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Deux, une magnifique histoire d'amour entre deux femmes vieillissantes

Martine Chevallier et Barbara Sukowa
Martine Chevallier et Barbara Sukowa   -   Tous droits réservés  Sophie Dulac Distribution
Par Frédéric Ponsard

Deux de Filippo Meneghetti

Drame, Comédie (1h36)

Avec Barbara Sukowa, Martine Chevallier, Léa Drucker

Il y a des films tout en retenue qui s’imposent comme des évidences. Deux en fait partie, malgré les sujets arides et clivants qu’il aborde : vieillesse, maladie, homosexualité. Un premier film d’une étonnante maîtrise et d’une grande sensibilité qui représentera la France aux Oscars.

Deux femmes qui s’aiment, mais dans le secret, du voisinage, de la famille. Deux femmes qui s’aiment, malgré une différence d’âge qui les fait ressembler parfois à une mère et une fille. Deux femmes qui s’aiment, alors que l’une d’elle est rattrapée par la maladie et la perte irrémédiable de la mémoire. Elles habitent à la même adresse, mais pas sous le même toit, officiellement en tout cas. A leur palier, il y a deux portes et deux appartements pour les conventions, mais elles vivent comme un couple inséparable, ou chacune prend tendrement soin de l’autre. Le film débute sur cette harmonie et cette complicité qu’elles dégagent, loin des yeux du monde, et un projet d’acheter un appartement à Rome, pour y couler leurs vieux jours…

Deux est cette histoire, à la fois tendre et tragique, celle de Nina et Madeleine, magnifiquement interprétées par deux grandes actrices, l’allemande Barbara Sukowa qui commença sa carrière avec Rainer Werner Fassbinder, et Martine Chevallier, émérite sociétaire de la Comédie-Française.

Seules, elles sont libres, en société elles revêtent un masque. Et c’est cette dualité qui va peser petit à petit sur Nina jusqu’à devenir insupportable. Elle, qui n’a pas eu d’enfants, reproche à Madeleine de se cacher aux yeux de ses enfants leur liaison homosexuelle. Il y aussi l’agent immobilier à qui elles jouent la comédie des bonnes voisines. Et les aides ménagères puis médicales qui viennent aider Madeleine atteinte de la maladie d’Alzheimer….

Le film de Filippo Menighetti parle autant d’une passion amoureuse que de l’autocensure et de la peur du regard et du jugement des autres. Nina est honnête, et cache leur histoire pour ne pas heurter Madeleine. Mais à l’heure des choix -celui notamment de vendre leurs appartements respectifs pour partir vivre ensemble- Madeleine refusera l’obstacle. Elle n’aura pas le courage de vivre cette histoire lesbienne au grand jour et préférera le mensonge ou plutôt l’omission, restant sur les bonnes convenances. La fille de Madeleine, interprétée subtilement par Léa Drucker, sous des dehors de femme libérée et ouverte d’esprit, n’acceptera pas que sa mère puisse aimer une autre femme, même si ce n’est pas la nature de leur relation, mais le mensonge et la trahison qui seront le plus difficile à surmonter.

Deux est aussi remarquable dans la manière où il tourne le dos au jeunisme et au corps triomphant, en prenant –et c’est rare- des femmes de plus de 60 ans dans les rôles principaux. Le réalisateur sait trouver la bonne distance pour filmer ses deux actrices. Sans impudeur, mais aussi sans faux-semblants, il filme une ride, une fatigue dans la démarche, une hésitation dans la diction. Il y a une vérité qui semble jaillir à l’écran, les deux actrices servant magnifiquement leurs personnages respectifs, Madeleine, tout en retenue, honteuse de cette relation, et Nina, indépendante et éruptive.

Deux est sorti sur les écrans français au début de l’année, en février. Le film n’est donc resté qu’un petit mois à l’affiche, avant que les cinémas ne ferment. Sa récente désignation comme représentant de la France dans la course aux Oscars va certainement lui permettre de vivre une seconde carrière et le faire connaître à un large public. Une histoire universelle d’amour et de résilience, qui brise subtilement les tabous et les clichés sur la vieillesse et la sexualité.

Journaliste • Frédéric Ponsard