Dans une lettre adressée samedi à la présidente de la Commission européenne, Pedro Sánchez dénonce un manque de solidarité des Vingt-Sept, qu’il attribue à des "préjugés", à la désinformation et à des attaques motivées par des intérêts politiques.
Pedro Sánchez a adressé une lettre à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et au président du Conseil européen, Antonio Costa, pour faire part de son mécontentement face aux réactions de certains gouvernements européens après la crise migratoire qui a touché Ceuta ces derniers jours.
Datée de samedi, cette lettre intervient après que le chef du gouvernement espagnol a qualifié l’arrivée irrégulière de milliers de personnes en provenance du Maroc d’"attaque" et de "violation de l’intégrité territoriale" de l’Espagne.
Dans cette lettre, le président du gouvernement espagnol estime que la réaction des partenaires européens a été, selon ses propres termes, "très inégale". Alors que la majorité des pays ont exprimé leur soutien à Madrid et proposé leur aide, d’autres ont choisi de critiquer l’Espagne, allant jusqu’à réclamer sa suspension temporaire de l’espace Schengen.
Pedro Sánchez ne cite aucun pays ni aucun dirigeant, mais ses propos visent clairement la position défendue par la Première ministre italienne Giorgia Meloni. Le chef du gouvernement espagnol attribue ces réactions à des préjugés, à des informations erronées, à une méconnaissance de la situation ou à des considérations politiques, dénonçant des positions "égoïstes", "polarisantes" et contraires au droit européen.
Sánchez rappelle également, en s’appuyant sur des données de Frontex, que la frontière extérieure espagnole figure parmi les moins franchies de l’Union européenne. Selon lui, le nombre d’entrées irrégulières enregistrées entre 2021 et 2026 représente la moitié de celui observé en Italie sur la même période.
À travers cet argument, le président du gouvernement espagnol cherche à contester l’idée selon laquelle Ceuta constituerait une faille du dispositif frontalier espagnol et met en cause la cohérence de ceux qui réclament des sanctions contre Madrid.
La gestion de la crise ces dernières heures
Dans sa lettre, le président du gouvernement espagnol défend la réponse apportée par ses services au cours de l’urgence. Il affirme qu’en moins de 48 heures, les autorités sont parvenues à reprendre le contrôle de la frontière, à fournir une aide humanitaire aux personnes entrées sur le territoire et à procéder au retour de la quasi-totalité des migrants arrivés de manière irrégulière.
Pedro Sánchez souligne que ces opérations ont été menées en coordination avec les autorités marocaines et avec un soutien limité d’autres pays européens. Il estime que cette gestion s’inscrit dans une politique migratoire qui a permis à l’Espagne de réduire de manière significative les arrivées irrégulières ces dernières années.
La lettre rappelle également que cette même approche a permis à Madrid de coopérer avec ses partenaires européens lorsqu’ils ont été confrontés à des crises similaires, notamment lors de la crise migratoire à la frontière entre la Biélorussie et plusieurs pays d’Europe de l’Est en 2021, ou encore lors de l’afflux massif de migrants à Lampedusa en 2023.
Demande de réunion d’urgence
Le président du gouvernement espagnol demande officiellement au Conseil européen de convoquer dans les meilleurs délais une visioconférence extraordinaire réunissant les ministres de l’Intérieur des États membres. Selon lui, cette réunion devrait permettre de définir une réponse commune face à ce type de situation et de rappeler que la protection des frontières extérieures de l’Union européenne constitue une responsabilité partagée par l’ensemble des États membres, et pas seulement par les pays situés en première ligne.
Pedro Sánchez conclut sa lettre en appelant Ursula von der Leyen à faire preuve de leadership afin que l’Union européenne apporte, selon ses termes, une réponse « rapide, efficace et coordonnée » aux événements survenus à Ceuta.
Une lettre signée par 22 dirigeants européens sur la situation à Ceuta
L’Italie et le Danemark ont également cosigné une lettre avec 22 dirigeants européens appelant à la tenue d’une réunion d’urgence. Les signataires estiment que l’Europe doit dissuader et combattre fermement l’immigration irrégulière, en coordonnant ses actions, en renforçant ses frontières extérieures et en réexaminant ses politiques migratoires.
La lettre est signée par les présidents ou Premiers ministres de l’Italie, du Danemark, de l’Autriche, de la Belgique, de la Bulgarie, de Chypre, de la Croatie, de la République tchèque, de l’Estonie, de la Finlande, de l’Allemagne, de la Grèce, de la Hongrie, de la Lettonie, de la Lituanie, de Malte, des Pays-Bas, de la Pologne, de la Roumanie, de la Slovénie, de la Slovaquie et de la Suède.
Les dirigeants avertissent que des franchissements massifs et incontrôlés des frontières, ou l’instrumentalisation de la migration, pourraient donner l’impression qu’une entrée illégale peut conduire à un séjour légal. Selon eux, cela encouragerait de nouvelles tentatives d’arrivée et affaiblirait la confiance dans la politique migratoire commune de l’Union européenne.
Ils soulignent également l’importance d’une mise en œuvre rapide de la déclaration de Chisinau sur la migration et saluent la coopération entre l’Espagne et le Maroc concernant le retour des migrants.
Ils demandent ainsi à la présidence irlandaise de l’Union européenne de convoquer rapidement une visioconférence extraordinaire des ministres de l’Intérieur, comme l’avait également demandé Pedro Sánchez, afin d’évaluer collectivement la situation.