Le président américain Donald Trump a déclaré dimanche que Moscou pouvait envoyer du pétrole à Cuba malgré le blocus de facto de Washington, alors qu'un pétrolier russe transportant 730 000 barils de brut a accosté lundi sur l'île.
Le président américain Donald Trump a déclaré dimanche soir qu'il ne voyait "aucun inconvénient" à ce qu'un pétrolier russe au large de Cuba livre du brut à l'île fortement touchée par un blocus pétrolier américain.
"Il y a un pétrolier [russe] là-bas. Nous ne voyons pas d'inconvénient à ce que [Cuba] reçoive une cargaison par bateau parce que [la population] en a besoin, elle doit survivre", a déclaré Donald Trump à la presse alors qu'il reprenait l'avion pour Washington.
Le président américain était alors interrogé sur la véracité d'une information du New York Times selon laquelle le pétrolier serait autorisé à se rendre à Cuba.
"Je leur ai dit : 'Si un pays veut envoyer du pétrole à Cuba en ce moment, je n'ai aucun problème, qu'il s'agisse de la Russie ou non'", a-t-il précisé.
Cuba au bord du gouffre
L'Anatoly-Kolodkin, un pétrolier russe sous sanctions qui transporte 730 000 barils de brut, était au large du nord-est de Cuba dimanche soir et aurait accosté lundi matin dans le port occidental de Matanzas, selon l'agence de presse russe TASS, citant le ministère russe des Transports.
L'Anatoly-Kolodkin fait l'objet de sanctions de la part des États-Unis, de l'Union européenne et du Royaume-Uni à la suite de l'invasion de l'Ukraine par la Russie au début de l'année 2022. Le pétrolier a été escorté par un navire de la marine russe à travers la Manche avant que les deux navires ne se séparent dans l'océan Atlantique, selon la marine royale britannique.
Il s'agit de la première cargaison de pétrole à destination de l'île depuis janvier, ce qui soulagerait temporairement ce pays de 9,6 millions d'habitants, qui connaît une crise énergétique et économique de plus en plus grave.
Le département du Trésor américain avait explicitement interdit à La Havane de recevoir des livraisons de pétrole russe dans une licence générale publiée le 20 mars, ajoutant Cuba à la liste des pays interdits de transactions impliquant du pétrole russe. Les commentaires de Donald Trump dimanche semblent inverser cette politique.
Les sanctions américaines interrompant les livraisons de pétrole ont considérablement affecté les habitants de Cuba, qui ont souffert de coupures d'électricité quotidiennes et d'une pénurie de ressources de base alors que l'île est poussée au bord de l'effondrement.
Les experts estiment que la cargaison prévue pourrait produire environ 180 000 barils de diesel, soit suffisamment pour répondre à la demande quotidienne de Cuba pendant neuf ou dix jours.
Trump réitère ses menaces à l'encontre des dirigeants cubains
Si cette cargaison pourrait soulager quelque peu la population cubaine, Donald Trump a cependant renouvelé ses menaces à l'encontre du gouvernement de l'île, prédisant qu'il s'effondrerait "dans un court laps de temps".
"Cuba est fini, son régime est mauvais, ses dirigeants sont très mauvais et corrompus, et qu'ils reçoivent ou non un bateau de pétrole n'aura pas d'importance", a déclaré le président américain.
"Je préférerais le laisser entrer, qu'il s'agisse de la Russie ou de n'importe qui d'autre, parce que les gens ont besoin de chauffage, de climatisation et de toutes les autres choses dont ils ont besoin".
Cuba a perdu son principal allié régional et fournisseur de pétrole en janvier lorsque les forces américaines se sont emparées de Nicolás Maduro au Venezuela. Donald Trump a ensuite menacé d'imposer des droits de douane à tout pays envoyant du pétrole à Cuba et a envisagé de "prendre" l'île.
"En peu de temps, elle va échouer et nous serons là pour l'aider à s'en sortir", a-t-il déclaré dimanche. "Nous serons là pour aider nos grands Américains d'origine cubaine qui ont été chassés de Cuba et dont les proches ont été mutilés et tués par [Fidel] Castro".
Le président Miguel Diaz-Canel a imposé des mesures d'urgence pour économiser le carburant, notamment un rationnement strict de l'essence. Il a prévenu ce mois-ci que "tout agresseur extérieur se heurtera à une résistance inébranlable".
Les organisations humanitaires se mobilisent
Cuba a condamné les restrictions américaines en les qualifiant de blocus illégal et a rendu Washington responsable de la crise humanitaire. L'île est soumise à un embargo commercial américain depuis 1962, qui, selon Cuba, a coûté des centaines de milliards de dollars à son économie.
Les dirigeants de plusieurs pays et organisations sociales ont averti que Cuba pourrait être au bord d'une crise humanitaire, tandis que des pays comme le Mexique, la Chine, le Brésil et l'Italie, ainsi que des groupes non gouvernementaux des États-Unis, ont envoyé de l'aide.
Le gouvernement intérimaire du Venezuela, dirigé par la vice-présidente Delcy Rodriguez, qui a prêté serment après la capture de Nicolás Maduro, n'a pas commenté publiquement la crise énergétique à Cuba.
L'administration Trump a déclaré qu'elle continuait à travailler avec le gouvernement de Delcy Rodriguez sur la transition du Venezuela.