Cette collaboration a suscité l'indignation, d'autant plus après la mort de deux citoyens américains, Renée Nicole Good et Alex Pretti, tués par des agents fédéraux lors d'opérations de l'ICE à Minneapolis.
Aux États-Unis, la police de l'immigration (ICE) est, depuis plusieurs semaines, au cœur de toutes les discussions. Avec 22 000 agents (des effectifs doublés en 2025) et un budget de plusieurs millions d'euros, l'ICE multiplie les arrestations, parfois arbitraires, expulse de nombreuses personnes. Deux citoyens américains, Renee Nicole Good puis Alex Pretti, ont été tués par des agents fédéraux lors d'opérations à Minneapolis, des événements qui ont suscité des manifestations à l'échelle nationale.
Mais ces interventions, fortement soutenues par l'administration Trump, profitent à certains. C'est notamment le cas du groupe français de services numériques Capgemini. Selon les révélations de l'Observatoire des multinationales et de l'Œil du 20 heures de France 2, cette entreprise, fleuron du CAC 40, a signé, via sa filiale Capgemini Government Solutions (CGS) installée à Washington, un nouveau contrat avec l'ICE.
Le média indique que ce contrat, signé le 18 décembre 2025, vise à obtenir "des services de recherches de personnes [skip tracing] à l'échelle nationale". Capgemini utilise ainsi les empreintes numériques laissées sur les plateformes en ligne ou via les objets connectés pour identifier et localiser des personnes étrangères.
Sur son site, une page désormais supprimée indiquait que l'équipe de Capgemini "travaille en étroite collaboration" avec l'ICE "afin de l'aider à réduire au minimum le temps nécessaire et les coûts engagés pour expulser tous les étrangers en situation irrégulière des États-Unis".
Près de 20 ans de partenariat
Mais ce contrat n'est pas le premier signé entre Capgemini et le département de la Sécurité intérieure des États-Unis. L'Observatoire des multinationales indique également que les deux entités travaillent ensemble depuis 2007. Les contrats allaient alors de l'optimisation du parcours de détention à des solutions visant à remplacer le transport aérien.
Le CGT Capgemini assure également que l'entreprise française a développé "une hotline [qui] permet aux citoyens Américains de dénoncer des immigrés qui commettraient des crimes".
Au total, ce nouveau contrat devrait rapporter, au moins, 365 millions d'euros à l'entreprise française, rapporte France 2. Car "plus la société française localisera de migrants, plus elle pourra empocher d'argent".
"Les bonus financiers, en effet, sont basés sur le taux de réussite dans la vérification des adresses des étrangers", assure l'enquête de l'Œil du 20 heures.
La CGT exige l'arrêt du contrat
La révélation de ce contrat a suscité la colère du syndicat CGT, qui a demandé, via un communiqué, "la fin immédiate et sans réserve de la collaboration de Capgemini avec l’ICE". "Capgemini doit également suspendre ses activités avec le gouvernement fédéral États-Unien, tant qu’il sera aux mains de fascistes qui considèrent que chaque vie humaine n’a pas la même valeur", est-il également écrit.
Dans ce long document, le CGT dénonce également "la modification de la politique Responsabilité Sociétale des Entreprises de Capgemini sous la contrainte du gouvernement américain". Le syndicat cite alors le Canard Enchaîné, qui indiquait, en mars 2025, que le mot "diversité" "devrait prochainement disparaître des supports de com[munication] et de la politique [...] du géant des services numériques, alors qu’il était couramment employé jusque-là".
"Nous nous battrons sans relâche pour que notre entreprise ne soit pas complice de ces atrocités commises de par le monde", termine le syndicat.
Bercy exige que lumière soit faite
Roland Lescure, ministre français de l'Économie, a également appelé Capgemini à "questionner la nature de ses activités" et "à faire la lumière de manière extrêmement transparente sur les activités qui sont les siennes, sur cette politique".
Contactée par Euronews, l'entreprise française n'a pas répondu. En revanche, le directeur général Aiman Ezzat a communiqué sur LinkedIn, assurant avoir appris "par des sources publiques" la signature de ce contrat. Il a assuré que CGS "prend les décisions de manière autonome, dispose de réseaux étanches, et [...] le groupe Capgemini est dans l'impossibilité d'accéder à toute information classifiée, à des contrats classifiés".
Une justification qui n'a pas convaincu Roland Lescure. À l'Assemblée nationale, le ministre a affirmé avoir interpellé l'entreprise. "Je leur ai dit entre nous que cette explication ne suffisait pas et que la moindre des choses [...] c'est qu'une entreprise qui détient des filiales sache ce qui se passe dans ces entreprises, et c'est ce que Capgemini s'est engagé à faire", a-t-il affirmé.
Les députés de La France insoumise (LFI) ont annoncé, ce mardi, le dépôt d'une résolution contre l'ICE, appelant le gouvernement à dénoncer "les violations des droits humains", à demander une "enquête internationale", ou encore à interdire à ses responsables l'accès au territoire européen.
Capgemini pourrait également faire parler pour un autre motif : mardi 20 janvier, le groupe a annoncé envisager la suppression d’environ 2 400 postes en France, alors que le groupe est confronté à une faible demande dans des secteurs clés. "Le ralentissement économique a eu un impact négatif sur la demande dans certains secteurs spécifiques en France, l'industrie automobile étant particulièrement touchée", a déclaré la société à Reuters.