 fermetures administratives ont été prononcées.
À Paris, 164 établissements ont été contrôlés depuis le 1er janvier selon la Préfecture de Paris.
Au total, 21 établissements festifs comportant un sous-sol ont fait l’objet d’un avis défavorable.
Dans les informations envoyées à Euronews, les mêmes problèmes reviennent souvent : alarmes absentes ou inadaptées, éclairages de sécurité défaillants, issues encombrées, portes non conformes, décorations ou matériaux dont la réaction au feu n’est pas documentée.
À ce stade, aucun de ces établissements épinglés ne fait l’objet d’une fermeture administrative selon la Préfecture de Paris.
Sur le terrain, certains professionnels assurent avoir déjà engagé des changements, d’autres – comme dans ce sous-sol parisien – semblent encore fonctionner “comme avant”, malgré le risque des contrôles inopinés.
Pour des établissements qui vivent de la nuit, la mise en conformité peut se transformer en course contre la montre.
C'est le cas de Virginie, gérante du bar FullMoon à Lille. Dans la nuit du 12 février, les autorités de la Ville de Lille et de la Préfecture du Nord ont procédé à un contrôle inopiné. Son bar a été fermé immédiatement “pour danger grave et imminent”.
Virginie, nous raconte ce que les autorités lui ont reproché de ne pas avoir de système d’alarme, des installations électriques et de la décoration qui ne seraient pas aux normes d’incendie.
"Je ne savais pas que l'alarme était obligatoire, je n'ai jamais eu cette information. Pour ce qui est de l'installation électrique, j'ai tout modifié. Pour la décoration, j'ai fourni l'ensemble des justificatifs qui prouvent que ma décoration est ignifugée", nous assure-t-elle via SMS.
Pour elle, la sécurité des clients doit primer, même si la sanction est dure : "Cela représente un investissement important... La trésorerie que j’avais réussi à faire va être utilisée pour la remise aux normes et ne sera sans doute pas suffisante... C’est une période difficile, mais je prends cela comme une étape nécessaire pour sécuriser pleinement le bar et repartir sur des bases solides."
"Je comprends la mission des autorités en matière de sécurité, j’aurais néanmoins préféré être accompagnée que sanctionnée", explique-t-elle.
À Bourg-en-Bresse, la crainte de ne pas rouvrir
Dans l’Ain, les contrôles surprise ont aussi laissé des établissements à l’arrêt. À Bourg-en-Bresse, le bar La Place Rouge a été immédiatement fermé lors d’une opération menée fin janvier.
Son gérant, Serge Sadefo, énumère ce qui a été pointé par les autorités : "Il y avait une table devant l’issue de secours, j’avais une pile de mon alarme incendie qui était défaillante. Et je devais mettre à jour mon registre de sécurité."
Il rappelle qu’un contrôle en juin 2025 avait déjà signalé des points à corriger : "Il y avait des points à reprendre, j’en avais pris quelques-uns mais pas tous," avoue-t-il dans une interview accordée à Euronews.
La mise aux normes a un prix : entre 6 000 € et 7 000 € selon le gérant. Il espère rouvrir bientôt mais en attendant, la fermeture pèse sur le moral : "Je ne me sens pas bien, puisque mon établissement est fermé, je perds de l’argent."
Et il craint de ne pas tenir si la situation dure : "On n’a pas d’accompagnement, on n’a pas de soutien, on se débrouille, on est livrés à nous-mêmes. Si ça perdure, je vais devoir mettre la clé sous la porte, tout simplement."
Prendre les devants pour éviter la fermeture
D’autres gérants ont choisi d’anticiper, justement pour ne pas subir une fermeture administrative.
Près de Valence dans l'Ardèche, Maxime Ogier, co-gérant du bar Numéro 5, dit avoir été profondément marqué par le drame suisse : "Ça m’a fait réagir, prendre conscience et surtout me faire poser des questions : est-ce que je suis au point ? Donc moi, la première démarche que j’ai pu faire, ça a été de me rapprocher de la mairie," nous raconte-t-il.
Il avait identifié ce qui aurait pu entraîner une fermeture notamment une issue des secours qui devait être rapidement changée.
Il a réalisé des travaux juste avant de se faire contrôler. Son établissement n'a pas subi de fermeture administrative.
Aujourd’hui, il doit encore franchir des étapes, coûteuses : "Les deux choses qui sont à faire, c’est de monter avec l’aide d’un architecte un dossier de demande de travaux ERP (…) et je dois également changer mon type d’alarme d’incendie, parce que je n’avais pas la bonne. Juste l’alarme va me coûter entre 3 000 et 4 000 euros."
Des détails, parfois, mais des détails qui peuvent devenir déterminants quand une salle se remplit et que l’évacuation doit se faire en quelques minutes.
Il observe aussi que les clients ne savent pas toujours quoi vérifier : "Les gens (…) ne savent pas ce qu’ils doivent regarder quand ils rentrent dans un lieu pour se sentir en sécurité."
Même si, depuis le drame, certains posent des questions : "Il y a quelques clients qui m’ont demandé si je suis aux normes, si tout va bien, si j’ai dû mettre en place des choses, etc. (…) mais ça reste très bienveillant."