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La Fracture de Catherine Corsini sort sur les écrans, un film en Urgences

La Fracture
La Fracture   -   Tous droits réservés  Le Pacte
Par Frédéric Ponsard

La Fracture, Catherine Corsini (1h38)

Avec Marina Foïs, Valeria Bruni-Tedeschi, Pio Marmaï, Aïssatou Diallo Sagna...

Sortie le 27 octobre

La Fracture est multiple dans le dernier film de Catherine Corsini. Sur le papier anxiogène, le film se révèle à la fois un scanner des tensions qui traversent la société française, et une tragi-comédie socialo-sentimentale entre plusieurs personnages qui se retrouvent bloqués par la force des choses dans un hôpital.

La Fracture est l’histoire de rencontres cocasses et dramatiques, une nuit pas comme les autres dans un service d’Urgences d’un grand hôpital parisien un soir de manifestation. Raf et Julie, un couple de bourgeoises au bord de la rupture, et Yann, un routier gilet jaune qui vient de se faire blesser par une grenade. Autant dire, deux mondes que tout semble opposer, et qui ne se rencontre jamais. Sauf que Raf, interprétée par une Valeria Bruni-Tedeschi exubérante (ou exaspérante, selon les sensibilités) au possible, s’est cassée le bras après une énième dispute avec sa partenaire, jouée tout en retenue et intériorité par une Marina Foïs qui, on le sait depuis Polisse, n’est pas qu’une actrice de comédie. Du coup, tout ce beau petit monde se retrouve dans ces fameuses salles d’attente des services d’Urgences que l’on a tous connu au moins une fois dans sa vie.

La comédie n’est jamais très loin dans La Fracture, et la première réussite du film est de tenir cette ligne de flottaison qui évite de faire basculer le film dans la comédie ou dans le drame. Jamais le terme de comédie dramatique n’a semblé si bien approprié... Le couple de lesbiennes pourrait virer au cliché, comme le routier sympa gros bras un peu bas du plafond, joué par un Pio Marmai qui, décidément, s’impose comme l’un des meilleurs acteurs de sa génération. Catherine Corsini arrive à diriger sur un fil ténu tout ce beau monde qui est en train de péter littéralement les plombs… laissant apparaître les fêlures de chacun, et qui, au gré des événements chaotiques secouant l’hôpital au dehors, vont, pour certaines, se transformer en plaies géantes. Mais avec toujours cette pointe d’ironie bienveillante qui évite au film de verser dans la pathos ou le brûlot militant.

Il s’agit donc pour la réalisatrice de mettre tous ses personnages dans un bocal bien agité, et bien secoué aussi par l’extérieur, gilets jaunes et police confondus. Le résultat est là : on ne s’ennuie pas une seconde -et l’on rit même parfois- au cours de ce frénétique moment passé presque intégralement dans des couloirs ou des salles d’hôpital, et le spectateur ressort avec l’impression d’avoir vécu une nuit aux urgences, mais sans attente ni longueur, en moins d'une heure quarante. On ressort un peu groggy, mais la tête pleine de ces tranches d’humanité (et de détresse) qui font que les individus ne se réduisent pas à des étiquettes ou des groupes anonymes. Derrière, il y a le quotidien, la famille, et le rôle de l’infirmière Kim, tenu par l’éclatante Aïssatou Diallo Sagna, aide-soignante dans la vie, est de ce point de vue emblématique. On est bien dans le réel, qui surgit dans chaque séquence, comme lorsque le mari de Kim, qui a du mal à s’occuper de leur fille malade à la maison, déboule à l’hôpital, comme si sa femme n'avait pas déjà assez de patients... Quant au personnage de Yann, tour à tour très touchant et très agaçant, il est un véhicule formidable pour Pio Marmai, dont la folie dans l’œil nous fait penser irrémédiablement au jeu de Patrick Dewaere.

Tout au long de La Fracture, les liens se resserrent donc, de nouveaux se tissent aussi, et le corps social prend forme sous nos yeux en mode fractale. Social et à fleur de peau, le film est une sorte d’état des lieux à l’instant T. d’une société qui prend l’eau de toutes parts, avec tous ceux qui écopent, dans tous les sens du terme.

La bande annonce du film :

Reportage making-of du film à l'hiver 2020 :