Les délocalisations d'emplois hors de l'UE sont souvent motivées par des objectifs d'économies. Mais cela induit aussi la perte de dizaines de milliers de postes sur le territoire. Quels sont les pays où le déséquilibre est le plus important ?
La grande majorité des entreprises basées dans l'Union européenne ont déjà délocalisé une partie de leurs emplois à l'étranger, l'Inde étant la destination la plus prisée en dehors de l'Union.
Pour nombre d'entreprises, les délocalisations ou l'externalisation d'une partie de leurs activités représentent des moyens substantiels de réaliser des économies, voire de survivre. Revers de la médaille, cela implique des suppressions de postes au niveau national, qui, dans la plupart des cas, ne sont pas remplacés.
Et de fait, la balance commerciale est négative. Selon un récent rapport d'Eurostat, les pays de l'UE ont perdu environ 150 000 emplois du fait des délocalisations entre 2021 et 2023, soit environ trois fois plus que ceux créés par relocalisation sur la période (50 000 emplois relocalisés). Le solde s'élève à 100 000 emplois perdus.
Quels sont les pays où les pertes d'emplois dues aux délocalisations sont les plus importantes ?
Certains des déficits les plus importants ont été enregistrés en Europe centrale.
En Pologne et en Hongrie, les délocalisations ont supprimé environ dix fois plus d'emplois qu'elles n'en ont créé, selon une analyse des données d'Eurostat réalisée par Europe in Motion.
Si l'on exclut Malte, seule la Finlande a enregistré un déséquilibre plus important, avec 15 fois plus de postes perdus que de postes créés.
En chiffres absolus, cependant, l'Allemagne se distingue par la plus forte perte nette d'emplois (50 000), loin devant des économies de taille comparable comme la France (environ 5 000) et l'Italie (un peu plus de 1 000).
Il n'y a que trois exceptions dans l'UE où le nombre d'emplois créés par la délocalisation est supérieur à celui des emplois perdus. L'Irlande est de loin le leader dans ce domaine, avec un solde net de près de 5 000 emplois. Elle est suivie par la République tchèque, avec un peu plus de 800, et l'Espagne, avec près de 300.
Néanmoins, l'Irlande est aussi le pays où la proportion d'entreprises qui s'approvisionnent à l'étranger est l'une des plus élevées.
Selon Eurostat, c'est dans les petites économies ouvertes où le coût de la main-d'œuvre est élevé que l'on trouve la plus forte proportion d'entreprises qui s'approvisionnent à l'étranger.
La Slovaquie est en tête de liste avec 11 %, suivie de l'Irlande avec 10 % et du Danemark avec 9 %.
Quels sont les secteurs les plus touchés par les délocalisations ?
Le secteur le plus touché est l'industrie manufacturière - production de biens et de matériaux - avec plus de 53 000 emplois supprimés entre 2021 et 2023, suivi par la les fonctions administratives et de gestion, avec près de 34 000 emplois.
Mais proportionnellement, ce sont les technologies de l'information qui souffrent le plus : elles perdent plus de 15 000 postes, soit environ 0,5 % de l'emploi total, suivies par les emplois dans le domaine de la recherche et du développement (0,4 %).
En général, la principale raison de la délocalisation est la réduction des coûts de main-d'œuvre (34 %), suivie de la réduction d'autres coûts (28 %) ou de la concentration sur le cœur de métier (20 %).
En ce qui concerne la destination de ces emplois, la première destination hors de l'UE est l'Inde, suivie du Royaume-Uni, du Canada et des États-Unis réunis, et de la Chine, selon Eurostat.