Alors que l’EPSO, concours d’entrée phare de l’UE, revient après sept ans, un secteur émerge : des coachs privés offrant aux candidats un avantage dans l’un des concours les plus difficiles d’Europe.
Le concours AD5 de l’EPSO, qui ouvre l’accès à des postes d’administrateur au sein des institutions européennes, fait son retour après sept ans d’interruption. Pannes informatiques, pandémie, concours annulé puis relancé pour un coût d’environ 300 000 €, et critiques de la Médiatrice européenne visant un système d’épreuves jugé dépassé et opaque, ont tous contribué à cette longue pause. La direction de l’EPSO reconnaît que la réputation de l’institution en a souffert.
Durant cette parenthèse, des sociétés privées de coaching ont continué d’accompagner les candidats. Des entreprises comme EU Training et ORSEU Concours ont poursuivi leurs cours, webinaires, examens blancs et coachings individuels. Maintenant que le concours AD5 est de retour, les candidats se tournent de nouveau vers leurs services.
L’enjeu est clair. Un poste permanent dans une institution de l’UE offre un salaire pouvant atteindre 7 000 € nets par mois, la sécurité de l’emploi et une place de choix au cœur de l’élaboration des politiques européennes. Le taux de réussite tourne autour de 3 à 4 %, avec plus de 40 000 candidats à chaque session. Dans un tel contexte, le moindre avantage mesurable compte.
Les données montrent que les candidats ayant acheté des supports de préparation avaient 40 % de chances en plus de réussir que ceux qui ne l’avaient pas fait. Ceux qui ont utilisé à la fois EU Training et ORSEU Concours ont obtenu, en moyenne, neuf points de plus sur 60. Dans un concours aussi sélectif, neuf points peuvent faire la différence entre figurer sur la liste de réserve ou être éliminé.
Née de l’expérience
Andras Baneth, fondateur d’EU Training, raconte que son activité est née de sa propre expérience des concours EPSO, qu’il a passés en 2003 en tant que jeune professionnel hongrois. « À l’époque, il n’existait aucune ressource vraiment utile, ni livres ni sites web, pour aider les candidats à se repérer dans la complexité de la procédure », explique-t-il à Euronews. Il a d’abord publié un livre en 2006, puis lancé un site internet, avant de diriger aujourd’hui une plateforme qui propose plus de 35 000 questions d’entraînement, des webinaires et un accompagnement à chaque étape, de la candidature à l’entretien.
ORSEU Concours a une histoire encore plus ancienne. Caroline Fiche explique que l’entreprise a commencé par des missions de conseil pour la Commission européenne dans les années 1990. Par la suite, un syndicat lui a demandé d’aider ses membres à se préparer aux épreuves écrites. « Nous avons été parmi les premiers sur ce marché », souligne-t-elle.
Les deux sociétés déclinent leurs offres en plusieurs niveaux. Les formules d’ORSEU débutent à 65 € pour un cours de raisonnement et montent jusqu’à 333 € pour une formation vidéo complète de 14 heures. Chez EU Training, les tarifs vont de 135 € pour un ensemble de questions d’entraînement de base à 625 € pour un pack complet comprenant quatre webinaires. Le coaching individuel fait encore grimper la facture.
Un concours pas comme les autres
Les deux entreprises assurent répondre à un besoin réel. Le concours EPSO n’est pas un simple test d’aptitude standardisé : il a ses propres formats, son système de passation en ligne et sa logique de fonctionnement. Les questions de raisonnement numérique, verbal et abstrait sont chronométrées et ne laissent quasiment pas droit à l’erreur. Depuis les changements introduits en 2023, toutes les épreuves ont lieu le même jour, ce qui oblige les candidats à être prêts sur tous les fronts en même temps.
« Si vous vous présentez le jour J sans avoir cherché à comprendre la logique des tests ni vous être entraîné sur de vraies questions, vous avez très peu de chances d’atteindre la barre de réussite à toutes les épreuves », avertit Fiche. Elle renvoie à des chiffres antérieurs à la réforme de 2023 : un taux de réussite d’environ 3 % pour les candidats non préparés, contre 25 % pour ceux qui se concentrent sur les méthodes d’apprentissage et la pratique.
« Il existe une méthode pour mieux rédiger les épreuves écrites, pour résoudre plus rapidement les tests de raisonnement abstrait, pour lire plus vite afin de répondre plus précisément », explique Baneth. « Les candidats qui comprennent qu’il existe une méthode et apprennent à en tirer parti sont généralement ceux qui s’en sortent le mieux. » La plateforme permet aussi aux candidats de comparer leurs scores à ceux des autres, un élément clé puisque ce n’est pas seulement l’admissibilité, mais bien le classement, qui détermine l’inscription sur la liste de réserve.
La question de l’égalité des chances
L’existence d’un marché payant de coaching autour d’un concours censé reposer sur le mérite crée des tensions. L’EPSO ne facture aucuns frais d’inscription, n’exige aucun déplacement et publie des exemples d’épreuves. Le concours est conçu pour être accessible à tout citoyen de l’UE disposant d’un ordinateur et d’une connexion internet. L’essor d’une industrie privée qui améliore objectivement les résultats de ceux qui peuvent payer s’accorde mal avec cette ambition.
Baneth ne se dérobe pas. « Tout le monde peut réussir ce concours sans aucune aide extérieure », affirme-t-il, en établissant un parallèle avec les grandes écoles françaises, qui donnent depuis longtemps un avantage à ceux qui peuvent y accéder dans les concours nationaux. « Avez-vous besoin d’un service comme le nôtre ? La réponse est clairement non. » Il insiste également sur le fait qu’il n’existe aucun lien formel entre les organismes de coaching et les institutions qui organisent les concours.
Fiche indique qu’ORSEU n’a reçu ni plainte ni critique de la part des institutions sur la question de l’équité. Elle précise toutefois que « l’EPSO n’agrée aucun organisme privé de préparation » et renvoie plutôt les candidats vers les représentations permanentes officielles.
Qui est dans la file d’attente
Les profils des candidats diffèrent aussi. Les deux sociétés constatent que les candidats originaires d’Europe du Sud et de l’Est ont davantage recours au coaching, pour une raison évidente. « Si votre salaire en Roumanie ou en Grèce est de 1 500 à 2 000 € par mois et qu’un poste dans l’UE en rapporte 6 000 à 7 000 nets, l’écart est énorme et la motivation aussi », observe Baneth. À l’inverse, les candidats nordiques sont plus difficiles à attirer, en partie parce que les écarts de rémunération y sont moindres et parce que l’intérêt pour les emplois européens varie d’un pays à l’autre.
Fiche ajoute qu’une grande partie des clients d’ORSEU ne sont pas de jeunes diplômés, mais déjà des agents contractuels de l’UE. Ces personnes travaillent déjà dans les institutions avec un contrat temporaire et cherchent désormais à pérenniser leur poste en réussissant le concours.
Maintenant que le concours AD5 est relancé, la course aux postes, à la stabilité et à une place au sein de l’UE redémarre. Les sociétés de coaching sont prêtes. Reste à savoir si tout le monde part vraiment sur un pied d’égalité.