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Suivi d'El Niño : comment le phénomène météo bouleverse le monde cette semaine

Des touristes sur une passerelle surplombent les chutes d'Iguazu à Foz do Iguaçu, au Brésil, le 16 octobre 2026, rouvertes après une fermeture liée au risque d'inondation.
Des touristes sur une passerelle surplombant les chutes d'Iguazú à Foz do Iguaçu, Brésil, le 16 octobre 2026, rouvertes après une fermeture temporaire liée au risque de crue. -  Tous droits réservés  AP Photo/Jorge Saenz
Tous droits réservés AP Photo/Jorge Saenz
Par Angela Symons avec AFP, AP
Publié le •Mis à jour
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El Niño et le changement climatique alimentent des conditions météo extrêmes dans le monde entier

Des troupeaux affamés dans un Salvador desséché à une menace jugée "terrifiante" pour les récifs coralliens de la planète, le phénomène El Niño, exceptionnellement puissant cette année, se fait sentir partout dans le monde.

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Ce phénomène météorologique naturel se produit lorsque les températures de la mer dans l'est de l'océan Pacifique deviennent anormalement élevées, ce qui survient environ tous les deux à sept ans.

Les précédents épisodes El Niño ont contribué à des records de chaleur, alimentant des sécheresses durables, des crues soudaines et des incendies de forêt meurtriers partout sur la planète.

Dans la plupart des cas, El Niño fait grimper la température moyenne mondiale d'environ 0,2°C — suffisamment pour déclencher des phénomènes météorologiques extrêmes dans le Sud global — mais cela ne représente qu'une fraction du réchauffement supplémentaire provoqué par les activités humaines.

Voici comment le "Super El Niño" de cette année se manifeste aux quatre coins du monde.

ARCHIVES - Un poisson nage au milieu d'un récif corallien dans les îlots Dutch Cays de Guna Yala, sur la côte caraïbe du Panama, 25 août 2026.
ARCHIVES - Un poisson nage au milieu d'un récif corallien dans les îlots Dutch Cays de Guna Yala, sur la côte caraïbe du Panama, 25 août 2026. AP Photo/Matias Delacroix, File

El Niño menace les récifs coralliens et les forêts

Selon David Obura, président du groupe d'experts de l'ONU sur la nature, El Niño ajoute "un niveau supplémentaire de risque terrifiant" pour les récifs coralliens du monde.

Les coraux sont extrêmement sensibles à la chaleur et le changement climatique rend déjà les épisodes de blanchissement plus fréquents et plus intenses.

Le quatrième épisode de blanchissement à l'échelle mondiale, conjugué à El Niño cette année, place les coraux dans une situation encore plus critique.

Obura a dirigé une vaste réévaluation de l'état de santé des coraux, publiée dans la revue scientifique Nature, qui montre que les espèces bâtisseuses de récifs se sont fortement dégradées depuis le dernier recensement mondial en 2008, avec 44 % menacées d'extinction.

Les forêts sont aussi en danger. Selon l'évaluation indépendante Forest Declaration Assessment, la déforestation mondiale a ralenti l'an dernier, mais ces progrès ont peu de chances de durer, alors que la situation se dégrade en Afrique centrale et qu'El Niño accroît les risques d'incendie dans toute la zone tropicale.

Le bétail souffre alors que la sécheresse frappe le Salvador

La sécheresse, aggravée par El Niño, fait des ravages dans le corridor sec d'Amérique centrale, qui s'étend du Mexique jusqu'au Panama.

Au Salvador, où les températures du mois d'août étaient supérieures de 4,3°C aux normales, le bétail en subit les conséquences.

"Imaginez à quel point ce petit animal est maigre ! Pourquoi ? Parce qu'il n'y a pas d'herbe", dit Antonio Aguilar, éleveur de bétail de 54 ans, en montrant une vache réduite à la peau sur les os sur un marché aux bestiaux de Sensuntepeque.

El Niño, dont le pic est attendu d'ici la fin de l'année, se développe dans un contexte de réchauffement d'origine humaine en accélération, ce qui amplifie ses effets. Une atmosphère plus chaude assèche les sols, accentue la sécheresse et retient davantage d'humidité, ce qui rend les pluies plus extrêmes.

Un touriste se tient sur une passerelle surplombant les chutes d'Iguazu à Foz do Iguaçu, au Brésil, vendredi 16 octobre 2026.
Un touriste se tient sur une passerelle surplombant les chutes d'Iguazu à Foz do Iguaçu, au Brésil, vendredi 16 octobre 2026. AP Photo/Jorge Saenz

Des pluies abondantes forcent la fermeture des chutes d'Iguazu

Des pluies diluviennes, alimentées par El Niño, ont fait gonfler le débit du fleuve Iguazu à un niveau six fois supérieur à la normale la semaine dernière. Les autorités du parc en Argentine ont réagi en fermant les sentiers touristiques, dont la passerelle menant à la Garganta del Diablo, la plus grande et la plus spectaculaire des cascades des chutes d'Iguazu.

L'Amérique du Sud, le sud des États-Unis, l'Afrique de l'Est et l'Asie centrale ont tous connu un risque accru d'inondations lors des précédents épisodes El Niño.

Dans le nord-est de l'Argentine, le fleuve Paraná est monté à un niveau dangereux de 4,7 mètres le 15 octobre, entraînant des évacuations dans les localités voisines. Les inondations ont également contraint des milliers de personnes à quitter leur domicile au Paraguay et en Uruguay.

Vidanaarachchige Wimalasuriya est assis sous un arbre dans sa rizière, où ses cultures ont été détruites par la sécheresse il y a plusieurs semaines, à Medirigiriya, au Sri Lanka, dimanche 13 septembre 2026.
Vidanaarachchige Wimalasuriya est assis sous un arbre dans sa rizière, où ses cultures ont été détruites par la sécheresse il y a plusieurs semaines, à Medirigiriya, au Sri Lanka, dimanche 13 septembre 2026. AP Photo/Eranga Jayawardena

Les risques de pauvreté mondiale alimentés par les phénomènes météo extrêmes

Le responsable du développement de l'ONU, Alexander De Croo, avertit qu'El Niño, combiné à la flambée des coûts de l'énergie et à la hausse des taux d'intérêt, pourrait faire basculer des millions de personnes dans la pauvreté, les plus vulnérables étant frappés par crise après crise.

Une grave sécheresse liée à El Niño touche notamment plus de la moitié du Soudan — où le conflit alimente déjà la famine — provoquant des pertes de récoltes localisées et privant les ménages de nourriture et de revenus.

De nombreuses importations de produits de base, comme le maïs et les haricots, pourraient aussi menacer la sécurité alimentaire de l'Europe, selon l'Institut IHE Delft pour l'éducation à l'eau, aux Pays-Bas.

Si El Niño échappe à notre contrôle, le réchauffement d'origine humaine peut être limité en réduisant les émissions. De Croo appelle les investisseurs privés à reconnaître à la fois le "coût économique" du changement climatique et l'"opportunité économique" qu'il y a à le combattre.

La banque centrale du Sri Lanka prévient qu'El Niño pourrait compromettre la fragile reprise de l'île après sa pire crise économique depuis des décennies, des pluies torrentielles étant annoncées jusqu'en décembre et une sécheresse prolongée au début de l'année prochaine.

L'El Niño de cette année battra-t-il des records ?

La place de cet épisode El Niño dans les annales dépend de la manière dont il est mesuré, et les méthodes différentes des agences rendent les comparaisons directes difficiles.

Le service météorologique britannique Met Office le qualifie d'"sans précédent" et l'agence météo japonaise le présente comme le plus puissant jamais observé, mais les prévisionnistes américains n'ont pas encore parlé de record.

L'année El Niño la plus intense dans les données de la NOAA est 1982. L'agence estime que l'épisode en cours dépassera probablement ce record.

"Selon tous les critères, nous sommes face à un El Niño très fort", explique la climatologue Emily Becker, de l'université de Miami. Elle ajoute que les scientifiques ne sauront "où il se situe dans le contexte historique" qu'une fois l'épisode terminé.

Comme le changement climatique réchauffe les océans partout, l'Agence américaine d'observation océanique et atmosphérique (NOAA) mesure désormais à quel point le Pacifique centre-est est plus chaud ou plus froid que le reste de l'océan tropical. C'est cet écart qui détermine les effets sur la météo à l'échelle mondiale.

Comment quelques degrés de réchauffement dans le Pacifique peuvent-ils avoir autant d'influence ?

Selon le nouvel indice de la NOAA, une anomalie de 2,5°C dans une région clé du Pacifique par rapport au reste de l'océan tropical, maintenue pendant trois mois, ferait de cet épisode l'El Niño le plus intense jamais enregistré.

Cela peut sembler peu, mais l'oscillation El Niño-Oscillation australe est le principal moteur naturel de la variabilité climatique d'une année sur l'autre.

Les changements de zones où l'océan libère sa chaleur dans l'atmosphère se répercutent sur le climat mondial, rendant certaines régions plus fraîches et plus humides et d'autres plus chaudes et plus sèches. Ces effets sont connus sous le nom de "téléconnexions".

Mais si les épisodes El Niño, et à l'inverse les épisodes La Niña, lorsque le Pacifique équatorial est plus froid que la normale, pèsent sur les probabilités de certains phénomènes, ils ne les garantissent pas.

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