"Il est important de signaler qu'ils ne faisaient pas un travail illégal", a assuré Reporters Sans Frontières. L'ONG appelle à leur libération immédiate.
Cela fait désormais trois jours que les deux journalistes français Gaël Mocaër et Sébastien Perez Pezzani, ainsi que leur fixeur Fred Vedomey, ont été placés en détention provisoire par les autorités togolaises pour "fausses déclarations".
Reporters sans Frontière (RSF), qui a rendu publique leur identité ce mercredi 19 août, a dénoncé une procédure aussi "injustifiée que disproportionnée" et a demandé leur libération immédiate.
Une demande d’autant plus urgente, selon l’organisation, que l’état de santé de l’un des deux journalistes suscite des inquiétudes. "De ce que nous savons aussi, c'est l'enjeu de la maladie de Sébastien [Perez Pezzani], qui souffrirait d'une maladie et c'est l'une des raisons pour laquelle nous insistons particulièrement pour qu'ils puissent être libérés", souligne Sadibou Marong, directeur du bureau de l’Afrique Sub-saharienne pour l’ONG RSF.
"Il risque une septicémie", précise Patrice Lucchini, directeur général de Tony Comiti Production, entreprise pour laquelle les deux journalistes travaillaient. Il cite le "rapport d'un médecin togolais", qui assure qu'il est impossible de l'opérer à Lomé, évoquant, lui aussi, une "urgence humanitaire".
"Sebastian est souffrant et sa situation pourrait se détériorer s’il n’est pas pris en charge", a, de son côté, réagi sa famille, via RSF.
Un tournage en règle
Gaël Mocaër, Sébastien Perez Pezzani et Fred Vedomey ont d'abord été interpellés le 27 juillet, alors qu'ils filmaient un marché situé à une vingtaine de kilomètres de la frontière avec le Bénin, dans la région de Kara. Arrêtés pour "espionnage", selon les autorités togolaises, ils ont ensuite été libérés sous l'ordre d'un juge qui n'a trouvé aucun élément compromettant dans leurs images.
Cependant, ils ont été interpellés de nouveau le même jour puis ont été transférés vers Lomé, le 4 août, avant d'être placés en détention et inculpés le 17 août, a révélé le média L'Alternative.
"Il est important de signaler qu'ils ne faisaient pas un travail illégal, ils faisaient simplement leur travail et rendre compte un peu du quotidien des populations togolaises dans le cadre d'une série de documentaires qui a une vocation internationale", insiste Sadibou Marong. "Il n'y a absolument rien, disons, de politique, rien d'illégal dans ce qu'ils ont fait."
RSF assure qu'ils sont entrés dans le pays après avoir fait une demande de visa de travail. Ils disposaient également d'une autorisation de tournage délivrée par le ministère du Tourisme, de la Culture et des Arts pour l'émission documentaire “Les routes de l’impossible”.
"L'angoisse pèse quotidiennement"
"Gaël et Sebastian sont des professionnels chevronnés et expérimentés", assure Tony Comiti Production. "Ils documentent le quotidien des populations pour une série magazine qui n’a aucune vocation politique. Nous racontons simplement la vie des gens", poursuit l'entreprise, qui a également appelé les autorités togolaises à les libérer.
"Gaël et Sebastian sont des documentaristes passionnés, profondément attachés à raconter la vie des populations qu’ils rencontrent et à témoigner de leurs réalités", ont écrit leur famille. "L’incertitude et l’angoisse pèsent quotidiennement."
Liberté de la presse et défis sécuritaires
Ce dossier s'inscrit dans un climat particulièrement tendu pour la presse internationale au Togo. Depuis juin 2025, RFI et France 24 y sont réduites au silence après leur suspension par le pouvoir local, qui les accuse d'avoir relayé des informations "inexactes et tendancieuses" en marge de contestations populaires. À ce jour, aucun des deux médias n'a pu reprendre ses diffusions dans le pays, selon l'AFP.
La situation de la liberté de la presse suscite régulièrement l’inquiétude des organisations de défense des journalistes. L'épisode marquant de 2024 en témoigne : le reporter français Thomas Dietrich, envoyé par "Afrique XXI', avait été interpellé en pleine couverture des manifestations. Condamné à six mois de prison avec sursis, il avait ensuite été reconduit à la frontière.
Sur le plan politique, le pouvoir reste solidement contrôlé par Faure Gnassingbé, président du Conseil depuis 2005 après avoir succédé à son père, resté près de quatre décennies à la tête du pays. Le Togo fait également face à un important défi sécuritaire dans son extrême nord, régulièrement ciblé par des attaques djihadistes en provenance du Burkina Faso.