Le président de la fédération internationale d'athlétisme, Sebastian Coe, répond aux accusations de Moscou sur l'exclusion des athlètes russes.
"Nous maintiendrons notre position et nous la défendrons". Par cette formule sans équivoque, le président de la fédération internationale d'athlétisme (World Athletics), Sebastian Coe, a défendu devant Euronews sa décision de maintenir l'interdiction de participation des athlètes russes aux compétitions.
Le Comité international olympique (CIO) a annoncé cet été qu'il assouplissait les restrictions envers les sportifs russes, tout en laissant chaque fédération libre de prendre sa propre décision à ce sujet.
La Fédération russe d'athlétisme (RusAF) a déposé, cet été, deux recours contre World Athletics devant le Tribunal arbitral du sport (TAS) à Lausanne, estimant que la décision de maintenir l'exclusion "porte atteinte aux intérêts fondamentaux de l'athlétisme en Russie et limite le droit des athlètes russes de concourir".
La semaine dernière seulement, des groupes d'athlètes russes ont saisi les commissions des droits humains du CIO et de l'ONU, affirmant que leur exclusion viole leurs droits et détruit leurs carrières.
Une affaire "de philosophie"
Cette position, qui consiste à interdire la participation des athlètes russes et bélarusses à toutes les compétitions de World Athletics, a été récemment qualifiée d'"obsession personnelle de Coe" par le directeur exécutif de la Fédération russe d'athlétisme, Boris Yaryshevsky.
"Il est clair qu'il y a ici quelque chose de personnel. Je pense que ce n'est que sa position personnelle. Ce n'est pas celle de World Athletics", a-t-il avancé dans une interview à TASS. Les sanctions contre la Fédération russe d'athlétisme sont sans précédent. Aucune autre fédération sportive ne fait face à des restrictions aussi sévères".
"Elles ne bloquent pas seulement le fonctionnement normal, elles freinent aussi le développement du sport en Russie, en particulier chez les jeunes athlètes qui ne peuvent pas représenter leur pays sur la scène internationale. Nous cherchons à obtenir la levée des sanctions par la voie judiciaire et nous préparons nos prochaines démarches pour rétablir la justice", a-t-il poursuivi.
Euronews a demandé à Sebastian Coe, double champion olympique (Moscou 1980 et Los Angeles 1984), de répondre à ces critiques. Sa réponse a été une nouvelle fois catégorique.
"Notre combat pour l'intégrité de la compétition, pour l'intégrité des athlètes et pour la primauté du droit d'une fédération internationale à décider elle-même des critères d'éligibilité n'est PAS une affaire personnelle. C'est une affaire de philosophie", a-t-il déclaré à Euronews.
World Athletics a imposé ces sanctions et le bannissement complet des athlètes russes en mars 2022, en réaction directe à l'invasion de l'Ukraine par la Russie.
Elle a été la première grande fédération sportive à prendre une telle décision, qu'elle maintient depuis plus de 4 ans, alors même que le Comité international olympique (CIO) et d'autres fédérations, comme les fédérations internationales de lutte, de judo, d'escrime ou encore World Aquatics, la Fédération mondiale des sports aquatiques, ont assoupli leur position.
Les enseignements de l'Ultimate Championship
Sebastian Coe a accordé cette interview à Euronews en marge de l'Ultimate Championship, la nouvelle compétition organisée par World Athletics et accueillie à Budapest le week-end dernier. Il considère cette épreuve comme l'un des principaux héritages qu'il laissera à ses successeurs, alors qu'il achèvera dans un an son mandat à la présidence de la fédération.
"J'espère que ce sera un héritage très, très fort, parce que nous regardons ce sport d'une manière très différente. Nous voulons qu'il ait une autre atmosphère, qu'il se présente autrement, surtout pour les athlètes", a-t-il déclaré.
"Les récompenses sont plus élevées que jamais, 10 millions de dollars, et le format est sensiblement différent, car il ne s'agit pas d'un championnat du monde complet avec 2 000 athlètes. Ils sont 381, issus de 65 pays différents, mais ce sont vraiment les meilleurs des meilleurs qui prennent part à cette compétition".
"Je pense qu'il y a des éléments que nous allons tirer de cette compétition et que nous pourrons intégrer à nos championnats du monde, voire au programme olympique, en ce qui concerne la façon de présenter l'événement, pour qu'il soit plus spectaculaire et plus innovant, tant dans le stade que dans sa retransmission télévisée", a-t-il poursuivi.
L'héritage des douze années de présidence de Sebastian Coe
En septembre 2027 s'achèvera le troisième et dernier mandat de quatre ans de Sebastian Coe à la tête de World Athletics, conformément aux statuts modifiés à son initiative au cours de son règne afin d'éviter les présidences à vie, comme cela se pratiquait autrefois.
Il a pris la tête de l'ancienne IAAF (International Association of Athletics Federations) en 2015, à l'issue de l'élection organisée en marge des championnats du monde d'athlétisme à Pékin. C'est là, dans un an, que sera désigné son successeur à la présidence de World Athletics, nouveau nom adopté par l'IAAF depuis 2019.
Nous lui avons demandé de dresser un bref bilan de ses principales réalisations. Il a choisi de mettre en avant les points suivants :
"Nous sommes désormais le sport le mieux gouverné du mouvement olympique, et de loin ! C'est ce que montre tout le travail réalisé par l'audit de gouvernance du CIO et des fédérations internationales, mais ce n'est pas par là que nous avons commencé.
Nous avons travaillé très dur pour mettre en place des mesures de gouvernance, pour instaurer des mécanismes de contrôle et d'équilibre. Nous avons une unité d'intégrité de l'athlétisme qui est désormais indépendante : tous les tests antidopage, mais aussi nos programmes d'intégrité, la manière dont nous nous comportons pendant les élections, tout cela est désormais très, très différent.
Et je suis très heureux que nous soyons le seul sport olympique à disposer d'un conseil d'administration paritaire. Nous avons 26 membres, 13 hommes et 13 femmes, et chacun a été choisi au mérite. Et cela compte.
Et ces quatre dernières années, nous avons considérablement augmenté nos revenus. Les acteurs du marché veulent investir dans notre sport. Sur toute une série d'indicateurs, nous nous trouvons donc dans une situation bien meilleure qu'au moment où j'ai pris mes fonctions".
Pas de commentaire sur Infantino et les Jeux olympiques
Sebastian Coe a accompli tout cela à une époque marquée par une crise de gouvernance dans le sport à l'échelle internationale, comme l'illustrent les pressions exercées sur le président de la FIFA, Gianni Infantino, pour qu'il quitte la tête de la Fédération internationale de football, ou encore la démission du président du comité d'organisation des Jeux olympiques d'hiver de 2030 dans les Alpes françaises, Edgar Grospiron.
Interrogé à ce sujet, Sebastian Coe a évité diplomatiquement une réponse directe, tout en adressant, à sa manière, plusieurs messages.
"Je ne m'intéresse pas particulièrement aux autres sports, ni aux autres comités d'organisation. Ma responsabilité est de présider le conseil de World Athletics, et je suis satisfait non seulement du chemin parcouru pour améliorer notre gouvernance, mais aussi du fait que nous soyons le sport le mieux administré au monde. J'ai un conseil responsable et redevable, et ce sont les fondations d'un avenir prometteur", a répondu Sebastian Coe.
"Alors tout le monde pourrait prendre des leçons auprès de vous ?", avons-nous relancé. Sebastian Coe a répliqué en souriant : "Ce n'est pas ce que je dis. Je dis simplement que nous avons fait tout ce que nous avons fait dans l'intérêt supérieur de notre sport — et que c'est la seule façon de diriger une organisation".