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La « meilleure économie de l'histoire » ? Les chiffres derrière les fanfaronnades de Trump

Le président Donald Trump lors d’une cérémonie proclamant la "Journée des familles des anges" dans la salle Est de la Maison Blanche, lundi 23 février 2026.
Le président Donald Trump lors d'un événement proclamant la « Angel Family Day » dans l'East Room de la Maison Blanche, lundi 23 février 2026 Tous droits réservés  AP Photo/Evan Vucci
Tous droits réservés AP Photo/Evan Vucci
Par Quirino Mealha
Publié le
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Il y a de fortes chances que le président Trump vante « la meilleure économie de tous les temps » dans son discours sur l’état de l’Union mardi. Mais les données dressent un tableau plus complexe.

La photographie officielle la plus récente de l'économie américaine est arrivée vendredi dernier, le jour même où la Cour suprême a invalidé la plupart des droits de douane de Trump.

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Le Bureau of Economic Analysis (BEA) a publié sa première estimation du PIB réel du quatrième trimestre de l'année dernière, faisant état d'un rythme de croissance annualisé de seulement 1,4 %, bien en deçà des prévisions qui tournaient autour de 2,5 % et en net ralentissement par rapport aux 4,4 % enregistrés au troisième trimestre.

Sur l'ensemble de l'année, le PIB réel a progressé de 2,2 % en 2025, contre 2,8 % en 2024.

Ces chiffres tranchent nettement avec les déclarations du président Trump lors d'un entretien sur Fox Business une semaine plus tôt, où il affirmait : « Je suis populaire et j'ai fait du bon travail. Je pense que nous avons la meilleure économie de toute l'histoire. »

L'institut a toutefois rapidement souligné un bémol important : la fermeture des services fédéraux d'octobre à novembre 2025, la plus longue de l'histoire des États-Unis, aurait, à elle seule, retranché environ 1 point de croissance au quatrième trimestre.

Un peu plus d'une demi-heure avant la publication des chiffres du BEA, le président Trump avait aussi posté un message sur Truth Social, semblant conscient que les données économiques seraient loin d'être idéales et affirmant que le shutdown avait eu un effet négatif deux fois plus important que l'estimation officielle.

« Le shutdown des démocrates a coûté au pays au moins deux points de PIB. Plus de shutdowns ! », a écrit le président Trump.

Le modèle de prévision GDPNow de la Réserve fédérale d'Atlanta évalue désormais la croissance du premier trimestre 2026 à 3,1 %, ce qui laisse penser que l'économie américaine pourrait rebondir à mesure que s'estompent les distorsions liées au shutdown.

Une année résiliente, mais sans éclat

Selon les données du Bureau of Labor Statistics (BLS), la création d'emplois aux États-Unis a été particulièrement faible l'an dernier. L'économie n'a créé en moyenne que 15 000 emplois non agricoles par mois en 2025, contre 168 000 l'année précédente.

La révision de référence du BLS, publiée de concert avec le rapport sur l'emploi de janvier 2026 ce mois-ci, a effacé au total 862 000 postes précédemment attribués à la période allant jusqu'en mars 2025.

Le mois de janvier a toutefois apporté un chiffre plus réjouissant : 130 000 emplois créés, nettement plus que les 55 000 attendus par le consensus et le meilleur chiffre mensuel depuis décembre 2024. Au total, le taux de chômage a légèrement reculé, à 4,3 %.

Sur Truth Social, le président Trump a posté : « DES CHIFFRES DE L'EMPLOI EXCELLENTS, BIEN MEILLEURS QU'ATTENDU ! » et, au regard d'une année durant laquelle le marché du travail s'était en pratique figé, la lecture de janvier constitue effectivement un signal encourageant.

Le vice-président JD Vance prononce un discours mettant en avant l'engagement de l'administration à faire baisser les prix, augmenter les salaires et créer davantage d'emplois bien rémunérés dans l'Ohio, janvier 2026
Le vice-président JD Vance prononce un discours mettant en avant l'engagement de l'administration à faire baisser les prix, augmenter les salaires et créer davantage d'emplois bien rémunérés dans l'Ohio, janvier 2026 Jeremy Wadsworth/The Blade via AP

Un point que le président Trump évoquera peut-être, mais sur lequel il a peu de chances de s'attarder lors de son discours sur l'état de l'Union ce mardi, est le sort de la fonction publique fédérale.

Le BLS confirme que, depuis un pic atteint en octobre 2024, les effectifs fédéraux ont diminué de 327 000 postes, soit 10,9 %.

Rien qu'en janvier 2026, 34 000 fonctionnaires fédéraux supplémentaires sont sortis des effectifs, lorsque les agents ayant accepté des offres de démission différée en 2025 ont officiellement quitté la fonction publique.

Ces départs résultent des efforts délibérés de l'actuelle administration américaine pour réduire les emplois fédéraux.

« Je ne m'en sens pas coupable, car maintenant ils trouvent des emplois dans le secteur privé et gagnent parfois deux fois plus, trois fois plus », a souvent fait valoir le président Trump.

Or, les chiffres de l'emploi ne corroborent pas, à ce stade, cette affirmation.

Le séisme des droits de douane

Quelle que soit l'histoire économique intérieure que Donald Trump choisira de raconter lors de son discours sur l'état de l'Union, elle sera éclipsée par la décision de la Cour suprême rendue vendredi, par 6 voix contre 3, contre ses tarifs douaniers.

Cette décision a annulé des taxes à l'importation qui avaient généré, selon les propres chiffres de l'administration américaine, quelque 129 milliards de dollars (109 milliards d'euros) de recettes spécifiques au titre de l'IEEPA jusqu'en décembre 2025.

Par ailleurs, la question de savoir si les importateurs ont droit à des remboursements reste en suspens.

Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a déclaré ce week-end que d'éventuels remboursements nécessiteraient une décision des tribunaux et que l'administration Trump n'agirait pas unilatéralement.

Quelques heures après la décision, le président Trump a invoqué la section 122 du Trade Act de 1974, une disposition rarement utilisée, pour imposer un droit de douane uniforme de 10 % sur les importations en provenance de tous les pays. Le lendemain, ce taux a été relevé au maximum, à 15 %.

Néanmoins, le tarif entre en vigueur ce mardi au niveau de 10 % et restera en place 150 jours, jusqu'au 24 juillet 2026, avant de nécessiter l'approbation du Congrès pour être maintenu.

Une longue liste d'exemptions concerne les produits énergétiques, les minerais critiques, les produits pharmaceutiques, les voitures particulières, les livres et des produits agricoles, notamment le bœuf et les tomates.

Le Council on Foreign Relations, un groupe de réflexion américain, souligne qu'en l'absence des tarifs fondés sur l'IEEPA, les consommateurs se retrouvent désormais confrontés à un taux moyen de droits de douane effectifs de 9,1 %, son plus haut niveau depuis 1946, hors l'année dernière.

Les experts juridiques s'attendent à ce que le recours à la section 122 soit, à son tour, contesté en justice, cette disposition ayant été conçue pour des « situations d'urgence de balance des paiements » de courte durée plutôt que comme un instrument large de politique commerciale.

Un sondage de l'Associated Press publié ce mois-ci, en collaboration avec le NORC de l'université de Chicago, indique que seuls 39 % des Américains approuvent aujourd'hui la gestion de l'économie par le président Trump.

Ils sont 59 % à la désapprouver, un renversement marqué par rapport à l'avantage politique dont il disposait sur cette question à l'approche de l'élection de 2024.

Lors de son discours sur l'état de l'Union, le président Trump devrait toutefois défendre une lecture tout autre de la situation. Les chiffres laissent néanmoins penser que la démonstration s'annonce difficile.

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