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Euroviews. Compartiment 6, une pépite cinématographique venue de Finlande. Grand Prix du Jury mérité à Cannes.

Compartiment 6
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Par Frédéric Ponsard
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Compartiment 6 est la rencontre de deux solitudes que tout oppose dans un train de nuit en route pour le grand nord russe. Un film d'une grande justesse et d'une grande humanité, à ne pas manquer.

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Compartiment 6 de Juho Kuosmanen (1h47)

Avec Yuti Borisov, Seidi Haarla, Dinara Krukavora

Sortie le 3 novembre

Un film finlandais qui se passe à bord d’un train dans les années 90 en Russie ? Sur le papier, le propos n’est pas forcément alléchant ni vendeur. Et pourtant… Grand Prix au dernier Festival de Cannes, Compartiment 6 de Juho Kuosmanen est l’un des grands films de cette année cinématographique.

Le film s’ouvre sur les premières notes de Voyage, voyages, le tube interplanétaire de Desireless. Nous sommes dans un appartement cossu de Moscou, la fête bat son plein, et l’on imagine que le mur est déjà tombé. La Russie s’embarque sur une autre voie que le socialisme et, en attendant, l’élite intellectuelle s’encanaille et profite. Irina est l’hôte de son beau petit monde, euphorique et insouciant, alors que sa petite amie Laura, une archéologue finlandaise, lui rappelle son départ pour le grand nord russe à la recherche de pétrographes (écritures préhistoriques sur pierre). Elle esquisse un sourire teinté d’indifférence, et retourne à la fête. Le voyage de Laura, lui, peut commencer.

On la retrouve en train de monter dans son train pour Mourmansk, et de s’installer dans son compartiment (le 6, qui donne le titre au film), espace réduit et peu confortable, qui la mènera en 48h au-delà du Cercle polaire. Elle va se retrouver en compagnie d’un homme plus jeune qu’elle, mais visiblement moins cultivé, aux manières rustres. Au bout de quelques heures, sa bouteille de vodka vidée, Ljoha commence à faire des avances équivoques puis salaces à la jeune femme. On se demande alors sur quel chemin le réalisateur finlandais est en train de nous emmener et c’est à ce moment-là que le miracle se produit : deux êtres que tout oppose vont progressivement s’observer, échanger, s’apprivoiser, se comprendre et peut-être s’aimer…

A mesure que les 2000 kilomètres du voyage s’égrène, Laura et Ljoha (une homonymie dont ils vont jouer) vont progressivement sortir de leur réserve et de leur a priori l’un de l’autre. Et, dans un même mouvement, enlever les masques dont ils usent pour cacher leurs doutes et leurs solitudes. Il est parfois plus facile de se confier et de montrer son propre visage à un parfait étranger qu’à un proche ou un membre de sa famille. Et ces deux-là commencent à former un drôle du duo qui va les emmener à non seulement briser la glace, mais aussi abandonner certaines représentations qu’ils pouvaient avoir d’eux-mêmes. Lors du trajet, ils vont s’arrêter dans une gare improbable, au milieu de la toundra et de la nuit russe. Ils s’embarquent dans une virée picaresque en voiture qui les conduira jusque chez une vieille et sage babouchka. Le rail movie devient road movie.

Puis le train repart le lendemain, et Laura s’empare de sa caméra pour filmer les fragments de paysages qui défilent sous ses yeux. Elle veut fixer le temps et ses souvenirs, mais un voyageur indélicat s’enfuira lors d’une escale avec sa caméra. Désormais, c’est dans sa mémoire qu’elle devra imprimer les images de sa vie. Et Ljoha va l’y aider, en l’emmenant au bord de la Mer de Barents, l’embarquant sur un bateau de pêche pour aller voir ces fameux pétrographes, prétexte initial de son voyage. Mais comme Emmanuelle Riva à Hiroshima, elle ne verra rien de ses yeux, seulement des cailloux usés par le temps et le vent, aussi immémoriaux qu’insondables. Par contre son cœur aura compris que Ljoha a fait tout cela par amour, mais désintéressé et sans intention charnelle. Juste pour l’accompagner au bout de ses rêves, au pied de l’arc-en-ciel.

On ressort étonnamment joyeux et regaillardi de ce Compartiment 6 qui nous a emmené pourtant au bout d’une longue nuit. En évitant tout sentimentalisme, mais en nous montrant au contraire deux individus qui apprennent à affronter la solitude de la vie, Juho Kuosmanen signe un film d’une grande justesse, entre lucidité mélancolique et une envie terrible de voyage, voyages…

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